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31/12/2008

Ben’Addict [Où J'te Kiffe La Keuf]

J’étais cul mal assis sur cette fontaine de béton.
C’était mi-août.
C’était Maison-Alfort, Juliottes, un désert.
J’étais habillé tout pareil que sur la photo, celle de la Misamour, celle que tu vois, trouée, tout en haut, à gauche, juste j’avais rajouté une tête, la mienne, et des lunettes.
Noires.

Me disais, c’est con, mais qu’ainsi elle me reconnaîtrait.

J’avais l’impression d’être en équilibre, précaire, sur un trapèze.
Mal à l’aise.
Et puis, elle est arrivée.

Le Flic.

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00:02 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : benedicte desforges & philippe sage |

23/12/2008

Je Me Souviens Que J’Etais Séropositif

 L'Innocence ....

Mais je ne veux plus l’être.

Comme l’enfant que je suis resté, je suis et me crois immortel.

Rien ne peut me tuer, me dis-je, rien ne peut m’atteindre, je ne mourrai pas, pas de ça, du Sida, ni d’autre chose d’ailleurs, croix de bois, croix de fer, si j’mens, j’vais rotir en enfer.

Je ne veux plus être séropositif, je veux vivre, m’envoler, m’extraire, m’aérer.

Je veux voir les gens comme avant, je veux les voir innocents, même si c’est pas vrai, m’en fous, je veux les aimer, comme quand j’étais vierge de tout, les serrer dans mes bras, leur montrer la Grande Ourse et la beauté d’une seconde, l’éternité.

Je veux retrouver mes vingt ans et demi, mon insouciance, ce trésor, je ne veux plus de "ça" dans mon sang.

Je veux partir pour d’autres contrées, t’emmener avec moi, dans le cou t’embrasser, ta main caresser, te faire rêver poulette, bord de mer, te conter fleurette, rire aux éclats, même d'obus, danser, virevolter.

Je me dis que voilà, si je décide que, alors tout, tout peut recommencer, je peux être à nouveau cet étrange garçon qui, sous la pluie, trouvait que tout de même, elle était belle, la Vie.

Je veux vivre comme c’est pas possible, tournoyer pour toujours et à jamais.

Je ne veux plus de "ça", de "ça" dans mon sang.

Comme on arrête de fumer, de boire, de trahir ou de se trahir, pour la nouvelle année, je voudrais, s’il vous plait, arrêter d’être.
Séropositif.

Tel l’enfant que j’étais, à nouveau, je voudrais être immortel.
Insubmersible.

Me baigner.

Aimer.

Puis, m’en aller.

Comme je suis venu.

Innocent.


podcast

"Je suis mort du Sida mais le Sida n'est pas mort avec moi" [Hervé Guibert] ... Mais il mourra avec moi, Hervé, je t'en fais le serment, sinon, croix de bois ....


21:46 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : sida, séropositivité, sang, des regrets, pluie, enfance, innocence |

22/12/2008

Je N’Ecrirai Pas Ce Soir ...

Crève Connard ...

Je n’écrirai pas ce soir.

Tant je le sais, tout ce que je bafouillerai pourra être retenu contre moi, alors que je ne sais même pas, pauvre que je ne suis pas, qui est ce moi, sinon un empêcheur de tourner en rond, sinon une prison de synapses, armée de cellules grises.
Un cerveau, tu veux que j’te dise, c’est Guantanamo, une torture tant c’est trop vaste, trop immense, pour nos sombres carcasses.

Oui, tout sera, à coup sûr, et pan dans le mille, mon con, retenu contre "moi".
Et pas qu’une fois.
Une de plus.
Une de trop.

De retenue.

Comme à l’école.
Heures de colle.

Oui, tout ce que je peux écrire joue, saloperie, contre moi, demain comme avant-hier.
Je ne peux rien y faire, c’est comme un Enfer, ah l’indivine comédie que voilà, mais c’est Dante qui t’encule copieux mon chéri, c’est dans ton cul que ça bourgeonne, le cancer, Le Sida, la saleté.
Les latrines de ton passé.
C’est dégueulasse, oui, mais dans le sens Ferré Léo du terme, c’est contraire, surtout, à la convention de Genève des gens qui s’aiment et qui vous emmerdent.
Profond.

Je n’écrirai pas ce soir.
Ce n’est pas la peine.
Ecrire c’est bon pour les lâches.
Les traîtres & the city.
Les lèche-culs, les trouillards, les péteux.
Les alcooliques normands.
Les envieux.
Les malades, les paumés, les qui-croyent-qu’ont-du-talent, alors que rien, ils n’ont rien, du vent, des mots inutiles, des mots à la con, qu’ils emberlificotent, qu’ils jutent facial, et va mourir Dagerman, crève charogne, tout ça, tu veux que j’te dise, à vrai dire, c’est qu’du désespoir même pas vrai, du malheur à peu de frais, du low-cost, du discount, c’est du savon à barbe, des déjections mon colon, du caca-prout ma chère, allez vas-y que j’me la pète en bon trouduc qui se respecte et se noie pour de faux en mots et mimosas.

Je n’écrirai pas ce soir.
Ecrire c’est déféquer à la face du monde et des indiens.
C’est vomir, c’est se foutre de la souffrance des autres, puisque seule, en virgules et points-barre, compte la sienne, l'indécente, puisque seule priment, à la casse, le cynisme, la dérision et la calomnie.

L’avatar.

Je n’écrirai pas ce soir.

C’est fini.

C’est trop tard.


podcast

22:20 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ecrire, se branler, souffrance, calomnie, désespoir, maladie, eternité |

 
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