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01/08/2008

Tu Me La Racontes Cette Histoire ?

Books Of The Brillant Thing

- Bon alors tu me la racontes cette histoire ?

Je soupire.
J'voudrais être ailleurs.
Loin.


- Mais tu .. Tu sais bien que je .. Que je sais pas les raconter, moi, les histoires.
- Mais si tu sais .. C'est juste que tu .. Tu les expédies ! Comme si ça t'ennuyait alors que ..
- Alors que quoi ?
- Alors que quand tu veux, quand tu prends le temps, c'est .. Mais tu cherches quoi ? Hein ? ... Tu veux que je te rassure encore une fois ? C'est ça ?
- Non .. Enfin, si .. je sais pas. Tu sais, déjà les écrire, c'est compliqué alors les dire ..
- Ben justement, ça commence par là. Par les dire.

Je devrais arrêter de fumer, je crois. Du moins ralentir. Elle me fait combien, maintenant, la cartouche ?
Quatre ?
Cinq jours grand maximum.
Et quand j'écris, c'est pire.


- Bon alors, tu me la racontes cette histoire ?

Que pourrais-je bien lui raconter ?
Qu'il ne faut jamais perdre le Nord.
Avec une fille du Sud.
Sinon c'est la chute.
Sans fin.
La descente aux enfers.


- D'accord, je te la raconte ... Bon alors c'est l'histoire d'un type qui se jette du vingtième étage ..
- Mais tu me l'as déjà racontée celle-là !
- T'es sûre ?
- Mais oui .. une histoire en vingt chapitres ..
- Vingt et un !
- Ah oui, c'est vrai, vingt et un. Et chacun des chapitres est consacré à un étage.
- C'est ça.
- Enfin, à ce que l'homme, dans sa chute, voit de chaque étage. La vie de personnes banales et bancales, de familles parfois originales, de gens de tous les jours mais dont il a toujours refusé de faire la connaissance, de nouer les liens, ceux du quotidien ..
- Voilà, oui.
- Alors qu'il habite cet immeuble depuis des années. Comme eux.
- Oui. Mais cloîtré.
- Et donc, du vingtième il se jette, il tombe ..
- Amoureux !
- Exact oui !! Je m'en souviens maintenant ! Dans sa chute, il tombe amoureux ! ... A quel étage déjà ?
- Au dernier. Enfin, au premier, j'veux dire.
- Juste avant le rez-de-chaussée.
- Voilà oui. Juste avant le bitume surtout.
- C'est con !
- Quoi ? ... Comme histoire tu veux dire ?
- Non. De tomber amoureux le jour de sa mort.
- Qui te dit qu'il va mourir ?

Hélène.
Elle se prénommait Hélène.
Celle dont il tombe, dans sa chute, amoureux.
Son appartement était fait d'encens, de fleurs de sel et de chats angora.
Avait-il déjà vu plus belle femme qu'Hélène ?
Avait-il déjà senti un aussi doux parfum ?
Avait-il, un jour, un seul, ressenti une telle plénitude ?


- Tu veux dire qu'il n'est pas mort ?
- Je n'ai pas dit ça !
- Alors qu'est-ce tu veux dire ?
- Que je ne l'ai pas écrit.
- Mais si, tu l'as écrit. J'étais là.
- Oui. Mais pas le vingt et unième ! Le vingt et unième chapitre, je ne l'ai jamais écrit.
- Pourquoi ?
- Parce que je ne voulais pas mourir. Je voulais rester avec elle, avec Hélène. Voilà pourquoi.

Elle se tait.
Regarde le ciel.
Longtemps.

Plus tard, elle me dit :

- Te rends-tu compte que tu es fou ?
- Oui.
- Vraiment ?
- Oh oui. Il n'y a qu'un fou qui puisse dialoguer avec quelqu'un qui n'existe pas.
- Tu as peur ?
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Je te demande si tu as peur ?
- Comment .. Comment tu as deviné ?
- Que tu avais peur ?
- Non ... Deviné la dernière phrase du manuscrit que, demain, je suis en train d'écrire. Il se termine, ce manuscrit, par : "tu as peur ?"
- Et ça raconte quoi ?
- Demain. Je te raconterai demain.

Il faut que je sorte.
De là.
De tout.
M'extraire.
Ou la maudire.


Ou la maudire.


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19:42 Écrit par Josey Wales dans Essai, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : ecrire, détruire, folie, amour, mort, poufiasse |

21/07/2008

L'Hiquantristesse [Verset 5.3 ]

"L'aveu est un couteau brûlé par le sang, rongé par le sable, magnifié du désert de nos sentiments.
L'aveu est la condition de survie de l'individu."
[Me, Myself & Aïe - Aix-en-Provence, Été 1992]


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Madame, Souffrez-Moi !

Mon compte en manque est devenu intolérable !
Il s'alourdit comme autant de billets doux rendus illisibles par le poids de l'Espace et du Temps, que je maudis.

Vous savez, vous aviez raison : ils ne se doutent de rien !
De fadaises, quotidiennement ils se nourrissent.
Et comme j'ai mal de ne pouvoir rien y changer.
Comme je suis mal d'être là.
D'être tas.
Grise falaise, ivre de peurs mal négociées, de douleurs mal digérées.
Échoué volontaire et négligeant l'idée du partage, à l'amer je suis l'Homme.
Agrippé au bastingage de l'ennui, harangueur des roulis arrogants de l'avis contraire de mon semblable qui ne me ressemble guère, sinon par temps de pluie, naufrage je suis.

Ne m'en veuillez point Madame, mais je dois vous l'avouer, je me suis, contre votre volonté dernière, désestiné au risque de vous déplaire.
Au point de vous décevoir.
Et le cochon qui me dévore le coeur donnera messe, dimanche à l'aube.
Elle sera pourpre, rayonnante.
Une aube masculine, égoïste, pestimiste.
Elle vomira ce que je n'ai su vous rendre belle.
Elle criera bien fort, la garce, quel homme j'étais, et le Monde, comme toujours, à ce Monstre, tournera le dos.

T'en souviens-tu, qu'avec vous Madame, mon tendre et douloureux Amour, j'ai courtisé la Mort.
Elle ne vous dit pas bonjour.
Elle a perdu votre trace.
Votre nom ne lui dit rien.
Oui Madame, près de vous, la Mort j'ai courtisée,
celle qui n'a pas de visage.

A la Science comme au Ciel, je renonce à donner mon corps.
A la Science par répugnance !
Quant au Ciel, comment pourrais-je y accéder, croire une seconde y monter, quand, tu le vois bien, tout finit par des cendres ?
Il s'éparpillera, ce corps, un mois de novembre, fouetté par le vent, glacé par l'ignorance.
Et ils auront beau dire que j'ai eu tort de me haïr pour mieux les détester, je n'en ai que faire, je vous aime et ne sais que souffrir et vous le rendre.

A en vomir.

[L'Hiquantristesse, Été 1992 à Aix-en-Provence - Revu & Corrigé, Été 2008 à Toulouse]



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[Zik : "Sons And Daughters - (Reprise)" by The Neville Brothers - C'est ce titre que Zazie a samplé pour en arriver à "Fou De Toi" ...]


L'Hiquantristesse est une forme de désespérance coupable ou de culpabilité désespérante. Des espoirs viennent parfois, ou par dessus tout, rayer l'émeraude, mais le sang reste à quai. Il n'y a point de remède, point de vaccin. L'Hiquantristesse se nourrit du quotidien. Puis, vorace, elle se nourrit toute seule. Elle n'a besoin de personne. Elle a besoin de tout le monde. Elle a besoin d'Amour puis de Séparations, d'Amour et de Séparations, jusqu'à persuader son hôte de l'inutilité de sa condition. Hôte tentant alors de soulager ses maux par l'écriture, vaine écriture dans laquelle, il cherche un mot, le dernier ; Le dernier des mots Hiquants.


Autre Verset :
L'Hiquantristesse [Verset 8.2]

20:01 Écrit par Josey Wales dans Essai | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : aveu, espace, temps, partage, naufrage, mort, amour |

19/05/2008

Pas Même Un Chat De Gouttière

Dead Like Me 

Il me demande ce que je vais faire.

Je tente de faire diversion.
Lui invente ma journée.
Lui invente, tant je ne fais rien.
Cloîtré du matin au soir.

Mais rien à faire, il insiste, il veut savoir, et je ne peux me dérober, moi qui voudrais le garder, le garder encore un tout petit peu.

Je marque un temps de silence, prends ma respiration, puis lui dis que j'ai pris une décision, que je ne reviendrai pas dessus, que voilà, je vais devenir comme les autres : un tueur.
"Un quoi, tu dis ?"
"Un tueur .." Je répète.

Il me demande si c'est une plaisanterie, que si c'est le cas, alors vraiment ça n'est pas drôle ; mais non, je lui réponds que non, ça n'est pas une plaisanterie, c'est la vérité, je vais devenir un tueur, impitoyable et sanguinaire, et pis c'est tout.

Je le sens, il est interloqué, hésite encore à me prendre au sérieux, cherche de l'air, des mots, des arguments de plomb, me dit que non, ah non ça n'est pas possible, je ne peux pas faire ça, pas moi bordel de merde, et puis de toutes les façons, je ne pourrai pas ..
"Et pourquoi ? Pourquoi je ne pourrais pas ? Tu peux me le dire ?"
"Mais ... Mais parce que ce n'est pas toi !"
"Qu'en sais-tu ?"

Au bout du fil, je le devine, ça y est, il perd pied, il tangue, vacille, mais une fois encore se reprend, m'assurant que je ne dois pas, que je ne peux pas faire cela, et puis d'abord comment ?
Hein ?
Comment ferais-je pour devenir un tueur ?
"Très simple, je lui réponds. Il suffit de se décharger de tout ce qui m'encombre, m'aveugle, me distrait. De se décharger de tout sentiment. Voilà ! Ne plus aimer, ne plus être affecté par quoi que ce soit ni par qui que ce soit. Devenir froid. Plus encore que la mort."
"Mais c'est impossible ! Tu m'entends ? Hurle-t-il. C'est impossible ! Tu n'arriveras jamais à te décharger, comme tu dis, de tout sentiment ..."
"Bien sûr que si ! Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il suffit de le vouloir. Et je le veux ..."

Il ne dit plus rien.
Estomaqué.
Je l'entends soupirer à plusieurs reprises.
La gorge se racler.
L'estomac se nouer.
Tout cela je l'entends.

"Mais pourquoi ? Dit-il tout à coup, résigné. Pourquoi devenir un tueur ?"
"Parce que dans ce domaine, je serai le meilleur !"
"Le meilleur ? Mais ... Ça veut dire ... Mais merde, ça veut dire quoi : Etre le meilleur ?"
"Etre seul, voilà ce que ça veut dire. Seul et sans attache. Ni Dieu, ni maître, ni femme, ni enfant. Pas même un compagnon. Pas même un chat de gouttière. Parce que rien, tu m'entends, il n'y a plus rien quand tu fais ce choix, emprunter ce chemin-là : la voie du tueur."

A nouveau, je marque un temps de silence.
Il faut qu'il comprenne.
Il est temps.
Comprenne qu'il est mort le type qu'il connaissait.
Ce type avec qui il fit les quatre cents coups.
Des trucs de fou.
Il est mort.
Définitivement.
Et toi, comme tous les autres, tu n'existes plus.
Il ne faut pas, il ne faudra surtout pas que tu croises mon chemin, demain.
Ni toi, ni personne.

"Tu devrais raccrocher" Je lui dis.
"Raccrocher ? .. Mais pourquoi ?"
"Parce que dans cinq secondes .... Je serai le meilleur !"


["Comment Je Suis Devenu Un Type Bien" - Manuscrit 2008 - Léo Tisserand]


podcast

20:52 Écrit par Josey Wales dans Essai | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tueur, vouloir, personne, société, mort, manuscrit, the beginning of the end |

 
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