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07/09/2008

L'Enfer Me Ment

Je vous avais adressée un mail.
Dix jours avant.
Je vous avais écrit :
"Il faut m'enfermer !"



228 Bed 


Nous en avions déjà parlé lors de ma dernière consultation. Vous m'aviez dit que je ne le supporterais pas. Et moi, je vous avais répondue que si, oh que si, je le supporterai très bien. Que j'étais beaucoup plus dur que ça. Que ça ne me faisait pas peur. Que voilà, isolé de tout, des cris, de la foule, du quotidien, je pourrais, je sais pas, réfléchir, me poser, lire, écrire, que ça prendrait le temps qu'il faudrait, mais que c'était nécessaire.
Que c'était le prix à payer.

J'avais besoin d'une pause, comprenez-vous ?
Une pause !
Tant je ne suis pas équipé pour.
La vitesse que l'on nous impose.
Cette tueuse d'Amour.

Vous savez, j'ai toujours eu ce rêve, et je l'ai toujours ! 
Il est simple et, puisque simple, irréalisable.
Ecoutez-moi :

Je voudrais, vous m'entendez ?
Je voudrais que tous les êtres humains de cette planète arrêtent de gesticuler, de parler, de brasser du vent, durant une année entière !
Je voudrais que nous nous taisions une année durant ; plus d'avions, de télévision ; plus de trains, de quotidien ; plus de bateaux, de bientôt ; plus rien !
Je voudrais qu'une année, une seule, le silence s'installe.
Un silence total.
Et que dans ce silence, nous ouvrions grandes nos oreilles.
Que nous écoutions ce qui nous entoure quand nous nous taisons :

L'Essentiel.

Tant cet Essentiel, c'est évident, n'est pas nous.

Je voudrais que nous écoutions, seul, ou en famille, peu importe, le bruissement d'une feuille, l'envol d'un oiseau, les clapotis d'un ruisseau.
J'aurais tant aimé qu'en observant ce silence, nous prenions enfin conscience de la beauté qui nous entoure, cette beauté que nous dénaturons chaque jour, par des mensonges, des saloperies, des écrans publicitaires.
J'aurais tant aimé qu'en observant ce silence, nous tuions pour l'éternité ce qui emprisonne, nous avili, nous abêti.

Voilà mon rêve.

Et savez-vous quel nom je lui donne ?
Je lui donne le nom de :
Révolution !

C'est par cette Révolution, une année passée à nous taire, à faire silence, à écouter, entendre, à recevoir surtout, que nous deviendrons plus humbles, plus généreux, plus soucieux des autres, et surtout plus respectueux de ce qui nous entoure.
C'est par cette Révolution, la seule qui vaille, que nous deviendrons plus aimants et plus aimables.

Comment voulez-vous que nous puissions nous entendre dans un monde pareil ?
Comment voulez-vous que nous puissions nous aimer dans un tel vacarme ?

Moi, je ne le peux pas.

Et voilà pourquoi, amoureux de l'Amour, je vous ai demandée par deux fois de m'enfermer.
Pour ne plus les entendre.

Je l'aurais trouvé, moi, ce silence.
Je les aurais entendus les feuilles et leurs bruissements, l'oiseau s'envolant, le ruisseau clapotant.
Alors, peut-être, je n'en sais rien, aurais-je été, enfin, capable d'aimer, de donner, de recevoir.
Pour un jour.
Ou pour une année entière.

Vous m'avez répondu que je ne le supporterais pas.
Et vous aviez raison.
Même enfermé, on ne peut rien, tant que l'on est seul.
A faire silence dans un monde qui vocifère son ignorance.

Il m'aura fallu six mois pour le comprendre.
Six mois pour réaliser que l'Enfer me ment.
Que je n'ai pas le choix.
Que c'est comme ça.
Que ça me plaise ou pas.
Que toujours et encore nous nous aimerons comme des couillons.
En insultant l'Essentiel.
Nos années durant.
Notre vie toute entière.

Ce doit être la raison pour laquelle, je présume, lors d'enterrements ou de crémations, crocodiles, nous pleurons ; nous pleurons quoi ?
Sinon notre manque de courage, de vérité et de sincérité.
Dans un silence de cathédrale.

Moi, Madame, aux enterrements, aux crémations, toujours j'ai ri.
Toujours j'ai fait du bruit.
Et je souhaite qu'il en soit de même pour moi, lorsque fatigué, bien las, les os sur la peau, je déciderai de partir, pour toujours et à jamais.

Oui, puisqu'il en est ainsi, qu'apparemment révolues sont nos Révolutions, y compris les plus belles, les plus nobles, puisque comme des cons nous courons, moutons rythmés par des spots publicitaires, des rêves putassiers, des enculeries de première, puisque nous refusons de nous taire, je veux que le jour de ma crémation, un orchestre exécute le tintamarre, un immense vacarme, plus grand encore que celui de l'Enfer qui m'attend, Enfer qui, cependant, sera toujours plus doux que nos hypocrisies récurrentes ; un immense vacarme pour couvrir ce que nous avons refusé d'entendre :
Un bruissement, un envol, des clapotis.

Le paradis.

Qui lui, jamais, ne m'aura menti.



podcast


21:33 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : enfermement, silence, enfer, paradis, amour, éternité |

Commentaires

nous pleurons sur nous, oui, et parceque ça fait partie de ce qui se fait, on pleure aux enterrements monsieur, et si un fou rire irrépressible vous prend, vous êtes prié de le mettre dans votre poche, ou ailleurs si vous voulez, le rire est répréhensible, pas les larmes
quand aux bruissements...
le vacarme du monde les couvrent
j'aime les bruissements...

Écrit par : tarmine | 08/09/2008

Ce problème d'esgourdes est le probléme de la rentrée on dirait. Au moins chez Mam Georges, chez Toi, et puis chez moi aussi.

C'est la rentrée qui fait catalyseur tu crois?

Écrit par : nana de noailles | 08/09/2008

à susurrer dans le creux de l'oreille de nos chers enfans… dans un premier temps…

Écrit par : adelap | 08/09/2008

Et dans un second temps, adelap ;-)

Oui, Nana, je crois que c'est la rentrée qui fait que.
Pas grave, c'est bientôt Noël, n'est-ce pas ?
Biz.

Oui, Tarmine, nous pleurons sur nous, jamais sur les autres.
Et quand nous croyons pleurer sur les autres, c'est encore sur nous que nous pleurons ...

"Ris,
Le monde rira avec toi.
Pleure,
Tu seras le seul à pleurer."
[Old Boy]

Écrit par : Josey Wales | 08/09/2008

Ne jamais lâcher ses rêves et se révolutionner tout le temps :)
Je sais que tu as cette force :D

Écrit par : TheCélinette | 09/09/2008

TheCélinette : Je me suis longtemps demandé d'où pouvait-elle venir, cette force.
Et je crois qu'il n'est pas nécessaire de le savoir.
Juste en avoir conscience.
Mais dans un prochain et lointain billet, je m'en expliquerai ..
Un jour.
Merci ...

Écrit par : Josey Wales | 09/09/2008

nous y voilà encore, dans cette sincérité sans apitoiement! seul(e) avec le rire qui se casse au bord des larmes, avec la voix qui s'éteint sans écho!
pourtant encore je viens vous écrire, et vous non!votre attitude me fait penser à celle des hommes en général(homme opposé à femme) et le fait de ne pas pouvoir m'empêcher de vous rendre hommage autrement que par le silence fait naître en moi une violence qui est aussi un enfer: la frustration de donner et de devoir "attendre" qu'on me donne- ce qui n'est plus recevoir, car on doit "donner ensemble" sans décalage et sans demande.
Je suis sûre que vous comprenez ce que je vous écris et votre silence est un diamant d'égoisme.

Écrit par : françoise | 11/09/2008

Françoise - en fait Isab - je laisse rarement des commentaires sur les blogs en général.
Donc ne le prenez pas pour vous.
D'autant plus que je passe vous lire de temps en temps.
Ne serais-je pas libre ensuite de laisser ou non un comm' ?

Cela dit, si vous estimez que de m'offrir - car c'est ainsi que je l'entends en vous lisant - m'offrir un commentaire m'obligerait à vous en laisser un en retour, c'est une étrange conception de la dite blogosphère !
Je n'irais pas jusqu'à dire que ça ressemble à un chantage, mais pas loin.
Il ne me viendrait pas à l'idée, en tous les cas, de "réclamer" des commentaires à qui que ce soit sous le prétexte que j'en aurais laissé un sur leur prose !
Sinon, c'est ..
Ben c'est l'enfer !
Et c'est pas très "net" question relations humaines, voire pas très sain ...
Non ?

Pour le reste, sans doute le suis-je, égoïste - comme la plupart des hommes - mais avec, par grand beau temps, un côté altruiste.
Et donc, et si ça ne vous gene pas, je me qualifierai plutôt d'algoïste ou, si vous préfèrez, d'egotruiste.

Bien à vous !

Écrit par : Josey Wales | 11/09/2008

eh bien, je vois avec plaisir que vous répondez aux commentaires qu'on vous laisse. c'est bizarre la vie, ceux qui n'ont pas besoin de comm, en recoivent beaucoup, et ceux qui voudraient très sincérement en avoir n'en ont pas. A part ceux de mecs perturbés et obscènes comme celui qui se fait appeler le chien.
Bon je ne vous ennuierais plus avec cela(les comm) j'ai beaucoup d'admiration pour votre écriture, votre savoir-faire des dialogues, votre décalage avec la réalité.
Bonne journée.

Écrit par : isab | 12/09/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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