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19/10/2008

Les Derniers Jours De Françoise Rivière [1/8]

"Papillon de nuit aux ailes turquoises
Je m'enfuis, je ris, et je pavoise !
Libre autant que le vent
Je suis le papillon aimant,
Papillon de nuit,
Éphémère comme la Vie."

[Françoise Rivière - Non Daté]

Françoise Rivière - Mai 1990


Samedi 19 octobre 1991.

La nouvelle était tombée le 17 mai dernier.
La biopsie effectuée quinze jours plus tôt avait rendu son verdict : cancer.
Des ganglions.
Un lymphome.

Françoise, séropositive depuis 1985 - peut-être bien avant - allait passer cinq mois, les derniers de sa vie, entre la Pitié Salpétrière souvent, et chez nous, rarement.

Jusqu'ici traitée à l'AZT, le seul médicament alors disponible pour les malades du SIDA, elle y ajoutait une chimiothérapie mais pas que.
Il lui fut proposée un traitement de plus, à l'époque expérimental, connu sous la dénomination de GM-CSF.
Elle n'était pas obligée d'accepter.
Mais elle le fit.
Elle donna son accord, parapha le document.
Elle savait.
Qu'elle servait de cobaye.

Le GM-CSF fut un échec.
Elle passa la majeure partie de son temps en aplasie.
A vomir.
A ne plus savoir comment se tenir tellement elle souffrait.
Quand ce n'était pas les os, c'était les poumons, quand ce n'était pas les poumons, c'était la tête, les dents ou le foie.
Et plus le temps passait, plus c'était tout en même temps qui la pliait en deux de douleur.
Jamais elle ne montrait quoi que ce soit, mais en lisant ses carnets, je découvrais qu'en cachette de nous tous elle pleurait tout ce qu'elle savait tellement ça lui faisait atrocement mal.

Dans ses derniers jours, il n'y avait plus que la morphine pour la soulager.
Et encore !

La veille de ce 19 octobre 1991, le vendredi, vers 17h30, je reçus un coup de fil, alors que je terminais une nouvelle semaine de stage PAO à Belleville.
C'était Jacques, le meilleur ami de Françoise.
Il veillait sur elle pendant mon absence.
Au bout du téléphone, je l'entendis désemparé, il ne savait que faire, me disait qu'elle se tordait de douleur sur le lit.
Je lui répondais qu'il avait bien fait de m'appeler, que je lâchais le stage, rentrais de suite.
Enfin, le temps de choper un métro, de traverser tout Paris, et je serais là.
Auparavant je passerais par la pharmacie récupérer de la morphine via ordonnance.

Les douleurs s'estompèrent.

Je lui fis des pâtes au gratin, un peu de viande, plats auxquels elle toucha à peine.
Elle voulut aller aux toilettes, et sur le chemin, se prit un coin de porte.
Y'avait du sang partout.
C'était l'arcade sourcilière qu'elle s'était ouverte.
Elle se mit à pleurer, me dit qu'elle n'en pouvait plus, que c'était un enfer.
Je ne sais pas ce que je lui ai répondue, très certainement des choses banales, comme il faut tenir, se battre, ne rien lâcher, pas maintenant, que rien n'est perdu.

Je ne suis pas sûr de lui avoir dit tout ça, en fait.
Je crois plutôt, qu'en essuyant tout ce sang, je pensais que c'était la fin, et j'étais paralysé.

Je me souviens qu'il pleuvait.
Qu'il pleuvait fort.

Le lendemain, ce samedi 19 octobre 1991, nous nous offrîmes une grasse matinée, chose qui ne nous était plus arrivée depuis l'annonce de son lymphome.
Dehors, il faisait gris.
J'allai acheter le journal, des cigarettes.
Dans l'après-midi, l'Angleterre vint battre le XV de France sur le score de 19 à 10.
Puis nous sortîmes prendre l'air.
Acheter du pain.
Dévaliser une pharmacie.
"J'ai froid !" Me dit-elle.
"Rentrons, alors !" Lui ai-je répondue.

Elle ne tint pas très longtemps.
A peine le début de soirée entamé qu'elle prit un Stilnox et partit se coucher.
Moi, je ne pouvais pas.
Je restai éveillé, hébété, sans rien faire, jusqu'à une heure du matin.

Je ne le savais pas encore, mais dans une semaine, le 26 octobre, elle serait morte.


"On va voir mardi ... Et mardi, on verra vendredi .. etc .. etc .. Depuis quinze jours, j'entends toujours le même refrain (...) Je suis fixée de toutes façons, mon corps parle tout seul. Je subis d'atroces souffrances que seul le sulfate de morphine soulage. Si je l'oublie c'est à se rouler par terre (...) "Josey" est impuissant, il m'achète des douceurs pour combler ce vide. Il ne parle pas beaucoup avec moi. Cela me manque. Je le sens gêné (...) Je ne veux pas de condescendance ou de pitié, ni de mensonges de sa part. Je lui ai dit aujourd'hui que la seule chose qu'il pouvait faire c'est de me faire rire quand même (...) C'est vrai que nous allons vivre des moments très durs mais j'aimerais bien en parler avec lui. Il se bloque (...) Ne veut pas m'affronter, c'est moche, c'est dur à vivre (..) Minh-De-Rien (Notre chatte - NDL'A) est de plus en plus collante. Elle est sur moi toute la journée. Je crois qu'elle sait. Il n'y a que le week-end quand elle nous voit ensemble qu'elle paraît tranquille. (...) Elle a changé .."
[Françoise Rivière - 19 Octobre 1991 - Extraits de son Carnet Intime]



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22:12 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sida, hiv, lymphome, chimiothérapie, gm-csf, souffrances, azt |

28/09/2008

Une Bonne Petite Angine Doublée D'Une Bronchite Avec Un Début De Gastro-En-Bloguite

Tropicale Pour Etre Honnête

- Calmez-vous et décrivez-moi ...
- Mais comment voulez-vous que j'me calme, enfin ! Depuis trois jours j'peux plus écrire un mot ! J'peux plus rien faire du tout ! C'est épouvantable ! Tantôt j'ai froid, tantôt j'ai chaud, j'sais même plus comment m'fringuer ! Alors j'reste là, misérable et souffreteux, calfeutré chez moi, emmitouflé comme une vieille, c'est juste si j'ai pas envie d'faire du tricot ! J'me tape Derrick, Le Renard, Michel Drucker, c'est pas normal ça ! Non ? Et r'gardez moi ce teint que j'me trimbale : j'ressemble plus à rien, j'suis qu'une momie, on dirait un cadavre ! .. J'peux plus arquer, j'suis qu'une douleur ..
- "Buffet Froid" de Bertrand Blier !
- Plait-il ?
- J'peux plus arquer, j'suis qu'une douleur, c'est un extrait de "Buffet Froid" de Bertrand Blier, je dis.
- Non mais attendez, c'est pas un quizz cinéma que j'vous fais, là ! On n'est pas en train de jouer ! C'est d'ma santé dont il s'agit ! Vous entendez ? MA SAN-Té ! S.A.N.T.é ! ... J'suis en train de vous dire que l'Alien que j'ai en moi vient d'se réveiller et vous, vous m'parlez de cinéma ? Mais merde, voyez pas qu'c'est grave, que ça y est, j'vais y passer, que j'suis en train d'agoniser !
- D'agoniser ! Rien que ça ! ... Et ça se traduit comment ?
- Ben ça se traduit par de la fièvre. Des douleurs dorsales. Des nausées. De la fébrilité. Des allers-retours aux toilettes ..
- Vous toussez ?
- Aussi, oui !
- Une toux sèche ? Grasse ?
- Ça dépend.
- Ça dépend de quoi ?
- Mais je sais pas, moi ! Ça dépend, c'est tout ! .. Disons qu'le matin, c'est sec, et en après-midi, c'est plutôt gras. Ça doit être l'angoisse !
- L'angoisse ? C'est-à-dire ?
- Ben c'est-à-dire que j'dois tellement "somatiser" que de sèche, ma toux se fait grasse.
- Je vois.
- Vous voyez ?!? ... Mais vous voyez QUOI ?
- Le diagnostic !
- Et alors ? Il dit QUOI le diagnostic ?
- Eh bien y dit que vous nous faites une bonne petite angine doublée d'une bronchite avec un début de "gastro".
- Comment ça une bonne petite angine doublée d'une .. Ça veut dire que .. Que c'est pas l'Alien qui ..
- Ben non.
- J'vais pas mourir alors ?
- Non plus.
- Merde !
- Comment ça merde ?
- Non rien ! ... Enfin .. J'veux dire que .. J'avais commencé a préparer la musique, moi ..
- La musique ? La musique de quoi ?
- Ben la musique qui accompagnerait mes funérailles !
- Je vois ... Et c'était quoi ?
- La musique ?
- Ben oui !
- Ben ... En fait, j'hésitais entre le Köln Concert de Keith Jarrett et "Plus Près Des Étoiles" de Gold.
- Ah quand même ! ... Vous n'avez pas pensé à la lettre de Guy Môquet ?
- ...
- Je plaisante !
- ...
- D'accord .. Vous non .. Bon, eh bien j'vais vous faire une ordonnance ..
- Carabinée, hein ..
- Vous inquiétez pas, j'vais la corser. J'peux même vous prescrire des euphorisants si vous le souhaitez !
- Des euphorisants ? Pour quoi faire ?
- Pour être moins .. Enfin plus ... Plus léger, quoi .. Pour euh .. Rire !
- Rire ? Pourquoi vous m'dites ça ?
- La lettre de Guy Môquet, par exemple ..
- ....
- Toujours pas .. Bon .. Eh bien tant pis ! On va se contenter de bons gros antibiotiques ..
- Ah oui, c'est bien ça, les antibiotiques .. Mais ..
- Mais quoi ?
- Vous êtes sûre que ça va être suffisant ? Que je n'vais pas mourir dans d'atroces souffrances ?
- Sûre .. Pffff .. Ça je ne peux pas vous le garantir.
- Comment ça vous ne pouvez pas me l'garantir ? Qu'est-ce que vous voulez dire par  .. Ah, j'en étais sûr ! Vous me cachez la vérité ! C'est ça ? J'avais donc raison ! C'est bien plus grave qu'une bonne petite angine doublée d'une ..
- Du tout. Ce que je veux dire, c'est qu'en sortant de ce cabinet vous pouvez très bien vous faire faucher par une moto de catégorie une, glisser sur une armée de peaux de banane ou vous faire descendre par un déséquilibré de type finlandais !
- ....
- Non plus ... Bon écoutez, je vais tout de même vous en prescrire, hein !
- M'en prescrire ? Mais de quoi ?
- Des euphorisants !
- Mais puisque j'en ai pas besoin, j'vous dis !
- Oh si ! Attendez ! Un type qui choisit le Köln Concert pour ses funérailles, il en a sacrément besoin !
- Donc ça veut dire que "Plus Près Des Étoiles" de Gold, c'est .. C'est bien ? .. Pour des funérailles, j'veux dire !
- ....
- Et "L'Oiseau Et L'Enfant" de Marie Myriam ?
- ...
- "La Maritza" de Sylvie Vartan ?
- ...
- Bon d'accord .. Mettez-moi des euphorisants ... Dites ...
- Oui.
- Vous ne voudriez pas me raccompagner .. Chez moi ?
- Vous raccompagner chez vous ? ... Pourquoi ?
- Parce que j'voudrais pas mourir seul.
- ...
- La moto, les peaux de banane, le déséquilibré de type finlandais, tout ça ..
- Et voilà ! ... Je le savais !
- Vous l'saviez ? Qu'est-ce .. Qu'est-ce que vous saviez ?
- Que j'avais oublié quelque chose, pardi !
- Oublié quelque chose ! Mais quoi ?
- Le Xanax ! J'ai oublié de vous prescrire du Xanax ! Et pas qu'un peu !
- Ah oui, c'est bien ça, le Xanax ! Mais .. Comment dire ? .. Avec du Xanax, j'peux rentrer tout seul chez moi ! ... J'veux dire : j'vais pas me faire faucher par une moto, glisser sur ..
- Eh non, puisque vous n'y penserez même plus. Enfin .. Ça ne vous traversera plus l'esprit, si vous préférez.
- ....
- Vous comprenez ?
- ...
- Ben c'est quoi cette tête !  Qu'est-ce qu'il y a, encore ?
- Ben, il y a que, vous n'avez pas comme l'impression que nous sommes dans une impasse, là ?
- Une impasse, c'est-à-dire ?
- Ben qu'on y arrive pas, quoi !
- On n'arrive pas A QUOI ?
- A finir ce billet !
- Ce billet ? ... Mais quel billet ?
- Ben le billet de mon blog .. Celui en date du dimanche 28 septembre 2008 ... Vous voyez bien qu'on tourne en rond .. On aurait pu terminer, j'sais pas moi, sur : c'est bien non, Gold pour des funérailles ! C'était pas super-drôle, mais bon, ça f'sait une chute plus ou moins acceptable ! Alors que là, on noie le lecteur de répliques poussives  ..
- Non attendez, dites-moi que je rêve, que, que .. Que c'est pas vrai !
- Que c'est pas vrai, quoi ?
- Ben que vous vous servez de moi ! Dites-moi que c'est pas vrai ! Vous vous servez de moi, et peut-être bien des autres aussi, de votre maladie même, pour avoir de quoi alimenter votre satané blog à la noix ! Tant ça vous angoisse et vous fait la toux grasse, de ne rien trouver à écrire ne serait-ce que trois petits jours consécutifs ! Tant ça vous file la fièvre d'être à sec de bons mots, de périphrases ou de métaphores à la petite semaine ! Non mais vous vous rendez compte que vous ne vivez plus que POUR votre blog et PAR votre blog ! C'est devenu ça votre vie ? Vous emprisonner un peu plus ? Mais pour qui ? Et pourquoi ? Non mais dites-moi que ce n'est pas vrai !
- Ben si .. C'est .. C'est vrai ..
- Alors vous aviez raison : c'est grave. Mais plus que je ne le pensais ...
- Grave ? ... Qu'est-ce que vous entendez par là ?
- Par là ? J'veux simplement dire que vous êtes gravement atteint. Sérieusement attaqué. Carrément malade. Malade, vous m'entendez ? Vous êtes MA-LA-DE ! M.A.L.A.D.E ! Ça vous ira comme chute ?
- Ben pas vraiment ..
- Faudra pourtant vous en contenter ... Et pis d'abord, c'est pas une chute. C'est un diagnostic.
- Alors c'était pas une bonne petite angine doublée d'une ..
- Si. C'en est une. Mais c'était les causes qui m'échappaient. En fait, vous troquez une maladie contre une autre. Comme si la votre ne vous suffisait pas. Parce qu'elle vous semble trop invisible, impalpable. Aux autres comme à vous-même. Et ça vous dérange. Vous aimeriez tant qu'elle se voit, votre maladie. Voire, qu'on vous en plaigne. Comme ce n'est pas le cas, alors vous vous en créez une autre, bien visible et accessible à tous. Sèche et grasse. Angine de vous-même. Bronchite du tout-à-l'égo. Gastro en points et virgules que vous chiez à la face de la blogosphère. Mais ce n'est pas un blog, ni même un journal intime que vous tenez. C'est une prison. C'est elle, cette prison, cette dépendance de vous, des autres, qui vous rend malade. C'est elle qui précipitera ce que vous cherchez depuis dix-huit ans, peut-être plus : votre chute.


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18:37 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : maladie, hiv, sida, complaisance, ego, prison, blog |

19/09/2008

"Et Puis Tu Vas Crever, Non ?"

Je me souviens qu'il pleuvait.
Des bières.
Blanches de préférence.
Ou alors de la Leffe.

Je me souviens du climat.
Tendu.
Et je me demandais quand.
Quand donc allaient-elles sortir leurs flingues.



 N'Ayons L'ère De Rien ...


Elles étaient brillantes, ces deux donzelles.
Intelligentes, pertinentes et cultivées.

L'une était ton amie de toujours, ton amie d'enfance.
Elle bataillait rude dans le documentaire, rêvait tout haut de long-métrage, évoquait souvent Bergman ou "Manhattan" de Woody Allen.

L'autre était ta soeur.
Cadette.
Etudiante au nez de fouine, étudiante en Droit promise à un bel avenir.

Elles étaient assises, là, en face de moi, et toi, à mes côtés, parfois, tu me prenais la main.
Tu devais le sentir aussi que viendrait le moment où.
Et il vint.
Sous forme de questions.
Sans que jamais la bonne ne fut posée :
"Comment était-ce possible que deux semaines après ta mort, quatre jours après la crémation, je puis être ému par quelqu'un d'autre, quand bien même le connaissais-je, un peu, déjà ?"


Samedi 18 mai 1991

"Tu as vu comme elle est belle, cette fille !" M'avais-tu dit.
J'avais répondu non.
Et ajoutais :
"Quelle fille ?"
Tu me l'avais montrée, et je t'avais dit :
"Moui .. Elle est pas mal !"
"Comment ça pas mal ? .. Tu plaisantes ou quoi ! Mais enfin, regarde ! Elle est magnifique !"
Je pensais qu'elle était surtout magnifiquement jeune, ta déesse.
Et pis, de toutes les façons, je n'avais d'yeux que pour toi.
Les autres, toutes les autres, aussi belles fussent-elles, je ne les voyais même pas.
J'avais beau te le dire, te le répéter, tu ne me croyais pas.
Tu avais tort.
Joliment tort.



La fille, la magnifique, elle était à présent près de moi, ce mardi 26 novembre 1991, me prenant parfois la main, fort, entre Leffe et bières Blanches, dans ce bar de Montparnasse, où comme nous nous y attendions, enfin, elles fusèrent les questions.
Ça n'était rien d'autre que la manifestation de quelques inquiétudes, je les trouvais même légitimes, j'étais prêt à y répondre, le préservatif, son utilisation, aléatoire, maîtrisée pourtant, sauf que très vite, trop vite, il monta, le ton.
De revers liftés ou slicés nous étions brutalement passés à une ribambelle d'aces et de coups droits.

Acculé au fond du cours, je renvoyais les balles comme je pouvais, molles et perdues, quand une, traçante, vicelarde, me troua le coeur :

"Et puis quel avenir tu peux lui offrir, hein ? Quel avenir, puisque tu n'en as pas !"

Tout au fond de moi, dans ton regard aussi, je cherchais des munitions, des balles neuves, des gentilles, des apaisantes, des à blanc, mais pas le temps, une seconde, lobée, m'acheva pour de bon :

"Et puis tu vas crever, non ? .. Tu le sais, que tu vas crever ?"

Je voulais quitter cette table.
Balayer violemment bocks de Leffe et de bières Blanches.
Partir.
Mais c'était ton amie de toujours, ton amie d'enfance.
Et c'était ta soeur, celle que tu aimais tant, la cadette.

Alors je n'ai rien dit.
Juste, j'hélais le garçon et offrais une autre tournée.

Nous l'avons bue, en silence.
Elles comme nous.
Nous l'avons bue, puis, tu m'as dit :
"Viens ! On s'en va .."

Et nous sommes partis.
Sans un mot.
Ni les donzelles.

Nous sommes partis.
Loin des questions qui fusent.
Des avis définitifs, de ceux qui vous font la peine capitale.
Loin de Paris.
Dans un pays où l'on dit que la misère, y compris celle de l'esprit, serait plus belle au soleil.
Où Leffe et bières Blanches brillent mais jamais ne pleuvent.
Entre Cassis et Baux de Provence.

Entre Maures et Renaissance.


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