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06/04/2008

Ma Mère, Ma Bataille

All About My Mother

Non jamais je ne vous le dirai, ma mère, ô combien vous me l'avez pourrie, la vie.
Parce que voyez-vous, ce ne serait pas juste.
Et puis, n'est-ce pas moi, qui, au final, ai choisi ?
Ne suis-je pas le premier responsable de ma vie ?

Non, décidément, je ne vous dirai pas, jamais, je ne vous dirai rien, je vous laisserai tranquille, et tant pis si nous ne nous serons jamais connus.
Car que sais-je de vous et que savez-vous de moi ?
Vous qui, pourtant, m'avez lavé jusqu'à l'âge de sept ans ...

Rien, vous ne savez rien de moi, des chemins que j'ai empruntés, des rivières où je me repus, des femmes que j'épousais, de cet enfant que je n'ai pas fait.
Rien, vous ne savez rien de moi, ce que j'aime, ce que je ne supporte plus, vous ne le savez pas, jusqu'à la couleur de mon sang, vous ne savez rien.

Je me souviens de cette après-midi où je vous conduisais au chenil.
Vous vous y rendiez pour acheter un chien, encore un chien, et moi, au volant, j'avais la gorge nouée.
J'avais mais tant de choses à vous dire, il me semblait que c'était possible, que oui, cette après-midi là, je pouvais vous les dire, des choses importantes, mais si douloureuses, oui, il me semblait que l'occasion nous était offerte, enfin, mais rien, rien ne sortait, et c'est dans un silence pesant, mortel, que nous fîmes le trajet menant à votre nouveau compagnon.

Comment se fait-il, me disais-je, que je n'y arrive pas, à vous parler ?

Comment se fait-il que je ne puisse vous dire que j'aurais tant aimé que vous ne me traitiez pas comme vous le fîtes, pour quelle(s) raison(s) vous ne me faisiez jamais confiance, qu'avais-je donc fait de si grave, de si définitif, pour que dès mon plus mon plus jeune âge vous me considériez comme ...

... Comme quoi, au juste ?

C'est ce quoi que j'aurais voulu que vous me décriviez, et le pourquoi de ce quoi.
Etait-ce en rapport avec mon père ?
Le votre, peut-être ?
Ou avec le fait que je sois de sexe masculin ?

Puis-je vous avouer que c'est à cause de vous, oui, à cause de vous, que je me suis "désestiné".

Comment vous dire ?


Peut-être des souvenirs, mais j'en ai si peu, nous aideraient à comprendre pourquoi vous ne souhaitiez pas que je fus un enfant, mais un homme avant même que je comprenne ce que ça veut dire, signifie d'être un homme.
Ou pourquoi, au contraire, vous désiriez que je reste un enfant ?

Je me souviens, vous ne vouliez pas que je me rende au domicile de ce copain de classe, ni d'un autre, ni d'aucun de mes copains ; je crois, c'était en sixième, j'avais onze ans, vous ne vouliez pas parce que, me disiez-vous, j'allais mal me tenir, casser quelque chose, vous ... faire honte, c'est ça ?
Vous ne l'avez jamais dit, jamais prononcé ce mot de "honte" mais je l'entendais, et je ne comprenais pas pourquoi, pourquoi vous pouviez le penser, puisque, me rabâchiez-vous, à longueur de journées, vous m'aviez enseigné la politesse, les bonjour madame, les bonjour monsieur, et merci pour tout.

Pourquoi alors craigniez-vous que je me comporte mal, que je vous fasse honte ?

Que voyiez-vous en moi, vous, ma mère, de si terrible, qui vous convainque que cet enfant, le votre, allait, en votre absence, faire le contraire de ce que vous vous évertuiez à m'apprendre ?

Et d'ailleurs, que m'avez-vous appris ?

Que je n'ai jamais manqué de rien, que tous les jours il y avait dans mon assiette, la votre, de quoi me nourrir.
Qu'il y avait, l'été venu, ce temps que nous appelions alors les grandes vacances, la mer, la montagne, et pour quatre longues semaines.
Que, quand la Noël arrivait, au pied du sapin, je trouvais le 25 au matin, des cadeaux, même si, ça n'était pas toujours ceux que je désirais, c'est vous qui la plupart du temps, les choisissiez.
Et la guitare dont je rêvais, je me la payai plus tard, quand enfin, je vous quittais.

Non, c'est vrai, je n'ai manqué de rien.
Sinon de tout le reste.

Par exemple que vous me demandiez une fois, juste une seule fois, ce dont j'avais envie, moi, à quoi je rêvais.

Par exemple quelles études j'aurais voulu faire, quel métier, et pourquoi ?

Par exemple, que vous me confiâtes combien il vous était si insupportable de ne pas savoir comment faire pour me transmettre le plus important, le plus essentiel, le sens de la vie, comment la vivre, comment aimer, pourquoi vous ne saviez pas transmettre cela, et me dire simplement que tout ce que vous souhaitiez pour moi, ce fut d'être heureux.

Jamais, de votre vie jamais, vous ne m'avez parlé de bonheur, ni d'amour.

Jamais vous ne m'avez regardé comme ces mères que plus tard je rencontrai, qui serrant fort leur enfant, leur disaient combien elles les aimaient, et que vraiment l'important mon enfant, pour moi, c'est que tu sois heureux.

En les voyant, je me rappelais que la première fois que nous nous embrassâmes, j'avais passé depuis lontemps, mes dix-huit ans ..

Non, jamais de votre vie, vous ne me l'avez dit : non, il fallait juste que je travaille, travailler voilà, la vie, pour vous, n'était que cela, travailler ...
Seulement voilà, je découvrai assez vite que non, ça n'était pas QUE cela, la vie, c'était aussi ces "choses" que je connaissais pas, c'était bonheur, c'était aimer, c'était respect, mais comment faire, comment surnager, quand on ne vous l'a pas appris, que les clés, on ne vous les a pas données.

Alors oui, je n'ai manqué de rien, c'est vrai, simplement de tout le reste.

Je me souviens, de ce jour-là, où nous étions tous les deux dans la cuisine.
J'avais quatorze ans.
Vous me défiiez.
Me disant que c'était bien facile, oui, d'être un bon élève dans ce lycée public.
Que vous en connaissiez un autre, un privé, où là, fallait turbiner, travailler du matin au soir pour être le premier.
Vous ne supportiez pas que je ne sois que le quatrième de la classe.
Vous pensiez qu'en me donnant plus de mal, je pourrais être le premier.
Seulement, ce que vous ne compreniez pas, c'est que moi, je ne voulais pas.
Le premier, il n'a pas de copains.
Et moi, j'en voulais, des copains.
Plein.
Alors je me démerdais pour faire juste ce qu'il fallait, mes devoirs, mes leçons, je m'appliquais, je pensais que ça vous suffirait, mais non.

Vous me défiiez ce jour-là, je le sentais, vous me provoquiez me disant que j'étais, que je me la jouais trop facile, que dans l'autre école, mais non, tu ne pourras jamais y accéder, penses-tu, c'est un concours, ils sont 8000 à le tenter chaque année, et ils n'en prennent que 80, les meilleurs, tu n'y arriveras pas toi, pour y arriver, il faudrait travailler, et toi, tu te laisses vivre.
Alors j'ai dit oui, d'accord, je vais le faire votre concours, vous me voyez comme un bon à rien, pourquoi, je n'en sais rien, mais s'il faut vous prouver que je n'en suis pas un, alors je le ferai.
Et je terminai dans les 80 premiers.

Comment dire ?


J'aurais tant aimé que vous manifestiez votre joie, quelque chose du moins qui y ressemble, mais non, rien, pas même un sourire, à croire que pour vous, c'était la moindre des choses que je réussisse, et si c'était la moindre des choses, alors je comprends mieux pourquoi vous n'exprimiez point ce que d'autres mères auraient, elles, largement exprimé.

Je me souviens aussi, que bien des années plus tard, passant le cap de la première année de médecine, mon amie m'avait proposé de vous inviter.
Nous pensions fêter l'évènement, et elle trouvait que c'était une belle occasion que je renoue avec vous.
Vous étiez veuve depuis déjà trois ans.
Je vous avais quittée car vivre à vos côtés, sans que vous me laissiez libre, m'était devenu insupportable.

Vous vîntes.

Il faut préciser que les parents de mon amie m'offraient le gîte comme le couvert.
Je le vivais mal, bien sûr, j'aurais voulu me débrouiller par moi-même, mais ils insistaient, et s'il m'arrivait de refuser, il est vrai, qu'ils m'ont sauvé de bien d'errances.

Or donc, vous vîntes.

Je ne sais pas, peut-être avez-vous trouvé que cet univers n'était pas celui que vous espériez pour moi, ou qu'il ne vous allait pas ; quoi qu'il en soit, le lendemain, il me fut dit que vous aviez questionné les parents de mon amie, leur demandant notamment s'ils s'occupaient bien de moi, s'ils me nourrissaient bien.
Je ne sais pas si c'est ce jour-là que je connus la plus grande honte de ma vie.
Sans doute, me l'aviez-vous faite connaître bien avant.

Vous voyez, comme ce mot nous lie, revient, ce mot "honte" et je ne cesse de me demander pourquoi, ma mère, c'est ce mot-là, et pas un autre, qui nous unit ...

Non, jamais je ne vous dirai, ma mère, ô combien vous me l'avez pourrie, ma vie.
Parce que voyez-vous, je vous "haime".

C'est le verbe qui m'est venu en pensant à vous ; le verbe "haimer".
Beaucoup d'amour, et si peu de haine.
En vérité, le "h" de "haimer", et je le comprends en vous écrivant ce soir, est celui du mot : honte.

Mais au final, et c'est pourquoi je me tairai, l'on est seul responsable de sa vie, et même si je commets une erreur, j'estime que vous n'êtes pas la mère de mon malheur.
Quand bien même j'aurais vraiment attendu, longtemps, tellement longtemps, mais en vain, que vous me dites que vous m'aimez, et que le plus important, dans ta vie, c'est de connaître le bonheur, mon fils, que c'est tout ce que je souhaite pour toi : d'être heureux.

J'ai rencontré le bonheur, ma mère, plusieurs fois, et savez-vous quoi ?
Je trouvais ça merveilleux, mais je ne m'en sentais pas digne.
Alors, toujours, tout le temps, je le laissais partir.
Et j'en crevais de tristesse.

C'est ça que je voulais vous dire :

Pourquoi, que vous a-t-il manqué, pour ne pas m'avoir appris que moi aussi, votre fils, j'y avais droit, au bonheur ?


podcast

23:35 Écrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Georges Bataille, Bonheur, Amour, Respect, Manque, Analyse, Mère |

10/03/2008

Qu'Est-Ce Que Ca Change ? [Work In Progress - Part I]

La Séropositivité,

Qu'est-ce que ça change ?

La Solitude

Au fond, le petit garçon que j'étais est-il si différent du présumé adulte que je suis devenu ?

Autant que je me souvienne j'ai toujours été ainsi, introverti, taciturne, ailleurs.
Détestant le bruit, recherchant la paix, quitte à ce qu'on me la foute.
Très vite je me suis barricadé.
Sans pour autant savoir.
Me protéger.

Sans doute aurais-je aimé qu'on dise de moi que je sois sauvage.
Ca n'est pas le cas.
Dommage ...

Je suis, je le crois, un solitaire ayant peur de la solitude.
Un solitaire appréciant la vie à trois.
Toi, moi, un enfant.
Et basta.


Mais je le reconnais, oui je finis par l'écrire enfin, le dire, la séropositivité a certainement aiguisé ma peur de la solitude.
Mais ce n'est pas cette peur qui me guide.
Ce n'est pas elle qui dicte mes choix.
Juste, j'ai pris conscience de ce danger, la possibilité d'une île effrayante : la solitude.


Je pense que, dans ce cas, je n'aurais plus grand choix, sinon vivre avec moi et ce que j'ai en moi, en l'occurrence, le virus.

En écrivant cela, je me demande si j'ai accepté jusqu'ici de vivre avec lui.
Mais faut-il, justement, l'accepter ?
Se contenter de le savoir, qu'il est là, n'est-ce pas suffisant ?


Oui, la solitude comme effroyable éventualité, voilà peut-être ce qui a changé, ce dont j'ai pris conscience, mourir au milieu du fracas, seul, sans personne, un proche, un ami, un amour pour tenir ma main une dernière fois.

On me l'a prédit.
Six ans avant l'annonce de ma séropositivité.
Un cafetier des Halles à Limoges.
Un matin, m'apportant un café sur le zinc, serviette sur l'épaule, il m'a dit, droit dans les yeux :
"Toi, tu finiras seul !"
Et il est parti servir un autre café.
Sans me dire pourquoi.
Une phrase comme ça, impossible, tu ne peux pas l'oublier.


La solitude ...

La solitude, oui, mais la vraie, pas l'aimable, pas la nécessaire, non, la salope, la mortelle, la vénéneuse.
C'est de cela dont j'ai peur.
Et plus encore depuis que je suis séropositif.

Peu m'importe d'être seul à condition de ne point connaître la solitude.
Car là, je le sais, je le sens, je tombe et puis meurs.

C'est donc cela qui a changé.

Et je le découvre maintenant.
Juste en écrivant ce billet.
A l'instant même.
Ou presque.


Je pourrais remonter de quelques lignes, corriger, ajuster, réécrire, mais non.
Non, je ne vais rien effacer.


Je le ferais sans doute si je rédigeais un manuscrit.
Encore que, ce pourrait être un nouveau concept de manuscrit.
Un livre qui s'écrirait comme ça, en direct, et dont l'auteur contesterait les lignes précédentes.
Les siennes.


Donc non, je n'efface rien et je constate que si, bien sûr que si, cette peur aura - au moins une fois - dicté mon choix.
Eu raison de moi.
Un temps.

J'étais prêt à faire (finir ?) ma vie avec une personne que je n'aimais plus d'amour pensais-je, que j'aime pourtant, toujours, j'étais prêt à faire un enfant avec elle, moi qui ne m'aimez plus, nous avions même déposé un dossier, engagé la "procédure", oui, j'allais le faire et pour une seule raison :
La peur de cette solitude.

Ca m'effraie rien que de l'écrire.
Et d'ailleurs, je devais l'être à cette époque, effrayant.

Comme la solitude, la vraie, la mortelle, la vénéneuse peut l'être.


[A Suivre ..]


podcast

17:10 Écrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séropositivité, solitude, ferré |

04/03/2008

Sorède, Ne Vois-Tu Rien Venir ?

Ca fait même pas deux minutes que je suis là, mal assis, quand déjà, vous débarquez.

Merde, j'aurai même pas eu le temps de rassembler quoi que ce soit, je sais pas, quelque chose de construit ..
Je veux dire qui tienne un peu la route.
Des phrases qu'auraient de la gueule.
Mais des vraies.
Pas des pour faire joli.
Du genre qui traduisent parfaitement, je veux dire, de façon très exact ce que je ressens, ce qui me ..

.. Ce qui me quoi déjà ?


Vous me faites un signe de la tête.
Comme toujours.
Ca veut dire que c'est bon, vous êtes prête à me recevoir, allez, on se lève ..

Je vous suis.
Vous me serrez la main, me dites d'entrer.


Quand est-ce que nous nous tutoierons, je me dis.
Et que nous nous embrasserons.
Comme ..
Comme des potes.


"Alors .. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?"

J'aurais bien envie de vous dire qu'il n'y a rien à faire.
Mais vous le savez bien, c'est même pas vrai.
Sinon je ne serais pas là.
Mais je ne sais pas dire.
Les choses.
Déjà les écrire, si vous saviez !
Pfffffffff ...
J'suis même pas sûr.
Qu'ils sont justes, les mots, qu'ils tombent pile.
Qu'ils traduisent parfaitement ...
|Je l'ai pas déjà écrit ça ? ... ]

Dans la voiture, je me disais, ça y est, ça recommence, je sais pas, je sais plus, avant-hier oui, je savais, embrouillé certes, détruit, mais je savais, j'vous jure, sur la vie de Noël Mamère, les mots, les points, les virgules, tout, mais aujourd'hui, tellement ça va vite, trop vite, je vais vous raconter quoi ?
Qu'elle est rentrée.
Hier soir.
Et puis ...


... Et puis voilà.
Enfin.
Comment vous dire ?
Même elle, elle ne peut pas.
Résister.
A tout point de vue.
Qui n'est pas toujours le mien.
Mais c'est pas grave.
Au contraire.
Je veux dire : tant mieux !

"Je voudrais qu'on m'enferme .. "
Je vous réponds.

Vous soupirez.
Vos yeux en suspension.
Y'a de quoi.
Soupirer.

"Pour quoi faire ?"


Ben j'aurais un ordinateur, une bibliothèque pétée de livres, des films, partout, ah ça des films j'en veux, des Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, mais pas que, et ..

.. Et voilà, je passerais mon temps à écrire, m'instruire.

Ah oui ...
... J'ai oublié de vous le dire :
Que je voulais m'instruire.
Tout ce que je ne sais pas, je veux l'apprendre.

Oui, vous m'avez bien lu, m'instruire, parce que bon, faut que vous le sachiez, attendez, j'suis quand même un drôle de type !
Tout de même, écrire sans jamais ouvrir un livre, c'est un peu gonflé, non ?
Bon, d'accord, j'ai passé des années à en bouffer.
Des livres.
Avec une lampe-torche, une bougie, une allumette même.
En cachette.
Comme tous les mioches j'ai commencé par la bibliothèque Verte.
J'suis même passé par la Rose.

Pour savoir ce qu'on leur donnait à manger.
Aux filles.
Pour comprendre.
C'est quoi une fille, bordel ?
Et puis ensuite, tout le tintouin : allez hop, Dumas, Hugo, Pascal, Verlaine, Baudelaire, Paul Valéry, Céline ..
Et puis
Duras.
La salope !
Elle m'a flingué, Marguerite.
Je me suis dit que là, fallait que j'arrête.
Enfin.
Je m'suis dit ; c'est plus possible !
Faut passer à l'acte.


Marguerite Duras

"Vous deviendriez hystérique ?"
Vous dites.

Non.
J'ai envie de vous dire que non, je ne deviendrai pas hystérique.
Non mais ça va pas non ?
C'est juste que.

Je deviens le personnage de mon roman.
Celui qui faillit être édité.
Mais pour de biens mauvaises raisons.
J'ai même pas eu besoin de dire non.
Pas la peine.
Elle a compris, Arlette, que c'était hors de question.
Je ne serais pas sa pute.
Jamais.
Moi, une PUTE ?
Et puis quoi encore ?


Philmographie

Il s'appelle Léo.
Léo Tisserand.
Tisserand parce que je pensais que c'était bien qu'il ait un nom.
De famille.


J'allais quand même pas lui donner le mien, merde !

Mais lequel, alors ?

Je me suis souvenu d'un quai de gare, d'un film
['Tu fais chier avec tes films !" Qu'elle m'a dit, K.].
"Hôtel Des Amériques."
Un film de
Téchiné, André.
Avec
Mademoiselle Deneuve et Patrick Dewaere.
Qui dans le film se nomme Tisserand.
Dewaere.
Pas Deneuve.

Il vient de perdre sa femme, Léo Tisserand.
D'une sale maladie, elle est morte.
Un virus.
Une putain de saloperie.
Qui l'habite aussi.
Mais qui dort, qui roupille, l'enfoiré.
Qui attend.
Mais qui attend quoi, nom de Dieu ?


Il décide alors de s'enfermer, Léo.
Il ne sort de chez lui que pour s'acheter des cartouches de cigarettes et des bouteilles de Blanc.
Il pense qu'avec "ça" il va le réveiller, le virus.
C'est tout ce qu'il espère.
Et pourquoi ?
Pour l'anéantir.
Le virus.
Et avec lui, mourir.
Qu'il ne s'attaque plus à personne.
"Meurs avec moi, salopard .."


Un jour, alors qu'il sort une nouvelle fois faire provision de cigarettes et de Blanc, il croise un enfant.
Douze, treize ans.
Pas plus.
Il le voit chaparder.
Mais bien.
Ca l'amuse.
Énormément.
Il se dit :
"Wouah .. Il est doué, le gamin."
Il ne peut s'empêcher de le suivre.
Ils se retrouvent dans le métro.
Le gamin, loin d'être con, il l'a bien vu.
Ils vont, bien sûr, engager la conversation.
En fait, ils ne vont plus se quitter.


Il y a ce qu'on appelle de petits miracles de la vie.
Sauf que.
Il n'y en a pas.
Il n'y a pas de hasard.
Croire au hasard, c'est croire au miracle.
Mais la vie n'est pas une cour.
Des miracles.
C'est un jardin.
De rencontres.
Qui ne doivent rien au hasard.


Avec ce gamin, ce chapardeur génial, Léo va peu à peu sortir de chez lui.
En fait, il va entrer dans lui-même.
Enfin !


Vous savez, il existe des êtres qui pensent (à raison) qu'il existe un endroit.
Et c'est à endroit qu'il leur faut aller.
Certains pensent qu'en le gagnant, cet endroit, ils vont trouver, je ne sais pas, un début de réponse à leur puzzle défait.
Un signe.
Une défaite.
Pour connaître enfin, une victoire.
Repartir.

D'autres, et c'est le cas de Léo, pensent qu'en cet endroit, il y a plus qu'un signe, il y a bien mieux que cela, il existe un être, un être qui ne les attend pas forcément, juste, cet être est là, voilà, il faut le rencontrer.
C'est tout.

Pour lui, cet endroit se situe dans les Pyrénées Orientales.
C'est un petit village qui se nomme :
Sorède.
Léo, en estafette, part à Sorède.
Et l'histoire se termine là.


Sorède ?

Ce qu'il y trouvera, pourquoi le raconter ?
Ce qui importe, c'est qu'il y allait.
Sans l'enfant.
Bien entendu.
Mais était-il besoin de le préciser ...

J'ai oublié de vous dire que j'aimerais bien y être.
Dans votre livre.
Parce que vous allez le faire, enfin l'écrire, le continuer, n'est-ce pas ?
Vous m'appelerez comme vous voudrez.
Par mon nom, oui, c'est mieux.


En rentrant, j'avais des tas de choses à dire.
A lui dire.
De jolies choses.
Je ne l'ai pas fait.
Si.
J'ai biaisé.
"Tu voudrais pas m'emmener à Collioure ?"
J'ai dit.

Et puis après, avoir coupé le portable, je me suis dit que non, et si  ...

... Et si c'était moi qui l'emmenais ?


Sorède, ne vois-tu rien venir ?

A part ça, je vous l'assure, tout va bien.
Comment ne pas aller bien quand on aime ...

Quand on aime.

13:20 Écrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Sorède, Léo Tisserand, Roman, Personnage, Sida, Hiv, Amour |

 
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