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14/01/2009

“Vous Etes Un Salaud, M’sieur Tsahal !”

Ma mère, dès qu’elle emmenait ma sœur batifoler au Parc Victor Thuillat, mon père, en loucedé, dans ma chambre de Poulbot, il venait me chercher un sourire à la main, hochant la tête, complice, clin d’œil en sus et jouissif, magie, invitation, viens donc fiston, profitons que ta mère tricote en extérieur pour, dans la cuisine, toutes mirettes grandes ouvertes, admirer le “Petit Prince de Gerland”, Fleury Di Nallo, dribbler toute une armée de canaris, les nantais de Didier Couécou, et vas-y que j’te lance le Serge Chiesa, ah regarde comme elle est pure et belle, cette passe, ce caviar offert à Bernard Lacombe, j’te l’dis, mon p’tit, là, c’est sûr, ils sont cuits-cuits les canaris, et l’Olympique Lyonnais va remporter sa troisième Coupe de France de Football.

Il venait me chercher, mon père, pour vibrer à ses côtés aux touches impossibles et pourtant trouvées par Jean-Michel Aguirre, aux transformations de Jean-Pierre Romeu, aux plaquages et autres coups de butoir de Walter Spanghero, XV de France héroïque terrassant à Colombes sur le score de 12 à 3 et sous les encouragements de Roger Couderc, les “Diables Rouges”, ceusses des Williams, Edwards, Bennet ; les redoutables gallois.

Je l’ai vu, mon père, de ses mains, briser une chaise quand à la 88ème minute l’écossais M’sieur Foote, il siffla pénalty pour la Bulgarie de Bonev contre la France de Michel Hidalgo, alors que c’était même pas vrai, y’avait pas “péno”, c’était que du chiqué, même que Thierry Roland dans la télévision, il a crié :

“Vous êtes un salaud, M’sieur Foote !”


On s’amusait bien avec Papa quand Maman n’était pas là.
On matait tout le sport qu'on pouvait dans la télé en noir et blanc.

Et pis aussi Zorro.
Les Incorruptibles.
Les Rues De San Francisco.

Et des tas de westerns avec John Wayne, James Stewart et Gary Cooper.
Et tous ces indiens qui, à Little Big Horn, scalpent le pauvre Errol Flynn dans “La Charge Fantastique”. 
C’est là que Papa, il m’a expliqué que les gens, en fait, ils étaient pas morts. Que c’était pour de faux. Du chiqué, comme le bulgare qui s’écroule dans la surface de réparation de football.
Que c’était du cinéma.
Et il ajoutait :
- C’est comme ta mère .. Quand elle fait ses .. Enfin, tout son cinéma, là ..
Je ne voyais pas ce qu’elle venait faire, ma mère, dans “Les Aventures De Robin Des Bois”.

Je me souviens que petit, j’en pinçais pour les cow-boys. Pour moi, c’était eux, les héros.
Les indiens, ils me foutaient les j’tons avec leurs carquois, leurs peintures de guerre et leurs cris stridents.
Pas autant les j’tons que Belphégor ou cette folle qui fout l’feu à la chambre d’Ingrid Bergman dans “Les Hauts De Hurlevent” mais pas loin.
De toutes les façons, pour moi, c’était clair comme de l’eau de roche, y’avait pas à tortiller du cul pour marcher droit, même que ça crevait l’écran : les indiens, c’était les affreux, les méchants ; les cow-boys, c’était les gentils, les sympas.
Et pis c’est tout.

Seulement voilà, c’est bien joli tout ça, les gens qui meurent pour de faux, la morale et le cinéma, mais la vie, elle se danse pas comme ça.

C’est ce que j’ai cru comprendre, en octobre 1973.
Quatre mois après cette victoire de l’Olympique Lyonnais sur le FC Nantes en finale de la Coupe de France.
Ce soir-là, nous étions à table, mon père, ma sœur, ma mère et moi.
Dans mon dos, la télévision crachait les dernières nouvelles, entre deux cuillerées de soupe et une fourchetée de rosbif.
Vu la mine anti-personnelle que tirait mon père, ça avait l’air super grave.
J’aurais bien voulu tourner la tête, voir à quoi elles pouvaient ressembler les images que le speaker décrivait, terribles, mais c’était prendre le risque d’une torgnolle.
Les westerns avec ses coups de feu et ses tomahawks, le dimanche en fin d’après-midi, j’y avais droit, encore que ; mais les nouvelles du soir avec ses roquettes et ses chars d’assaut, ah ça, pas question !

Pourtant, mais j’sais plus comment, me suis démerdé et je l’ai vu.
Me souviens, du haut de mes douze ans, qu’il me fascinait autant qu’il me glaçait, ce visage.
Tant il était dur, et pourtant, souriant.
Mais un drôle de sourire.
Le sourire de la dureté.
On aurait dit Yul Brynner avec un bandeau noir.

Il se prénommait Moshe.

Moshe Dayan.


Moshe Dayan

Je ne sais pourquoi cet homme me faisait peur autant qu’il me happait.

On nous disait, dans la télé, la radio aussi, qu’il était bon, enfin que c’était lui, le gentil, le sympa.
Le cow-boy.

[Ironie du sort, ou vengeance divine, il mourra d’un cancer du … colon !]

L’affreux, le méchant, l’indien quoi, il avait un torchon sur la tête et se prénommait Yasser.

Yasser Arafat
.

Yasser Arafat

[On lui décernera, bien des années plus tard, le Prix Nobel de la Paix …]

L’Homme Au Keffieh Contre l’Homme Au Bandeau Noir.
Ca sonne bien, non ?
Comme titre de film, j’veux dire ! C’est chouette, ça en jette, un peu comme “James Bond Contre Dr No” …

Mais eux, dans la télé, ils appelaient ça “La Guerre Du Kippour”.
De 1967, "La Guerre Des Six Jours", c'était le match retour.
Et moi je ne comprenais rien.

Je ne comprenais pas pourquoi le bon me faisait peur et pas l’indien.
Alors que je n’y connaissais rien.

Le temps a passé, et avec lui, le concept des gentils cow-boys et des méchants indiens.
Tout s’est embrumé.
Le sang n’a jamais cessé de couler et Zorro n’est jamais arrivé.
Ou alors, ils l’ont tué.
Pour de vrai.
Et pas qu’une fois.

Cependant, il se murmure, ici ou là, qu’un cow-boy plus ou moins déguisé en indien pourrait arranger tout ça.

Il est beau comme un acteur de cinéma.

Il se prénomme Barack.

Barack Obama.

Sauf que moi, je n’y crois pas.
Un cow-boy reste un cow-boy.
A vie.
Sauf Dustin Hoffman.
Dans “Little Big Man”.

Et les indiens vont mourir.
Encore et toujours.
En couleur, dans nos écrans de télévision.

Et nous aussi.
Nous allons mourir.
Mais nous, c’est la honte qui nous crèvera.

Parce que là, franchement, dis papa, il y était, non ?
Le pénalty !
Y’avait “péno”, là !
Hein papa ?
Alors pourquoi qu’on l’a pas sifflé ?

Et pourquoi personne ne crie :
”Vous êtes un salaud, M’sieur Tsahal !”



podcast


23:36 Écrit par Josey Wales dans Actu Alitée | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : israël, palestine, yasser arafat, moshe dayan, bande de gaza, les cow-boys et les indiens |

Commentaires

Gaffe. Va y'avoir importation de conflit par ici...
Et tarta' gueule à la pause humanitaire... heu... à la récré, j'veux dire.
Yasser à rien son Nobel de la Paix, non ?
Tu crois qu'il faut qu'on reprenne l'habitude de tourner le dos à la télé ?
Bon, j'arrête...

Écrit par : bénédicte | 15/01/2009

un cow boy reste un cow boy, oui....

Écrit par : tarmine | 15/01/2009

et à Thierry Roland de commenter dans son micro " Le Turc est dur dans l'effort"...
et à John Ford de nous montrer (timidement) que les indiens ne sont pas toujours les méchants...
et aux religieux le droit de vie et de mort dans le monde...
Hors sujet ? comme d'hab...

Écrit par : ligne33 | 15/01/2009

On regardait les même westerns. Mais moi, va savoir pourquoi, Moshe il me faisait peur. Son air borgne, là, ça m'avait jamais vraiment rassuré. Puis il était un peu pète-sec, le bonhomme, quand même. En plus, je crois qu'on avait une petite grille de lecture, déjà, à la maison.
En même temps, je trouvais que Yasser, il faisait pas beaucoup d'effort pour se rendre sympathique. Il braillait dans une langue indigeste, il éructait des sons gutturaux. Il avait de grosses lunettes noires.
Les Palestoches ont pas beaucoup progressé de ce côté là (z'auraient pu changer de langue, quand même - voire de religion, pour faire propre !), par contre, les Israéliens, mazette ! Quelle élégance, leur diplomatie. Et que ça sait bien te causer dans le poste, sans une once d'accent, et que ça s'habille bien, même la touche Friday-wear y est. Y'a pas photo, on sait bien où trouver les gens éclairés... Moi je dis, si y'a péno, c'est pour Israël, forcément !

Écrit par : Oh!91 | 15/01/2009

waw, je suis bouche devant devant un tel "récit" ? bravo, vraiment, quel talent. Je reviendrai c'est sur^^

Écrit par : Fraizy | 15/01/2009

Euh ... le cancer du colon c'est une maladie fréquente chez les ... colons, alors ?!
Portez vous bien. Sortez couverts.

Écrit par : la maman des poissons | 15/01/2009

Réponse groupée : Que Dieu me préserve - Mais qu'est-ce que je raconte, j'pète les plombs, ou quoi ? - Que la providence et ses amis me préservent de toute "importation" du conflit sur ce virtuel territoire.
Pour l'instant ça va, nulle trace numérique de Jules ou d'Ysabel ...

Arafat partage son Nobel avec Shimon Peres et Yitzhak Rabin ... Oh mais, j'y pense ! QUI a assassiné Rabin, déjà ?
Si ce n'est Caïn, ce doit être son frère.
Du moins, je présume.

Le cinéma hollywoodien peut-être aussi le parfait véhicule d'une idéologie dominante.
Autant "Tueurs Nés" dénonce les images télévisuelles, la façon dont elles sont montées, agencées, orientées, autant "Le Droit De Tuer" ou "Chute Libre" cautionnent en appelant à l'émotion, jamais à la réflexion, le droit à se faire justice soi-même, cautionnent la violence.
Il en va de même chez nous.
Autant "Amélie Poulain" de Jeunet (Con, plutôt que joli) vous rend neuneu, autant "De Battre Mon Cœur S'Est Arrêté" vous ouvre les yeux.
Ce qui n'empêche pas de se vider la tête avec des conneries cinématographiques, l'essentiel étant de ne jamais être dupe.

Cela dit, John Ford était plus subversif que l'on croit, si l'on gratte bien le vernis de ses westerns .. Itou pour Huston.
Et bien sûr, Welles, dans un autre style.

Quant à l'éventuel hors-sujet, je renvoie au "Discours de La Servitude Volontaire" de La Boétie (merci Bénédicte ..).
Indispensable.

On est sur la même longueur d'onde, Olivier ...

Sais-tu fumeur, que la cigarette t'abat ? .. Partant de là, il n'est pas illogique que le cancer du colon vienne à bout .. du Colon.

Promis, je vais bien me porter, nous couvrir ... Même si là, c'est illogique ! L'avoir enfin découverte pour encore se couvrir ..
Mais bon, je connais le dicton :
"AIDS-toi, et le ciel t'aidera ..."

A bientôt.

Écrit par : Josey Wales | 16/01/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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