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13/08/2008

Forbidden Love [Heureux Qui Communards A Fait Un Beau Voyage]

RER Chatelet-Les Halles 

Me dis que je le raterais bien.
Mon train.
Celui de 17h20.

Mais Paris est désert, et ça roule bien.

"Tu vas rencontrer QUI, tu dis ?" Il m'a demandé, mon pote.
"Un flic ..."
"Tu sais qu'tu files un mauvais coton, toi ?" il a plaisanté.

J'sais pas c'que j'file, mais en tous les cas, ça ressemble pas vraiment à du coton.
Tout c'que j'sais, c'est que nous sommes lundi, et que ça file doux et droit dans Paris.

Et si d'un seul coup, comme ça, par surprise ou par autre chose, ils rentraient tous de Trouville ou de La Baule, les parisiens, provoquant un bordel monstre, une pagaille dantesque, le grand embouteillage ?

Mais non.

Et déjà, nous dépassons ce bâtiment pesant de briques, l'Institut Médico-Légal, celui qui vous vaccine à vie d'un étrange théorème, celui affirmant que, seule compte la beauté intérieure.
Les tenants de ce théorème sont des psychologues de salons de coiffure, des auto-psys qui à grands coups de scalpels verbaux te ravale la façade, tes défauts physiques et ton acné juvénile.

"Et .. Comment ça s'fait ? .. Que tu .. Que tu rencontres, un flic ?"
"J'sais pas. Une envie."
"De quoi ?"
"De me mettre à table. De passer aux aveux."
"Et ça te prend là, comme ça, un lundi ?"
"Ben ouais. Ce doit être mon ascendant Balance qui prend le dessus .."

Et si j'lui inventais un passé de gangster, de délinquant notoire, un passé de sauvageon, de racaille qui se s'rait rangée mais très moyennement des voitures, peut-être qu'elle me les passerait ; les menottes ?
Te voilà serré mon lascar, j'te coffre, j'te gnouffe, j'te verbalise, et si tu bouges le moindre petit orteil, j't'éparpille, j'te disperse, j'te ventile ; tu piges ?
Allez zou mon pote, viens donc visiter ma taule !

Ok d'ac !
J'fais le prisonnier et toi ma geôlière !

Mais non plus.

J'reste désespérément sage.
En tongs de compète.
Et à la meilleure place possible.
Celle du mort.

Discretos, j'balance un oeil sur son tatouage et me demande si par hasard, elle n'aurait pas plutôt la peau douce que la peau lisse.
Et de la poésie à revendre ; aussi.

J'suis qu'un sonnet à la con qui rime à rien, infoutu de lui sortir quelques alexandrins de derrière les fagots, faits de vers et de pieds flamboyants qui, pour sûr, la ferait kiffer ; la keuf.
Mais j'suis cassé, brisé, disloqué, incapable de bouger, moi qui, le sais-tu, était, naguère, jadis, avant-hier, jeune et large d'épaule, bandit, insolent et drôle, on the road again.

But the road is clear.

J'vais donc pas le rater, ce foutu train.
Celui de 17h20.
Y'a rien à faire.
Tous ces maudits feux sont aux verts.
Paris reste désert.

Tant pis, j'ferai pas le prisonnier, tu s'ras pas ma geôlière.

Je m'éjecte et la vois qui m'appelle ; la bouche.
Celle du métro.
Châtelet-Les Halles.

J'vérifie en lousdé si elle l'a plus douce que lisse, la peau, et j'prends congés.

Surtout, ne pas se retourner.
Sinon, je l'engouffrerai pas.
C'te bouche
Ce tunnel.
Ne pas se retourner, sinon, j'te rebrousse chemin, j'te rate le train, et tant pis si ça m'vaut un gadin.

Tout de même, à mi-chemin, dans l'escalier, jeter un oeil, vite fait.

Elle est toujours là.
L'Alfetta.

Et merde !

J'suis qu'une pov' virgule rêvant de suspension en trois points.
Et de parenthèses qui jamais, ne se refermeraient.

Ouvrez-les donc vos guillemets.
Faites-moi vibrer en Majuscule.
Balancez-moi votre plus belle police de caractère.
Et bottez-moi le train.

A commencer par celui de 17h20.



podcast



03:58 Écrit par Josey Wales dans L'Epris | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : train, paris, benedicte desforges, peau, métro, parenthèse, geôlière |

12/08/2008

Entre Chevrotine Et Destop

Entre Bordeaux Et Chevrotine

Il vient à peine de laisser mourir Bordeaux sur sa droite, le train.
Et tant mieux.

Devant moi, une fille, plutôt belle, étudiante et brune, roupille de tout son long sur les sièges 27 et 28 de la voiture 9.
Et moi, pieds-nus, je pose le livre.
Le souffle coupé.
En même temps, si je pouvais.
Si je pouvais hurler.
Arrêter ce train.
Arrêter le temps.

Oh les gens, il faut s'arrêter maintenant, c'est urgent !
S'arrêter le temps qu'il faudra : un an, un siècle, une éternité.
Le temps d'apprendre.
A se parler.

J'ai posé le livre.
Page 64.
Et me suis dit :

Regarde !
Regarde-le, ce paysage, gris-bleu, défiler immobile à travers la vitre de ce TGV.
Regarde-la, la vie, petit con que tu es, comme elle est belle, plus belle que tu croies.
Bien plus belle que toi.
Et même si mornes ou décharnés, chênes et peupliers te semblent ;
Et même si vides et grises de lumières, les maisons, les bicoques ou les fermes, pluvieuses se dessinent ;
Peu importe !
C'est la vie.
Qu'elle te plaise ou non, c'est ainsi.
Et ta souffrance, ta solitude, ton chagrin, ton Sida, s'évaporent.
Pour un instant.
Mais cet instant, il compte pour deux, pour trois, pour combien tu veux, tant il est précieux.

Le vie défile, pleine de maisons, de moitié de lune, de vies nocturnes.
Bleu acier.

Je reprends le livre.
Et je relis ce court chapitre.
Ou pas un mot ne manque.
Ni est en trop.
Ou chaque virgule, chaque point est à sa place.
Il s'intitule, ce chapitre :
Chevrotine.

"Le collègue descend de voiture, rentre précipitamment dans le commissariat, et va vomir en pleurant et rageant des mots inintelligibles. Il s'enferme dans les toilettes et sanglote sans retenue.
Il était en mission d'îlotage quand il a entendu un coup de feu. Il est monté à l'étage d'où provenait la détonation. Il a cassé la porte d'un coup de pied. Il est rentré dans une toute petite chambre aux murs couverts de sang. Un homme à genoux rechargeait à tâtons un fusil de chasse. Il n'avait plus de visage. La première décharge de chevrotine avait emporté sa mâchoire et son nez. Ses dents s'étaient plantées au plafond, sa langue reposait sur la table de chevet. Il avait mis le canon du fusil sous son menton mais avait manqué sa mort. Alors, il recommençait."
[Bénédicte Desforges - Extrait de "Flic" - Collection J'ai Lu]

Devant moi, imperturbable, la belle et brune étudiante dormait encore, dormait tout ce qu'elle savait.
Loin des mâchoires, des dents, des langues et des nez emportés par une volée de chevrotine.
Ses cheveux étalés dessinant le visage d'un chien.
De compagnie.

A nouveau, je saisissais le livre.
"Destop" succédait à "Chevrotine".

Et je revoyais ses yeux.
Bleus acier.
Et pourtant remplis de rires.
De blessures, aussi.
Élégamment dispersées.

Si j'avais su, je n'aurais pas attendu que tu me l'offres contre un café.
Je l'aurais lu avant, Bénédicte.
Ce livre.

En acier.
Trempé.



podcast

00:46 Écrit par Josey Wales dans L'Epris, Livre, Voyage | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : benedicte desforges, flic, maison-alfort, chevrotine, destop, train, bleu |

 
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