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10/12/2008

Longtemps, J'ai Pensé Que

Tout.

J'avais tout remis à sa place, minutieusement. Aéré, pas longtemps, juste ce qu'il fallait. Nous n'étions restés qu'une moitié d'après-midi, la nuit qui suivait, et là, sans même petit-déjeuner, à l'anglaise, nous filions.
Je me souviens avoir inspecté les lieux, une autre fois, lentement, traquant le détail, celui qui me trahirait, mais ne le trouvant point je gagnai la porte d'entrée, la fermai à double-tour, ensuite de quoi, à pas de loup, un peu inquiets, nous descendîmes les quatre étages de cet immeuble Limougeaud.
Par chance, nous ne croisâmes personne, ni dans l'escalier, ni au-dehors.
Nous pressâmes le pas, vite, atteindre la voiture, une Renault 5 vert-pomme, s'y glisser, et là, comme dans un film de Melville, lui dire :
"Démarre !  ... Démarre, j'te dis !"

Il faisait beau, c'était l'été, la fin juillet, je n'avais rien volé.


Moi, Quand Je Ne Pensais Pas ..

Lorsque j'entrai au collège, mes parents me confièrent un double des clés. Celles de l'appartement où nous vivions, mon père, ma mère, ma soeur et moi. C'était moins une question de confiance qu'une question pratique. Ma soeur étant encore en primaire, et son école n'étant pas sur le même chemin que mon collège, afin d'éviter de faire des allers-retours, ma mère avait décidé que je m'y rendrais en trolleybus, et que, suivant mes horaires de sortie, soit je rejoignais mes parents sur leur lieu de travail, soit je rentrais "direct" à l'appartement.
Plusieurs fois je fus tenté d'y amener des copains, juste pour leur montrer ma chambre, mes jouets, leur proposer un jus d'orange, des Nuts ou des gâteaux.
Mais ça m'était interdit.
Et je ne comprenais pas pourquoi.
D'autant plus que j'avais de bonnes notes, que j'étais dans les trois premiers, c'était même inscrit en joli sur mon carnet de correspondance.

Je n'avais pas le droit, non plus, de me rendre chez les parents de mes copains.
"Tu es si maladroit que tu casserais quelque chose !" Me disait ma mère.
Une fois, rien qu'une fois, mais parce que mon père insistait, elle finit par céder et m'a conduit chez la maman de celui dont j'esperais qu'il fut, un jour, mon meilleur ami.
C'était un jeudi après-midi.
Une grande partie de la classe de cinquième était là, piaillante et gesticulante. Tout était fait pour que l'on s'amusât, sauf que, ma mère m'avait attifé comme un premier communiant et qu'elle passa de longues minutes à expliquer à la maman de mon camarade, qu'il fallait bien me surveiller, comme le lait sur le feu, surtout ne pas me quitter des yeux, c'est que, vous comprenez, Madame Henneman, il a l'air sage comme ça, j'vous dis pas l'contraire, mais avec lui, Madame Henneman, on ne sait jamais !
Je me souviens que tous mes copains me regardaient bizarre, après.
Je me souviens que j'avais honte.

Comme un boulet, je l'ai traînée cette histoire, elle me faisait mal, m'éloignait petit à petit de mes copains, eux qui s'invitaient les uns les autres après les cours, parfois même le week-end, ces week-end que je passais seul, dans un parc municipal, à regarder jouer les enfants de mon âge, en silence.
Alors un jour, n'y tenant plus, j'invitai un camarade que j'aimais bien, avec qui, c'est vrai, je faisais les quatre cents coups : savonner un tableau, imiter la signature de nos parents, embêter les filles, sonner aux portes et prendre nos jambes à nos cous.
"Tu es sûr que ta mère n'est pas là ?" Qu'il m'a demandé.
Je lui répondis que non, que mes parents finissaient à dix-sept heures, qu'ils ne seraient pas là avant une bonne heure, qu'on avait le temps, celui de bien s'amuser.
Mais nous ne l'avons pas eu.
A peine lui avais-je offert un jus de pomme, montré ma chambre et mon château-fort en bois, que j'entendis la clé tourner dans la serrure de la porte d'entrée.
"Mais ... C'est ouvert !" S'est exclamée, ma mère.
"Tu as oublié de fermer en partant ?" A dit mon père.
"Mais non ! ... Enfin, je sais encore ce que je fais ! ... Mais qu'est-ce qu'il se passe ici !"
J'avais oublié qu'une fois par mois, mes parents pouvaient récupérer quelques heures de travail en trop. Avec la chance qui me collait au cul, c'était tombé ce jour-là.

Je pris une belle avoinée, devant mon camarade terrifié, et les clés de l'appartement me furent confisquées.
Définitivement.
Et même, lorsque bien plus tard, rentré au bercail après la mort de mon père, j'entamais des études de médecine, je n'y avais toujours pas droit.


"Je croyais que tu n'avais pas les clés de chez ta mère .."
Je mentais, lui disant qu'après une bonne discussion, les choses s'étaient arrangées. Et puis, attends, c'est quand même un monde, à dix-huit ans passés, de ne pas avoir les clés de chez soi. Non ?

En fait, un samedi après-midi, je demandai à ma mère si nous n'avions besoin de rien, de pain par exemple, même que ça l'avait drôlement étonnée que je me propose de l'aider, de la soulager des tâches ménagères.
Sans couper son aspirateur, elle me dit que oui, ce serait bien, tiens, d'aller chercher un pain et une baguette, mais pas au boulanger du coin, l'autre, tu sais, celui qui fait si bien le pâté de pommes de terre, celui tout en haut de l'avenue, que je trouverais de la monnaie dans son sac, qu'il était posé sur le buffet, en face de la cuisine.
C'est ce jour-là, qu'en une minute, j'ai fait faire un double de ses clés.

"Et elle où ta mère ?"
"En vacances. Avec ma soeur. Elles rentrent le 15 août !"
"T'es sûr ?"
"Mais oui ..."
"Bon alors d'accord .."
Et c'est donc à bord de cette Renault 5 vert-pomme que nous mîmes le cap chez ma mère ...

Lorsque fin août, après mon job d'été Landais, le teint hâlé et le cheveux hirsute, je sonnai à la porte de ma mère, elle m'accueillit froidement. A peine me dit-elle bonjour.
Je lui demandai si quelque chose n'allait pas, un pépin ?
Elle ne répondit pas, se bornant à me dire que j'aurais pu prévenir de mon retour, que j'avais les cheveux trop longs.
"Ok, pensai-je, elle est de mauvais poil ! Pas grave ! Faisons comme si de rien n'était .."
Je gagnai ma chambre, commençai à défaire mon sac, quand soudain, je l'entendis me dire :
"Tu es venu ici .."
"Comment ça, je suis venu ici ? .. Qu'est-ce .. Qu'est-ce que tu veux dire par là, Maman .."
"Tu sais très bien ce que je veux dire !"
"Mais .. Mais non .. Je .. Je sais pas .."
" C'est ça oui ..."
Elle partit dans le salon épousseter quelques meubles en maugréant avant de revenir, aussi sèche :
"Ne me prends pas pour plus bête que je suis !"
"Mais enfin Maman, je ne .."
"Arrête tes salades ! Tu es venu ici, pendant que j'étais en vacances avec ta soeur. Et ne me dis pas le contraire !"
J'ai tenté de me défendre, de dire que ça n'était pas possible, comme j'aurais fait d'abord, vu que je n'avais pas les clés de la maison, enfin M'man ! Tu sais très bien que je n'ai pas les clés de "chez toi" !
"Je te dis que tu es venu ici pendant mon absence. JE SAIS que tu es venu. Alors ne me raconte pas d'histoires .."

Longtemps j'ai cherché ce que j'avais pu oublier ou laisser. Un détail. Une poussière. Une odeur, peut-être. Quelque chose en moins, ou en trop, qui aurait pu me trahir.
J'ai fait mon Lieutenant Columbo, mais je n'ai rien trouvé.
Alors j'en ai conclu que l'on ne pouvait rien cacher à sa mère.
Parce que j'étais son fils, elle saurait toujours tout de moi, de mes pensées, de mes actes, de mes silences, toujours elle les devinerait, les sentirait, quoi que je fasse, où que je sois.
Oui, longtemps j'ai pensé que.

Très longtemps.

Et puis, il y a quelques mois, j'ai compris.
Elle n'avait rien deviné, ni senti, c'est juste un voisin qui l'avait alertée, qui lui avait dit, balancé que j'étais passé pendant son absence, et pas tout seul.
C'était aussi bête (et décevant) que ça.
Et pourtant, jamais ça ne m'était venu à l'esprit.

Je crois savoir pourquoi.

Parce que, et aussi étrange que cela paraisse, j'aimais bien l'idée.
Cette idée que l'on ne puisse rien cacher à sa mère.
Qu'elle puisse lire en moi comme dans un livre ouvert.
Elle, si avare en gestes et mots tendres, au moins, par ce don que je lui accordais, elle restait ma mère.

Quand cette idée est tombée, alors, elle est tombée avec.


podcast

21:39 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : enfance, privation, frustration, dissimulation, relation mère-fils, amour, mort |

21/11/2008

Qu'Importe Ce Que L'On Dit

Compter Ses Amis

C'est vrai. Tu ne parlais pas beaucoup. Mais tu étais des nôtres. Tu faisais partie de la bande, la tribu.

Avec nous, tu sortais. Pas toujours. C'est vrai. Mais souvent, tu étais là. Tu nous suivais. Muet. Ou quasiment.

Nous sortions pour sortir. Faire les cons, les marioles.
Parfois, tu riais, de nos bêtises. Pas souvent. C'est vrai. Mais je t'ai vu, oui, rire à gorge déployée.
Tu riais, et pourtant, il restait comme absent.
Toujours.
Ton regard.

Nous sortions pour boire. Et avec nous, tu buvais. Me rappelle plus si tu buvais plus que nous. Il me semble que oui.
Ce dont je me souviens, c'est que tu tenais debout, toi, et pas nous.
Une fois peut-être, oui, je t'ai vu mal, l'alcool mauvais, l'alcool méchant ; oui, je t'ai vu, méconnaissable.

Nous ne faisions rien d'autre que sortir, traîner, déconner, boire. Nous étions jeunes. Pas très larges d'épaules. Un peu bandits, tellement insolents, drôles de temps en temps. Nous n'attendions pas que la mort nous frôle. Nous n'attendions rien. Rien d'autre que de nous retrouver pour sortir, traîner, déconner et boire. Et toi, sans mots dire, ou si peu, tu nous suivais. Tu étais des nôtres. Tu faisais partie de la bande. De notre tribu. Nous nous croyions indivisibles, indestructibles.
Nous avions tort.

Ce matin-là, en pénétrant dans notre repaire, notre planque à Juke-Box et Flipper, il faisait une drôle de tête. Une tête qu'on ne lui avait jamais vue. Lui, le plus exubérant de la bande, vrai moulin à paroles, toujours en mouvement.
Me souviens que pour déconner, l'un de nous lui a demandé s'il aurait pas perdu sa grand-mère ou quelque chose d'approchant pour tirer une tronche pareille. Une tronche qu'il a secouée, en faisant un geste de la main, un geste qui voulait dire tais-toi, s'il te plait ..
Puis, il nous a tous regardés, bizarrement, en remuant la tête, doucement, tout le temps, il s'est mordu les lèvres, pris sa respiration, et dans un souffle, il a dit :

- Thierry est mort ..

On a tous fait :

- Quoi ?

Comme s'il ne nous avait pas entendus, comme s'il se marmonnait à lui-même, ailleurs, il ajouta :

- Il est rentré chez lui, hier. Et il s'est tiré une balle dans la tête ...

Et il s'est mis à chialer.

Alors on a plus rien dit. On savait pas quoi dire. On était tous là, à renifler tout ce qu'on savait, du coton dans les jambes, du nougat dans l'estomac, tous à se repasser, silencieux, cette phrase dans nos têtes d'adolescents :

- Il est rentré chez lui, hier. Et il s'est tiré une balle dans la tête ...

Et nous ne comprenions pas. Ni la phrase. Ni la balle. Ni la tête. Ni rien.
Peut-être, aussi, nous sentions-nous coupables.
Un peu.
De ne pas avoir fait attention.
Pas assez.
Nous, on pensait qu'à sortir, traîner, boire et déconner.
Nous pensions que ça suffisait.
D'être une bande, une tribu.
Que puisqu'il était là, avec nous, même sans rien dire, même sans trop rire, c'est qu'il était bien.
Il ne l'était pas.
Et nous n'avons rien vu.


Quand je vois dans la télé, ces gens de tous les jours, ces gens du quotidien, témoigner devant la caméra du Journal Télévisé :

"C'est vrai qu'il ne parlait pas beaucoup (...) Il était discret, un peu taciturne, c'est vrai, mais c'était un gentil garçon (...) Il était poli, ça on peut pas dire, il disait toujours bonjour (...) C'est vrai qu'il était comme qui dirait introverti, voyez, mais .. De là à imaginer que .."

Quand j'entends ces mots-là, à chaque fois, je pense à toi ; Thierry.


podcast

16:46 Écrit par Josey Wales dans Confession, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : adolescence, bande, tribu, insouciance, mal de vivre, suicide, mort |

19/11/2008

Le Drapeau

Terminale C3 Du Prytanée Militaire De La Flèche

On nous avait réveillés bien avant le son du clairon.
Sans ménagement.
A grands coups de on se magne, on se secoue, allez on s'active, et plus vite que ça
A grands coups de qu'est-ce tu branles le basque ? Non mais tu vas te sortir les doigts du cul, le breton !
Et résonnant, dans les chambrées, les cliquetis, insupportables, leurs règles fouettant nos lits de fer.

C'était novembre, c'était gris, c'était froid.

En un temps record nous nous retrouvèrent tous, hirsutes, hébétés, en rang, au beau milieu de l'immense cour de cette école prestigieuse et militaire.
Tous !
Des pisseux de Sixième aux boutonneux de Terminale.

"Aaaaaarde à vous !" Hurla l'adjudant-chef, et la bobinette cherra !

- T'es sûr ?
- De quoi ?
- Que la bobinette cherra ?
- Ah merde, je m'ai trompé !
- On ne dit pas je m'ai trompé, mais : je me suis trompé !
- Je sais. Mais c'est MON blog ! T'entends ! Mon Tamagotchi à moi !
- Et alors ?
- Et alors, comme c'est à moi, je fais qu'est-ce que j'veux avec mes ch'veux et j't'emmerde !
- Oooooh, mais c'est qu'il est mal luné le blogueur de ces dames ! T'as bouffé un Bacri ou quoi, c'matin ?
- Non. Mais j'ai horreur qu'on me réveille à 5h52 à grands coups de règles et de tu te pignoles ou quoi, garçon ?
- J'comprends .. Mais gaffe à ta grand-mère quand même !
- Grammaire ! Pas grand-mère !
- 'Scuse-moi mais, avec ta bobinette cherra, là ..
- Je vois .. Si j'suis vacciné à la merde, toi, t'aurais comme bouffé un clown du genre énorme ..
- Voilà oui. Autant dire qu'on forme une fine équipe tous les deux ..

"Aaaaaarde à vous !" Beugla le juteux et, c'est à pas de loup, qu'il se radina, le Capitaine, et dit : "Repos !"

L'avait pas l'air heureux d'être là, le Capitaine. L'avait sa tête des mauvais jours. La contrite. Même qu'on aurait dit, juré-craché, qu'il avait perdu sa grand-mère, le gradé.

Il nous fixa bien droit dans le blanc des yeux, fit les cents pas, nous disséqua du regard des pieds à la tête comme si nous étions des grenouilles de laboratoire.

Il cherchait la faille.
Le détail.
La paille.
Mais rien.
Des pisseux aux boutonneux, rien ne suintait.

Il prit son air renfrogné, nous fit remettre au garde-à-vous, au repos, et vice-versa, nous fusilla encore une fois du regard puis, enfin, nous expliqua pourquoi nous étions là, dans le gris et le froid.
Des centaines de petits yeux convergèrent alors vers le mat, et constatèrent qu'effectivement, il n'était plus là ; le drapeau.
Celui de la nation.
C'était, parait-il, un crime ou quelque chose comme ça, d'avoir dérobé le symbole flottant de notre pays et que, si les auteurs de ce méfait ne se dénonçaient pas, alors, vous m'entendez bande de saligauds ? Tous, nous serions tous punis. Sans exception.
Et il ajouta :
"J'attends .."

Mais rien ne vint. Sinon le silence. Impressionnant. A ce point, qu'on aurait pu entendre une Michèle Alliot-Marie voler avec toute sa cohorte de présumés coupables de l'ultra-gauche qui n'existe même pas. Une Michèle Alliot-Marie avec tout le ridicule et le grotesque qui la caractérise.

"Je vois, dit le Capitaine. On joue les rebelles. On fait les fortes têtes ... Bien ! .... Mais j'aime autant vous dire qu'on en a maté, et des plus coriaces que vous. Croyez-moi !"

Il pouvait bien nous dire ce qu'il voulait, ça n'y changerait rien.
Il pouvait bien nous menacer, nous torturer même, on ne lâcherait pas un mot. Encore moins un nom.
Nous, on avait Tanguy en tête. Tanguy et ses larmes. On l'aimait bien Tanguy. C'était un bon gars. Un peu pataud. Pas finaud. Mais l'aurait pas fait de mal à une mouche. Juste, il avait dérobé une plaquette de chocolat. C'était son péché mignon, à Tanguy, le chocolat. Seulement voilà, l'avait pas fait gaffe, qu'elle était là, dans son dos, la prof' d'allemand. Cette salope ! Elle avait été faire son rapport au Capitaine, et Tanguy, il s'était fait exclure de cette école où l'on rentrait par concours, de cette école qui préparait aux grandes.
Pour une malheureuse plaquette de chocolat, on avait brisé son rêve, même qu'il nous en parlait tout le temps, même qu'il s'y voyait, là-haut, dans le ciel, Tanguy-le-pilote, Tanguy-le-Chevalier.
J'te jure, on avait chialé notre mère, tant nous trouvions ça injuste, de foutre en l'air, comme ça, pour du chocolat, même pas de bonne qualité, la vie d'un môme !
La salope !
Fallait qu'elle paye !
Lui repeindre sa bagnole en vert, ne nous avait pas rassasiés. Alors, on avait commis le pire qui soit ; nous étions passés au sacrilège, par principe plus que par justice, et donc, oui, on l'avait piqué, le drapeau, quand la nuit était bien noire, on l'avait enlevé du mat et planqué, rien que pour les faire chier. Pour leur montrer qu'on n'était pas d'accord.
Alors, il pouvait bien jacter le gradé, nous intimider, c'était gaspiller sa salive, pisser dans un violon, parce que nous, rien ! On ne dirait rien.

"Dans ce cas, aucun d'entre vous ne partira ce week-end ! Vous m'entendez ?"

Je vis quelques pisseux tordre du nez. Serrer fort les poings. Retenir leurs larmes.
Faut dire qu'ils étaient pas nombreux, les samedis, les dimanches, où nous rentrions embrasser nos familles. Pas parce que nous étions collés. Mais parce que, pour certains, c'était pas la porte à côté, la famille.
L'Alsace, le Pays Basque, La Corse, tu te l'offres pas chaque week-end, quand t'es pensionnaire dans la Sarthe.
Et pour un p'tit gars de dix-onze ans, même douze, voir son week-end sauter, sachant que le suivant, il était prévu pour le mois d'après, ouais, c'était dur. Vraiment.

"J'espère que ceux qui ont commis cet acte inqualifiable se rendent compte de ce qu'ils font peser à leurs camarades !"

Là, c'était gagné. Nous savions que c'était l'ultime argument. Un aveu. Celui d'impuissance. Même si, il espérait encore, encore un petit peu, le Capitaine, que l'un d'entre nous craquât ; mais non !
Non, car celui qui rompait le silence, il savait.
Il savait bien que nous lui ferions vivre l'enfer durant toute l'année scolaire.
Jusqu'à dormir chaque nuit dans les chiottes.

Jamais ils ne surent qui l'avait dérobé, le drapeau.
Un matin, ils le trouvèrent couvert de boue et de merde couché sur le paillasson du bureau, ce bureau où le Capitaine signifia à Tanguy qu'il était viré pour avoir volé une pauvre petite plaquette de chocolat.

C'est marrant, je ne suis pas obéissant, je ne l'ai jamais été, et pourtant, dans cette école où j'aurais passé trois ans, j'aurais appris une chose essentielle : le silence.
Celui qui de concert répond à une injustice.
J'aurais appris ce que signifie être solidaire les uns des autres, tous unis dans un combat. Etre fier de le remporter.
Surtout face à l'autorité contre laquelle il faut toujours se rebeller.
Quel qu'en soit, le prix à payer.


podcast

20:15 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : drapeau français, prytanée militaire de la flèche, injustice, brimades, solidarité, camaraderie |

 
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