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06/12/2008

S'Il Te Plait, Dessine-Moi Ta Maladie !

A L'Hyène Que J'Ai En Moi !

- Ça fait mal ?
- Quoi donc ?
- Ta maladie ..
- Physiquement, tu veux dire ?
- Oui.
- Non ... 
- Ah .. C'est trop bizarre, quand même ..
- Qu'est-ce qui est trop bizarre, comme tu dis ?
- Ben une maladie qui fait pas mal !  .. J'veux dire, physiquement.
- Tu voudrais que j'ai mal, c'est ça ?
- Non, j'ai pas dit ça. Juste que d'habitude, quand on est malade, ben, on a mal quelque part, quoi !
- Mais, J'AI MAL quelque part !
- Tu viens de dire que non !
- Oui. Mais .. [Pffff] ... Mais, quand je dis que j'ai mal, c'est .. C'est pas physique ! C'est ...
- C'est quoi ?
- Ben c'est quoi .. Je .. Je sais pas .. Souvent, je ... Je suis triste, tu vois, je me sens fatigué, j'ai des angoisses, je ..
- Ben moi aussi, hein, dès fois j'suis triste, j'me sens fatigué et tout ..
- Oui, mais toi, t'es pas séropositif ?
- Non. Mais j'ai mal. Comme toi.
- Bon d'accord. Alors je vais t'expliquer les choses autrement .. Ca t'arrive, parfois, de faire des tâches d'encre sur ton pull ?
- Ouais. Même que, Maman, elle est pas super contente ! Elle dit que j'aurais dû faire attention, que c'est pas donné ce genre de pull.
- Et ensuite, elle fait quoi, ta mère ?
- Ben ensuite, elle met le pull dans la machine à laver !
- Et quand il ressort de la machine à laver, ton pull, elle est toujours là, la tâche ?
- Ben non ! La lessive, elle l'a enlevée, la tâche !
- Et ton pull, il est comme neuf !
- Ouais. Et heureusement, sinon, on aurait dû le jeter ! Et là, j'te raconte pas comment elle aurait été en colère, ma mère, au prix que ça coûte, les pulls !
- Eh ben tu vois, moi aussi, j'ai fait une tâche ..
- Sur ton pull ?
- Non. A l'intérieur.
- A l'intérieur de ton pull ?
- Si tu veux, oui ...
- Mais comment t'as fait pour faire une tâche à l'intérieur de ton pull ? Tu l'avais mis à l'envers ou quoi ?
- Non mais ... C'EST UNE IMAGE !
- Une image ? ... C'est-à-dire ?
- Ben quand je dis que j'ai fait une tâche à l'intérieur de mon pull, en fait, c'est .. C'est à l'intérieur de moi-même que je l'ai faite. Tu comprends ?
- Oui .. Enfin non ! Pas vraiment .. En fait, j'comprends pas comment on peut faire une tâche à l'intérieur de soi-même ?
- Comme toi : en ne faisant pas attention !
- Mais .. Qu'est-ce que j'veux dire .. Ah oui ! ... Si elle est à l'intérieur, c'est pas grave !
- Pourquoi c'est pas grave !
- Ben, parce qu'elle se voit pas, pardi !
- Et alors ?
- Ben alors, ta mère, elle la voit pas la tâche, et donc elle va pas t'engueuler comme à moi. C'est trop cool !
- Oui sauf que, comment tu l'enlèves ?
- La tâche ?
- Oui.
- Ben ... Avec de la lessive !
- Oui, sauf qu'elle existe pas la lessive qui enlève les tâches que t'as fait dans ton intérieur !
- Ah trop nul, comme plan !
- Comme tu dis !
- Donc, tu peux pas l'enlever ?
- Non.
- Tu pourras JAMAIS l'enlever ?
- Non.
- Et si .. Et si elle partait ?
- Comment tu veux qu'elle parte ?
- J'sais pas. Avec ... Avec le temps ! .. Avec le temps va, tout s'en va ..
- Tu connais Léo Ferré, toi ?
- Non. C'est qui ?
- C'est celui qui a chanté qu'avec le temps, va tout s'en va .. Mais il a aussi dit, dans la même chanson, qu'avec le temps, on aime plus.
- On aime PLUS ?
- Oui.
- Il s'est trompé, alors ..
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'avec le temps, moi j'crois qu'on aime "plusssss" ..
- C'est joli ce que tu dis .. Mais ..
- Y'a pas de "mais" qui tienne ! C'est comme j'dis : avec le temps on aime "plusss", et pis c'est tout ! Et tu devrais trop penser comme moi.
- Mais .. Je pensais comme toi !
- Eh ben pourquoi tu l'penses plus ?
- A cause de la tâche que j'ai à l'intérieur de moi-même, je présume.
- Ah .. J'comprends alors pourquoi t'es trop triste et trop fatigué ..
- Je savais que tu comprendrais ..
- Oui, sauf que ..
- Sauf que, quoi ?
- C'est de ta faute ! Parce que si tu l'aimais ..
- Qui ça ?
- La tâche que t'as à l'intérieur de toi. Si tu l'aimais au lieu d'en avoir peur, alors, à nouveau, comme avant, tu penserais qu'on aime "plusss" et non "plus".
- Tu voudrais que j'aime ce que je me suis infligé ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce que sinon, elle va trop grandir, la tâche. Comme la haine, elle va te bouffer, te lessiver. Et alors, là, cette fois, t'auras super mal physiquement, et je serai trop triste. Celle qui t'aime aussi, elle sera triste. Et celle qui te soigne sera triste. Tout le monde, il sera triste. C'est ça que tu veux ?
- [...]
- Alors arrête de faire chier tout le monde avec ta tâche, là ! Accepte-là. Aime-là. Elle fait trop partie de toi. Et sois heureux qu'elle ne se voit pas. C'est même une chance, 'tain, qu'elle ne se voit pas, ta tâche ..
- Pourquoi ?
- Parce que ta mère la verrait.
- Et elle m'engueulerait ...
- Non. Elle en crèverait.


podcast

18:29 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, Introspection, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : sida, hiv, séropositivité, alien, enfance, amour, eternité |

21/11/2008

Qu'Importe Ce Que L'On Dit

Compter Ses Amis

C'est vrai. Tu ne parlais pas beaucoup. Mais tu étais des nôtres. Tu faisais partie de la bande, la tribu.

Avec nous, tu sortais. Pas toujours. C'est vrai. Mais souvent, tu étais là. Tu nous suivais. Muet. Ou quasiment.

Nous sortions pour sortir. Faire les cons, les marioles.
Parfois, tu riais, de nos bêtises. Pas souvent. C'est vrai. Mais je t'ai vu, oui, rire à gorge déployée.
Tu riais, et pourtant, il restait comme absent.
Toujours.
Ton regard.

Nous sortions pour boire. Et avec nous, tu buvais. Me rappelle plus si tu buvais plus que nous. Il me semble que oui.
Ce dont je me souviens, c'est que tu tenais debout, toi, et pas nous.
Une fois peut-être, oui, je t'ai vu mal, l'alcool mauvais, l'alcool méchant ; oui, je t'ai vu, méconnaissable.

Nous ne faisions rien d'autre que sortir, traîner, déconner, boire. Nous étions jeunes. Pas très larges d'épaules. Un peu bandits, tellement insolents, drôles de temps en temps. Nous n'attendions pas que la mort nous frôle. Nous n'attendions rien. Rien d'autre que de nous retrouver pour sortir, traîner, déconner et boire. Et toi, sans mots dire, ou si peu, tu nous suivais. Tu étais des nôtres. Tu faisais partie de la bande. De notre tribu. Nous nous croyions indivisibles, indestructibles.
Nous avions tort.

Ce matin-là, en pénétrant dans notre repaire, notre planque à Juke-Box et Flipper, il faisait une drôle de tête. Une tête qu'on ne lui avait jamais vue. Lui, le plus exubérant de la bande, vrai moulin à paroles, toujours en mouvement.
Me souviens que pour déconner, l'un de nous lui a demandé s'il aurait pas perdu sa grand-mère ou quelque chose d'approchant pour tirer une tronche pareille. Une tronche qu'il a secouée, en faisant un geste de la main, un geste qui voulait dire tais-toi, s'il te plait ..
Puis, il nous a tous regardés, bizarrement, en remuant la tête, doucement, tout le temps, il s'est mordu les lèvres, pris sa respiration, et dans un souffle, il a dit :

- Thierry est mort ..

On a tous fait :

- Quoi ?

Comme s'il ne nous avait pas entendus, comme s'il se marmonnait à lui-même, ailleurs, il ajouta :

- Il est rentré chez lui, hier. Et il s'est tiré une balle dans la tête ...

Et il s'est mis à chialer.

Alors on a plus rien dit. On savait pas quoi dire. On était tous là, à renifler tout ce qu'on savait, du coton dans les jambes, du nougat dans l'estomac, tous à se repasser, silencieux, cette phrase dans nos têtes d'adolescents :

- Il est rentré chez lui, hier. Et il s'est tiré une balle dans la tête ...

Et nous ne comprenions pas. Ni la phrase. Ni la balle. Ni la tête. Ni rien.
Peut-être, aussi, nous sentions-nous coupables.
Un peu.
De ne pas avoir fait attention.
Pas assez.
Nous, on pensait qu'à sortir, traîner, boire et déconner.
Nous pensions que ça suffisait.
D'être une bande, une tribu.
Que puisqu'il était là, avec nous, même sans rien dire, même sans trop rire, c'est qu'il était bien.
Il ne l'était pas.
Et nous n'avons rien vu.


Quand je vois dans la télé, ces gens de tous les jours, ces gens du quotidien, témoigner devant la caméra du Journal Télévisé :

"C'est vrai qu'il ne parlait pas beaucoup (...) Il était discret, un peu taciturne, c'est vrai, mais c'était un gentil garçon (...) Il était poli, ça on peut pas dire, il disait toujours bonjour (...) C'est vrai qu'il était comme qui dirait introverti, voyez, mais .. De là à imaginer que .."

Quand j'entends ces mots-là, à chaque fois, je pense à toi ; Thierry.


podcast

16:46 Écrit par Josey Wales dans Confession, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : adolescence, bande, tribu, insouciance, mal de vivre, suicide, mort |

13/10/2008

Entrez Ici Le Titre Du Billet

Blogosphère           

- Rien.
- Vraiment ?
- Oui. Vraiment. Rien.
- Attends .. Tu ne vas pas alerter la blogosphère pour .. POUR RIEN !
- Et pourquoi pas !
- Eh bien, parce que ..
- Parce que, quoi ?
- Parce que ça ne se fait pas, voyons !
- Tu es sûre ?
- Sûre de quoi ?
- Qu'ils ne sont pas des milliers à faire TOUT comme moi : alerter, comme tu l'dis, la blogosphère, en publiant un billet où il n'y a RIEN dedans ?
- Non mais tu te rends compte de ce que tu dis ?
- Oui.
- Tu en mesures bien les conséquences ?
- Oui.
- Tu sais que tu vas te faire pourrir !
- T'as oublié ta race !
- Quoi ?
- Je dis que t'as oublié ta race.
- Où ça ?
- Après pourrir !
- Ah oui, pardon .. Tu sais que tu vas te faire pourrir ta race ?
- Oui.
- Alors soit tu es fou, soit tu ..
- Soit je ?
- ....
- SOIT JE ?
- Je sais pas. Je préfère ne rien dire.
- Ah ! ... Tu vois bien !
- Je vois bien quoi ?
- Que toi aussi, tu préfères ne rien dire et pourtant tu le dis !
- Et alors ?
- Et alors si tu préfères ne rien dire et qu'tu le dis pourquoi je ne l'écrirais pas, moi ! ... Hein ?
- Oui, sauf que la différence c'est tu m'as poussé à le dire ! Alors que personne, tu m'entends ? Personne ne te pousse ou ne t'oblige à publier un billet où il n'y a rien à lire vu que tu n'as rien à dire !
- Ah pardon ! Je n'ai jamais dit que je n'avais rien à dire !
- Oh l'enfoiré !
- Comment ça l'enfoiré ?
- Ben oui, attends ! ... Relis donc le billet que nous sommes en train d'écrire ! ... On peut y lire noir sur blanc que .. Que ...
- Que quoi ?
- ....
- QUE QUOI ?
- Non.
- Non quoi ?
- Rien.
- Vraiment ?
- Oui. Vraiment. Rien.
- Attends .. Tu ne vas pas alerter la blogosphère pour .. POUR RIEN !

Etc.


podcast

20:18 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : rien, tout, dire, ecrire, ne rien dire, sur tout ecrire, blogosphère |

 
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