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25/08/2008

Non, Mais T'as Vu Ma Gueule ?

"Le bonheur c'est du chagrin qui se repose."
[Léo Ferré]

Train De Nuit

Il vient de passer Cahors, le train de nuit.
Il est 5h02.
Je ne dors pas.

Tête posée sur mes genoux, tendrement je regarde les voyageurs en lousdé avec la folle envie de leur dire qu'ils sont beaux.
Qu'ils sont beaux, oui ! Parfaitement !
Même toi, là-bas, avec ton survêtement à la con, trop bleu, trop clair !

Il est 5h02, et va savoir pourquoi, dans ce tortillard nocture, j'ai subitement envie de sortir de ce qui m'encombre, m'encachotte et me pèse.
Me déloquer de mon moi.
Lever mon cul, et, avec la voix de cet abruti de franco-sénégalais de Richard Bohringer dire :
"C'est beau, non, les gars ? ... C'est beau un train de nuit, la nuit !"

Même que, juré, craché, c'est pas des sornettes.
Que je le pense vraiment.
Que ça me bouleverse, tellement je le pense fort.
Croix de bois, croix de fer, si j'mens, que c'train (dér)aille en Enfer !

Et quand bien même serait-ce le signe d'une vertigineuse phase de régression, ou d'une cul-cul-pralinerie ferroviaire, m'en fous, je maintiens, oui, que c'est beau : ce train, cette nuit, ces lumières tamisées, et vous, à moitié ou au trois-quart endormis.

C'est à 5h02 que, avec autant, sinon plus de retard que ce train de nuit a pris dès le départ, je comprends.
Je réalise.

Je réalise que c'est ça !
C'est ça que je voulais te dire quand inlassablement, en berne des fossettes, tu me questionnais ; quand un tantinet inquiète tu me demandais ce que j'avais, ce qui me passait par la tête, et qu'invariablement je te répondais :

- Non, mais t'as vu ma gueule ?

Alors qu'en fait.

Alors qu'en fête, je voulais te dire :

- C'est beau, non ? Ce moment. Tous ces moments ! ... Et nous ! Et nous en plein dedans ! ... Non mais tu te rends compte de la chance que nous avons ? De nous trouver là, tous les deux, rien que nous deux, au beau, si beau milieu de cet instant. De tous ces instants !

Et puis, non.
J'ai pas osé.
Dans ma gorge, tous ces mots sont restés.
Noués.
Avant de, sur mes cils, perler.
Puis sur ton étoile filante, glisser.

Comme si, le bonheur, c'était juste beau.
A pleurer.



podcast

16:54 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : benedicte desforges, train de nuit, cahors, beauté, bonheur, etoile filante, jamiroquai |

16/08/2008

Qu'Est-Ce Que Tu Vas Faire De Moi ?

"Etre seul, c'est s'entraîner à la mort."
[Louis-Ferdinand Céline - Voyage Au Bout De La Nuit]

Red & Raide

J'suis qu'un p'tit mec sans importance.
Qui se branle sur l'Internet.
Qu'éjacule des points, des guillemets, des virgules.

Et vas-y que j'me pignole le cassis, jusqu'à ce que, par à-coups, elles giclent, les garces, en paraboles fadasses et métaphores de pétasses.
Les apocopes, les aphérèses, toutes ces grognasses, j'te les fais reluire, moi, j'te les astique, et copieux.

J'suis qu'un foutriquet qui s'croit fertile de l'imagination, un écrivaillon du pénible qui s'répand, se vautre et s'étale en geignarderies, en regarde comme j'ai mal, au coeur comme au cul.

J'suis qu'un malfrin qui s'croit malin, qui fait dans l'épate al dente, la bite au poignet, turgescent de l'égo, décalotté du cervelet, bandant de suffisance, et dans le falzar, la présomption d'un jean-foutre.

J'suis qu'un baba qu'a viré bobo, un va-nu-pieds, un vagabond, un prisonnier de l'inutile, un solitaire de pacotille qui s'envoie sa bibine avant que la rosée s'radine.

J'suis qu'un taciturne, handicapé verbal, orphelin de la glotte, une vache limousine qui s'émeut quand, sans mots dire, elle les voit passer ; les trains, ceux du bonheur.

"Si la vie est un métier, alors je n'ai aucun don !" [Jean-Louis Murat - "Le Môme Éternel"]

J'suis qu'un sniper de Blog, qui mitraille et balance des comm' à la con et se fait agonir comme un péquenot.

Ah le joli ramponneau qu'il s'est pris le cul-terreux !
Comme il s'est fait gravement estourbir, le morveux !
J'en ai le coeur qui bagotte.
Tellement c'est bien fait.
Pour ma gueule.

Faut pas lui chatouiller les arpions, à la dame, sinon, elle t'envoie paître, à jolis et grands coups de tatanes.
C'est tellement bon, que j'en redemande !
Oh oui, vas-y, refous-moi z'y une trempe, colle-moi un aller sans retour, botte-le moi l'arrière-train.
Vrille-les moi, mes baveries.
Atomise-les, mes calembredaines.

J'suis qu'un petit mec sans importance.
Qui se branle sur l'Internet.
Qu'éjacule des points, des guillemets, des virgules.
Et pourtant.

Et pourtant, j'en rêve, j'en pète, de m'y introduire dans votre tatouée parenthèse.
J'me f'rai belle, tu verras, et par-devers moi, remiserai, paraboles et métaphores, ces pétasses fadasses issues de mon imagination pénible.
Ouais, moi le nourrisson, j'veux bien téter du bonheur, tâter de la peau lisse, tutoyer vos courbes, les bouleverser de maladresse.
Quand bien même, le saviez-vous, un homme heureux ne peut-être, en définitive, qu'un "mâle heureux".

Alors, dis-moi, maintenant que t'en sais plus, sur ce mec, ce bobo qu'a mal, mal.
C'te écrivaillon à la petite semaine qu'à le réveil bougon mais qui en pince pourtant, qu'aurait même comme le béguin et des envies de train.
Ouais, maintenant que t'en sais plus sur le mondain qui fait sa rebelle de jour, sa diva de salon, dis-moi :

Qu'est-ce que tu vas faire de moi ? 



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20:10 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : benedicte desforges, onanisme, ecrire, détruire, imagination, bonheur, solitude |

14/08/2008

Je Ne Vous Parlerai Pas D'Elle

Vague à Lame.

Il se prénommait Patrick.
Il avait neuf ans.
Et moi, itou.

Nous étions tous deux, dans la même classe de pisseux.
Une classe CM1.
Triste école primaire de Limoges.
Présumée capitale de la Porcelaine.
Mais avant tout de l'ennuie et de la pluie.

Je voulais qu'il soit mon copain, Patrick.
Qu'on joue au foot, et dans la même équipe.
Et si possible, que ce soit nous, Patrick et moi, qui décidions de sa composition.
Bref, que nous soyons les petits caïds de la cour de récré.
Les Carlito Brigante & Tony Montana de l'école Jean Macé.

Mais il ne faisait point attention à moi, Patrick.
Il avait sa bande.
Je n'existais pas.

Alors, un matin, prenant mon courage à deux mains, je l'abordai, et lui offrai une petite balle bleue.
En mousse.
Tu sais, ce genre de balle qui rebondit à n'en plus finir.
Sinon sur la tête d'un lécheur d'instit'.
Dans le meilleur des cas.

Il était content Patrick.
Il me présenta à sa bande et j'étais fier comme trois bars-tabac.

On s'est marré comme des cons ou des baleines, et les autres, ils mouftaient pas.
Je lui parlais de Natacha, la blonde du CM2, qu'était jolie comme une poupée russe vivante.
Pis aussi de mon château-fort tout fait de cubes en bois laqué, même que je lui prêterais, chevaliers compris.
Si je t'assure que si, même que, note-le, croix de bois, croix de fer, putain si j'mens, j'vais en Enfer.
Celui des enfants que jamais leurs parents embrassent, par pudeur, ou je ne sais quoi.

Ouais, j'étais trop fier, et ça m'faisait tellement plaisir de le voir bondir tel un fada à la poursuite de l'incontrôlable balle en mousse.
Bleue.
Bleu, comme la couleur d'une robe qui s'rait plus à la mode.

Sauf que, le lendemain, à nouveau, je n'existais plus à ses yeux.
A peine un bonjour.
Même pas un regard.

Comment dire ?

J'avais neuf ans et de la merde au cul.
J'avais neuf ans, et, si l'humiliation je connaissais déjà, la colère, j'allais découvrir.
Elle montait.
Elle me bouffait.
Me rongeait.
Littéralement.

Et quand sonna la cloche, celle de la récré, c'est irréfléchi et furie, que je me ruai sur lui, et lui demandai de me rendre MA petite balle bleue.

Il refusa.

Il disait que c'était la sienne, désormais.
J'insistai.
Tremblant.
Les poings serrés.

Il me toisa, et dans notre charabia de mioches, me rappela que je la lui avais donnée, cette balle faite de mousse, et que :
"Donner, reprendre, voler !"

Alors, elle s'empara totalement de moi, la colère, à ce point, que fermement je saisissai son cou, et le plaquai, Patrick, violemment contre un mur.
Il faisait, pourtant, une tête de plus que moi.
Mais ma colère était telle qu'il ne pouvait rien faire.
Elle était si grande, cette colère, que moi-même, j'en étais effrayé.

"Mais arrête ! Tu vas le tuer !" a hurlé un moutard.
"Qu'est-ce qui s'passe ?" dit une voix calme, m'ordonnant sur le même ton, de lâcher le cou de mon camarade.

Il nous écouta sans mots dire, Monsieur Dufaut, notre instituteur de CM1.
La balle bleue, le concept du "donner, reprendre, voler !", mon sentiment, cette impression d'avoir été floué, tout y passa.
Dans le désordre et le brouhaha le plus complet.

Toujours aussi calme, il demanda à voir la balle bleue, Monsieur Dufaut.
Il la pris dans ses mains et nous regarda fixement, Patrick et moi.

Il n'y avait plus un bruit dans cette cour de récré.
Pas une mouche qui volait sous ce préau.

Monsieur Dufaut, il sortit de sa poche un Opinel.
Il l'ouvrit.
Doucement.
Toujours, nous regardant.
Puis consciencieusement,  coupa en deux, et de façon parfaite, la petite balle bleue.
Patrick, moi, et tous les autres pisseux, on l'observait, la bouche bée.

Il rangea son Opinel, donna une moitié de balle à Patrick, et l'autre à ma pomme.
Et il dit :
"Voilà. C'est fini ! .. Serrez-vous la main !"

Patrick n'est jamais devenu mon copain.
Mais je m'en foutais bien.
Je m'en foutais parce que je venais de découvrir autre chose, de plus grand, de plus essentiel.
Quelque chose que je n'ai jamais oublié, qui me guide encore ou m'égare toujours.
Ou me forge.
Ou me "désestine".

Qui fait que, je crois, pauvre de moi, que l'on peut régler, comme ça, à coup d'Opinel ou pas, un conflit, une incompréhension, une frustration, une colère.
En offrant aux belligérants la moitié parfaite, équitable, de ce qu'ils considèrent comme étant leur propriété.

Hier, tu me demandais à, ou en quoi, je croyais.
Eh bien voilà.
C'est à ça que je croie.
Ou m'accroche.


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23:36 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : benedicte desforges, équité, croyance, enfance, colère, violence, limoges. |

 
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