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19/04/2008

C'est La Faute Aux Matons

228 Broken Flower

Dans la maison, il s'engouffre.
Le vent.

Elles claquent, les portes, les fenêtres, et moi, je laisse faire.

Je tambourine sur mon clavier.
Noir.
Je cherche les mots, les points, les virgules, combat quotidien, perdu d'avance, je ne suis pas un écrivain, et même, je le sais bien, lui pareil, l'écrivain, il lutte, il les cherche, mais rarement les trouve, les mots, les points, les virgules.
Tout ce merdier qui s'ingénie à ne jamais, ou presque, tomber juste.

Tu f'rais mieux de le bousiller, ton clavier, et foutre le camp ... où ? je ne sais pas, on verrait bien, les pieds, c'est pas fait pour les chiens.

On irait, tiens, dans la nature.
Là où les mots sont inutiles.

Dans la nature, la vraie, me disais-
tu, tu ne survivrais pas, toi ; et je te répondais, que j'avais bien, jusqu'ici, survécu à la nature particulièrement hostile de celui-ci, le monde dit civilisé, celui du travail, de la compétition permanente, oui mais ..

.. Oui mais de ce monde, tu en connais les règles, m'achevais-tu, alors que dans l'autre, le naturel, le sauvage, là, de règles, il n'y en a pas.
Pas vraiment.
Enfin, ce ne sont pas les nôtres ..

Et l'instinct, celui de survie, qu'en fais-tu mon amour ?
Crois-tu que je perdrais l'équilibre, moi l'éternel funambule, maladroit certes, mais toujours, encore, regarde, sur le fil.
Du rasoir, cela va sans dire.

Dans la maison, il s'engouffre.
Le vent.

Et je les regarde, les cartons, les valises, les sacs plastique.
Je les regarde, immobile que je suis, et je ne sais, je ne peux m'y résoudre.
A partir.

"Pourquoi ? ... Pourquoi ne vous êtes-vous pas battu ?" M'avez-vous demandé.

Parce que je savais que ... Enfin ... Si je vous la montrais, en photo, j'en suis sûr, vous comprendriez, mais ...

"Après tout,
elle revient, non ? Avez-vous ajouté. Pourquoi, à votre avis ?"

Je vous ai parlée des photos ?

Non, hein ...


Alors parlons-en, de ces maudites photos ..
Celles dont j'espérais qu'elle me montrerait.
Ces photos empaquetées que j'avais entr'aperçues, en haut, à gauche, roupillantes dans la grande et si fascinante armoire.

Je lui avais demandée si, dans cette armoire, je pouvais y poser les miennes.
Voilà comment je sus qu'elles y étaient, les siennes.

Oui, j'attendais ce moment, mais, comme il tardait un peu, un peu trop, je fis, un soir, ce que je détestais faire :
Je farfouillai dans ses photographies.
Je m'en voulais de le faire, je me trouvais sale, vraiment sale.

Je n'y cherchais pas des photos de mariage, non, tant je sais qu'elles peuvent être trompeuses ; je cherchais des photos de presque tous les jours, toutes simples, et je les trouvai.

Une à la neige, l'autre au soleil.
Un soleil que je connaissais bien ...
Méditerranéen.

Sur les deux clichés, un homme, un enfant, une femme.

Le voilà donc, cet homme.
Cet homme, ce mari qu'elle a "quitté".

C'est effrayant ce que je ressentis, en découvrant ces photos.
Comme un sentiment d'impuissance.
Mais ne l'avais-je pas cherché ?

Je ne suis pas cet homme, pensais-je, je suis différent, tellement pas pareil, à l'opposé peut-être ; je suis, me dis-je en le voyant cet homme imposant, un petit homme, pas sécurisant, pas rassurant, je ne saurai pas lui donner, à cette femme, ou pas bien, pas comme il faut, vous comprenez ?
Comprenez-vous que lorsque je les ai vus tous les trois, unis, souriants, je me suis dit, qu'elle s'était juste absentée, voilà, absentée, et cela, je l'avais vu dans son regard, je vous l'assure, et je me suis convaincu que rien, je n'y pouvais rien, à moins d'être un super héros, ou alors, un type vachement rigolo ...

"Vous êtes un homme pourtant ! Avez-vous dit ... Eh si, vous en êtes un ! ... Etes-vous sûr qu'elle cherche un tel homme, celui que vous décrivez : rassurant, sécurisant ? ... Pourquoi vous êtes-vous mis ça dans la tête ?"

Je ne sais pas.
A cause de mon père, peut-être.
Qui aimait bien Jean Gabin et Lino Ventura.
Enfin, des hommes quoi ...
Mais je n'ai pas pensé à vous le dire.
Après-demain, peut-être.

Parce que oui, c'est moi, c'est bien moi qui me suis mis ça en tête, les mots "sécurisant" et "rassurant".
Me suis dit que c'est cela qu'elle (re)cherchait chez un homme.
C'est, du moins, l'impression qu'elle me donna.

Vous avez raison, vous ne le dites pas, mais je vous entends penser que je ne sais pas me voir tel que je suis.

"Il y a chez elle, quelque chose qui la fait souffrir : tant il y a, apparemment, une différence entre ce qu'elle veut et ce qu'elle désire !"

Je n'y avais pas pensé ...
Enfin, pas comme ça.

J'aurais pu vous répondre, vous avouer, que moi, je la désire autant que je la veux, toujours, encore, tout le temps, j'aurais pu vous dire combien j'espère, encore, toujours, tout le temps.
Mais espérer, ne suffit pas.
Se battre, mais vous l'avez dit.

"Vous rendez-vous compte qu'elle était, qu'elle est raide dingue de vous ? Pour agir comme elle l'a fait ..."

Oui, je m'en rends compte.
Enfin, je l'ai vécu.
J'étais aussi émerveillé que sur le cul.
Mais désormais, voyez-vous, le déménagement approchant, la voici moqueuse, aérienne en pyjama chinois, et moi, je ne sais plus, une nouvelle fois désarçonné, je ne sais toujours pas ce qu'il faut faire.

"Restez tel que vous êtes !" M'avez-vous dit.

Quoi ?
Comme maintenant ?
A regarder ces cartons ?
Entendre les portes et les fenêtres qui claquent ?
Et sentir le vent s'engouffrant dans cette maison ?

Je sais, je fais le con, rien que pour vous embêter.
J'aime bien ça, faire le con.
Ca me détend.

J'aime la faire rire, vous savez.
Et vous aussi, par la même occasion.
J'aimerais, voilà, être un peu plus léger, déchargé et non délesté, oui, j'aimerais être joyeux, mais trop souvent, je le tais, mon rire, alors qu'il bat, il est là, ça vient de loin, de l'enfance ; la gravité c'est bien joli, mais sans légèreté, c'est caca-pouêt !

Je ne sais pas pourquoi
(ma mère ?) je me laisse toujours bouffer par cette peur quasi congénitale, la peur de ne pas être à la hauteur, d'être à côté, de la plaque, de dire une énormité, de (lui) déplaire, d'être présent quand il faudrait être absent, absent quand il faudrait être là.
C'est dans ces moments-là, que le rire me quitte.
Ou plutôt, que je ne sais le faire briller.

Vous savez quoi ?

C'est la faute aux matons.

Ceusses qui me détiennent, gardent la prison, la mienne, celle que je me suis construite, amer, et que je tente de détricoter chaque lundi avec vous.

Dans la maison, il s'engouffre.
Le vent.
Mais je m'en fous.
Oui, je m'en fous bien.
Puisqu'elle rentre ce soir.
Elle et son pyjama chinois.
Puisqu'elle rentre ce soir et qu'après-demain, par vos silences, vos questions, je me vois.


podcast

17:30 Écrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : psychothérapie, photographies, homme, vouloir, désirer, prison |

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