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07/02/2009

“3 1/2 4 – La Préface” [Par Bénédicte Desforges]

Joyeuse

Il est arrivé de nulle part.

Il m’a écrit fort dans les oreilles que ça ne lui plaisait pas, que tout ça n’était pas possible.
Une sorte de missile web-web.

Il m’a demandé des preuves et des exemples. Le salaud.
Il a failli tuer une deuxième fois mon petit fantôme en jupe rouge. Avec sa shooteuse pleine de doute. Soi-disant…
Il a dit que j’avais l’imagination pénible.
C’était ça le pire.
Moi qui ai tant de comptes à rendre à la réalité, moi dont l’imagination est sous le scellé de cette réalité pénible à qui je dois tout, mais qui m’entravera jusqu’au jour où elle et moi serons quittes. Règlement de comptes.
Elle gueule, t’en savais rien, de pouvoir s’exprimer, l’imagination.
Mais ce n’est pas son heure.

Je viens d’un monde où les fictions sonnent faux.
Où le rêve avance parallèle au réel, provocant, railleur, sans jamais se caresser l’un à l’autre, avec une promesse incertaine de se rejoindre à l’infini.

L’infini. La belle affaire…

A-t-on le temps d’attendre ?
C’est ce que j’ai pensé. Confusion.
Et c’est tout autre chose que je lui ai dit. Traduction.
D’une méchante façon. À cet inconnu qui venait me mettre le nez dedans, me rappeler cette imagination fantôme.

Un tox ne peut pas tuer sa mère pour une dose ?
Un tox peut tuer sa mère et son père. Autant de fois qu’il le faut.
Un tox peut tuer son enfant. Les yeux grands ouverts.

Rêve pas. C’est que du vrai, que du pénible.
Et moi je vais tuer tes certitudes de doux rêveur parce que tu ne sais pas. Tu ne sais rien. Tu n’y étais pas.
Et tout le monde peut tuer n’importe qui, n’importe quoi. Tout le monde peut. Je sais.


Je n’ai pas tout de suite cherché à savoir qui il était.
Sur le web, seuls les mots comptent et parlent.
Le reste peut mentir et se travestir, et personne ne s’en prive.
Ceux qui écrivent les mots n’ont pas besoin d’exister.
Ils sont juste là pour être interprétés, envisagés sans être dévisagés.
Faire illusion, bavasser la comédie humaine.
On n’en attend pas plus.
Et ça suffit souvent.

Mais quand même…

Ces mots-là, les siens, sûrs d’eux et arrogants, sont tombés comme du plomb en fusion, dans une mare de compassion linéaire et prévisible.
Ça changeait de la larme virtuelle à l’œil aveugle.
Ah ça, vous en jouissez du malheur écrit, vous les aimez la misère et la violence, ils vous font paraître si bons…
Mais lui, ça n’était pas la même histoire.
Ça gueulait contre toute attente. Et contre moi.
Tout le monde me croyait. Pas lui.
Non, non et non ! disait-il, ce Sage qui n’était pas un pseudonyme.
Ce n’était pas fait pour me déplaire. On allait pouvoir se battre, et lui se reprendre ses mots pas doux comme un boomerang dans ses pixels.
Et puis, il y a la meute qui attend, il suffit de désigner la gamelle, l’intrus, la contradiction. Et laisser faire.
Je riposte frontal comme son attaque. Et je lui dis que je ne veux plus de lui. Qu’il ne sait pas, qu’il ne sait rien. Moi je protège mes fantômes, je suis leur cerbère. Faut pas qu’il doute de notre enfer.
Il se laisse mettre dehors et revient par la fenêtre. J’aime ça.
Il mord, il griffe, il accuse, il a des choses à dire.
On continue à s’affronter à huis clos, il s’accroche et j’insiste, je l’efface et il se recopie, ça se calme et ça s’explique.


Je me balade dans les bouts de vie qu’il a bien voulu me laisser lire, et je comprends enfin la chimie du mauvais instant de nos mots. Coup de boule.
Ses fantômes sont les frères des miens, et cette nuit-là, il ne leur avait pas donné rendez-vous. La petite en jupe rouge, peut-être bien qu’il l’a connue.
Il avait trop bien compris.
Il l’avait écrit bien fort et bien méchant pour ne pas l’entendre.
Toi, toi qui comme moi ne crois pas au hasard, parle-moi de concordance des temps, de répétitions malheureuses, de mots-pièges, mais ne me dis pas que j’imagine mal. Parce que je n’écris pas ce que j’imagine, j’en suis incapable.

Êtes-vous heureux ? je lui demande.
Ça finira par arriver, écrit-il.
Ça me parle, ça fait écho.
Il me touche.
À l’un de ses messages, je comprends qu’il n’est pas loin, qu’il peut d’un coup exister vraiment.
Je veux voir. Je veux savoir.
Je lui propose des histoires vraies contre un café.
Tu verras bien que je n’ai aucune imagination, je lui dis.
Il accepte.
Je suis impatiente.
Je voudrais être à demain.

…/…



podcast

[Bénédicte Desforges - Février 2009]


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21:10 Écrit par Josey Wales dans 3 1/2 4 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : des histoires vraies contre un café, benedicte desforges |

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