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31/07/2008

Qu'En Sera-t-il A Noël ?

- Et vous ? Êtes-vous écrivain ?
- Je suis en passe de le devenir, dit Stein. Vous comprenez ?
- Oui. Depuis toujours sans doute ?
- Oui. A quoi l'aviez-vous deviné ?
Plus aucun bruit d'aucune sorte maintenant. Elle doit avoir atteint sa chambre.
- A quoi ? redemande Stein.
- A votre acharnement à poser des questions. Pour n'arriver nulle part.

[Marguerite Duras - "Détruire, Dit-Elle" - 1969, Les Éditions De Minuit]


Ne Nuit Pas

Je vous ai appelée.
Il fallait que je vous voie.
Vous dire que je ne sais plus.
Parler.

Dans une conversation, par exemple, je me glisse.
Et puis, me tais.
Aussi sec.
Je vous dis que j'en souffre.
Beaucoup.
Ajoutant que parler, je voudrais, et puis, je renonce.
Vous confiant cela, je les retiens, mes larmes.

Vous m'écoutez.
Me demandez de quoi ai-je peur, toujours cette hantise de ne pas être à la hauteur ?

Voilà oui, de mettre à côté de la plaque, cheveu dans la soupe.
Je vous dis que je suis inadapté social et vous hochez la tête.
Négativement.

"Tu n'es pas misanthrope, tu m'as dit, tu tends à l'être .."
Sous-entendu, j'ai bien compris, que je ne peux l'être.
Ça non plus.
Je ne peux pas.


Je vous raconte mon périple, dans le désordre, leur étonnement de me voir ainsi, muet ou presque.
Que cet étonnement ne me fait pas du bien, qu'il me paralyse d'autant plus.
Verbalement.
M'emprisonne plus encore.
Pourtant, autant que je me souvienne, je n'ai jamais été très bavard.
Ou sinon, oui, un peu plus drôle.
Je veux dire qu'autour d'une table, j'étais le "sniper" de service.
Le gars qui balançait un bon mot.
A point, bleu ou particulièrement saignant.
Plus maintenant.
Il m'arrivait aussi, arroseur à rosé, de refaire le monde, joyeux, impétueux, présomptueux sans doute, de confronter des idées, des utopies, des envies.
Plus maintenant.

"Il faut que tu te bouges, elle m'a dit. Que tu te bouges ! Il faut que tu te relèves ... Il le faut !"
Tout en m'accordant que j'avais quelque chose de rare, ce qu'elle nomme une "qualité d'écoute".

Voilà, Madame, je suis un type qui écoute, mais ne pipe mot.

Vous tentez de m'aider, me mettre sur une piste, me parlez de dépendance, je crois, enfin peut-être n'était-ce pas ce mot-là, précisément, mais je me souviens - et pourtant c'était hier - vous avoir dit que moi, oui, je dépendais du désir des autres.
C'est ça ?
Vous avez hoché la tête.
Positivement.

Je suis las, vous savez.
Tellement las.
Quand je fais le bilan, et quand bien même, je la trouverais belle ma vie, riches d'émotions diverses, contraires, de rencontres, vertigineuses rencontres, longues et fidèles, au final, ce sont des petits bouts de vie ponctués par des ruptures, c'est un éternel recommencement, tout le temps, d'où ma lassitude ; un éternel recommencement et rien, rien de construit vraiment.

Je me souviens dans cette Unité Psychiatrique, j'avais un temps l'impression d'être au beau milieu de blessés de guerre.
Celle de la vie.
La guerre sociale, permanente.
Tu comprends ?


"La vie est dure, tu m'as dit, elle est dure."

Construire, me dis-je.
Pour quoi faire ?
Pour arriver où ?

Je vous fais part de mon dégoût.
De moi-même.
Oui, le dégoût, comment pourrait-il en être autrement quand on ne va pas au bout de soi-même, jamais, de ses désirs profonds, de ses ambitions.
Écrire.
J'ai tout : le sujet, le verbe, les compléments d'objet direct.

"Pourquoi vous ne le faites pas ?"
Je soupire.
Trouve la plus mauvaise des explications : l'échec !
Vous souriez et me dites :
"Pourquoi ne pas envisager l'inverse : la réussite !"
Je me tais.
"Et même, si vous n'y arrivez pas, vous le rangez dans un tiroir, et vous le reprendrez plus tard."
Je vous réponds que le problème c'est que je suis impatient, que je voudrais l'écrire vite, qu'il soit déjà écrit, depuis le temps.
Que demain, j'ai 46 ans.
Déjà.
Que c'est effrayant.

"Tu es juste, tu m'as dit. Oui, tu es juste."

Juste seul.
Mais je n'ai pas eu le courage de (te) le dire.

Tu vois, aujourd'hui, ça y est, c'est fait, j'ai 46 ans.
Je ne sais si c'est juste, mais je suis seul.
Quelques SMS tombent.
Des mails.
Des appels.
Mais d'elle, non.
Rien.
Sans doute, a-t-elle oublié.
Ou pas.
Ca fait mal, cependant.
Mon Dieu que ça fait mal ..
Qu'ai-je fait pour mériter ce que je ne sais nommer.
Qu'ai-je fait pour souffrir son silence, cette indifférence ?

J'ai 46 ans, aujourd'hui, et je suis juste seul.
Cloîtré.
Et je me demande : 
Qu'en sera-t-il à Noël ?



podcast


NB : Et puis finalement, il arriva, par surprise, la plus belle, son appel.
Et je me maudissais d'avoir imaginé, mal pensé, qu'elle aurait pu oublier...

16:40 Écrit par Josey Wales dans Confession, Introspection | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : duras, détruire, construire, ecrire, se taire, abandon |

Commentaires

L'anniversaire qui vire au bilan incisif...
46 ans, c'est pas la fin du monde. Plutôt le point de départ de votre future nouvelle vie d'écrivain. Et sans elle.

J'ai bien aimé vous lire, je repasserai.

Joyeux annivrsaire.

Écrit par : Nana de noailles | 01/08/2008

Mais oui.
Oui, vraiment.
Vraiment oui.

Ni Xanax, ni Lexomil. Juste une petite injection de neuroleptique retard .

La vie est belle. Sans Elle. Avec elleS.

Prolonger un lien défait, c'est prolonger un erzats de cette histoire. C'est douloureux. Inutile.

Bonsoir Monsieur.

Écrit par : Nana de noailles | 01/08/2008

on est toujours seul face à soi...même à 2, l'autre n'est à peine qu'un reflet...
seul l'amour sans cible et sans attente peut combler le vide insondable et il n'y a pas d'age pour aimer!

sourire d'anniversaire :)

Écrit par : @ude | 02/08/2008

J'dois être trop sensible pour un amour sans cible ..

[C'est trop bien, y'a que des filles qui viennent lire ce Blog ..]

Écrit par : Josey Wales | 03/08/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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