Avertir le modérateur

04/06/2008

Sarah

Du Monde, Le Nombril

Je t'aurais emmenée là où, moi-même, par manque de temps, lâcheté et complaisance, je ne serais jamais allé.
Ces endroits, nous les aurions découverts ensemble.

Des endroits improbables, qu'à la limite nous aurions inventés, le soir, ou va savoir, au petit matin quand de tes yeux verts, gris-souris, écarquillés, tu m'aurais interrogé, comme toujours, alors on fait quoi, aujourd'hui, comme trucs extraordinaires ?

Je t'aurais montrée le Monde tel qu'il est, pas celui de la télévision, non, le vrai, celui qui fait mal ou bouleverse, ravit ou déçoit, t'oblige ou te libère, celui dont la haine, l'égoïsme et la folie sont les moteurs, même si, je le crois, il y a tout de même de la place pour autre chose, une forêt, vierge, et quand bien même serait-elle étroite, toi, mon Amour, tu l'aurais faite grandir, fructifier, jaillir cette place, ce boisé merveilleux.

Oui, toi et moi, nous l'aurions parcouru ce Monde, et dans ses moindres contours.
Du peuple Bambara aux Traders de Tokyo.
De Treignac à Canberra.

Nous aurions, pour ce long voyage, volé quelques roubles, joué les rats d'hôtels, pactisé avec le Diable avant de le rouler dans sa queue, nous aurions pour ce voyage dansé sur les pierres, les galets, l'oubli.

J'aurais fait de toi, une indienne, sauvage et fière de l'être, va-nu-pieds renversante, échevelée foudroyante, je t'aurais épargnée les châteaux et leur confort précaire, illusoire, je t'aurais évitée les cartes scolaires, les repas de famille, un couple qui fatigue.

Nous aurions grandi ensemble, loin du fracas, aussi près que possible de l'essentiel, avec pour seule boussole, la Lune et ses mystères.
Nous aurions grandi loin des apparences, de l'inutile, de l'égalité des chances.

Et puis, un jour, je t'aurais laissée partir, continuer le chemin sans moi, libre, insoumise, défardée, espérant secrétement qu'un soir, ou va savoir, un matin, tu viennes par surprise me prendre la main, et m'entraîner doucement, sans trop de mots, le regard fier, l'allure altière, vers un endroit dont jamais, ô grand jamais, je n'aurais pu, même avec la plus grande des imaginations, soupçonner l'existence.

Un endroit sauvage, renversant, foudroyant.

Le tien, ma fille.


podcast

01:36 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : père, fille, rêve, réalité, voyage, fier, sauvage |

27/05/2008

Comme Un Oiseau Mal Perché ...

Je Pense, Donc J'Exit

Le téléphone sonne.
Vous me demandez de vous excuser, puis vous décrochez et moi je me trouve bien embarrassé.

Que faire ?


Partir sur la pointe des pieds, maudire le ciel de ne point avoir le don d'invisibilité, me faire tout petit, plus petit encore que je ne le suis actuellement ?

Votre visage se ferme.
Au bout du fil, les nouvelles sont mauvaises.
J'entends le mot métastase.
Jusqu'à sa taille.
Vous dites :
"Oh merde !"

Je tergiverse, me trémousse sur la chaise, jette un regard sur le tensiomètre, le pèse-personne, le plafond, toute la panoplie des attitudes signifiant que je ne suis pas là, enfin que je suis là mais sans y être ; il est déjà trop tard pour s'éclipser d'autant plus que me connaissant, si je me lève, ce sera tout sauf discret, je vais buter sur un truc et c'est tout sauf le moment ; alors tant pis, autant rester là, un peu comme un oiseau mal perché sur sa branche.

Je le vois bien, cependant, même si je fais mine de, je le vois, oui, que l'émotion vous gagne, vous tentez de la retenir, mais je la vois prendre votre visage, votre voix, et j'ai honte un peu, d'être venu ainsi, dépenaillé, défait, la gueule enfarinée de mauvais Rosé, d'être venu ainsi avec mes petits tracas, j'aurais pu, je ne sais pas, faire un effort vestimentaire et taire mes douleurs qui, en cet instant, me paraissent plus qu'indécentes.
J'aurais pu, oui, me faire belle, quand bien même c'était tricher, faire une pause dans mon processus autodestructeur, suicide puéril, un de plus.

J'ai honte d'être ainsi alors que vous vous battez quotidiennement contre l'inéluctable.

L'inéluctable qui ne m'a pas atteint, toujours pas, alors que de vous à moi, je mets chaque jour le paquet pour qu'il se radine, ce qui n'est ni élégant, ni très loyal, quand je vois, m'aperçois de ce que ça vous fait d'apprendre que l'un de vos patients est touché, et salement.

Je suis un petit con, hein ?


Vous raccrochez, me raccompagnez à la porte, et là, vous me prenez la main, et me voici ému.
J'aimerais trouver les mots, lesquels je ne sais pas, des pas comme les autres en tous les cas, des qui feraient du bien, décalés peut-être, chauds assurément, mais non, rien, rien ne vient, juste un regard de traviole, de guingois, qui je l'espère en disait assez, un regard pour dissiper la buée, celle qui prenait vos yeux.

Une fois dehors, sous la pluie, je me disais que pour rien au monde je voudrais vous offrir le spectacle d'un homme diminué, oui, un peu bêtement, une nouvelle fois puéril, je me disais que lorsqu'elle pointera le bout de son sale nez, ma physique déchéance, alors je serai déjà loin, dans une autre ville, un autre hôpital, soigné par un médecin anonyme, juste pour vous épargner ce moment, ce moment où l'on vous apprend que celui ou celle que vous suivez depuis tant de mois, d'années, celui ou celle pour qui vous vous battez est sur le point de tomber de sa branche.

Ou, comme moi, oiseau de malheur, de se rendre.


podcast

17:55 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hiv, sida, consultation, métastase, indécence, autodestruction, combat |

22/05/2008

De Traviole & De Guingois

Comment Tu Vas ?

"Epouvantablement bien !"

Voilà ma réponse quand on me demande présentement comment je vais.
Jamais comment je me porte.

Et d'ailleurs ..
Pourquoi ne nous demande-t-on pas comment nous nous portons plutôt que comment nous allons ?

A cette question :
"Comment tu vas ?"
Tout est permis.

Tiens !
Demain je répondrai :
"De guingois .. Je vais de guingois .."

Et après-demain :
"De traviole .. je vais de traviole ..."

Il vaudrait mieux mentir, bien évidemment, et dire que ça va, le dire tranquillement, sans forcer le trait, après tout, c'est bien cela la base des relations socio-professionnelles, ne pas effrayer l'autre, surtout ne pas le déranger, avoir de l'allant avant même s'être envoyé le premier café en gobelet de la journée et donc répondre positivement à la question, je dis bien question, car s'il s'agissait d'une véritable interrogation, alors là oui, tu pourrais oser le lui dire que tu vas de traviole ou de guingois, mais sinon : non !

Pour l'avoir sciemment oublié, si jamais d'aucuns s'aventuraient demain à me demander enfin :
"Comment tu te portes ?"
Je répondrais :
"Près d'elle."

Elle, c'est la porte, bien sûr.


podcast

20:47 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politesse, relations humaines, travail, harcèlement, mise à l'ecart, placard |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu