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28/09/2008

Une Bonne Petite Angine Doublée D'Une Bronchite Avec Un Début De Gastro-En-Bloguite

Tropicale Pour Etre Honnête

- Calmez-vous et décrivez-moi ...
- Mais comment voulez-vous que j'me calme, enfin ! Depuis trois jours j'peux plus écrire un mot ! J'peux plus rien faire du tout ! C'est épouvantable ! Tantôt j'ai froid, tantôt j'ai chaud, j'sais même plus comment m'fringuer ! Alors j'reste là, misérable et souffreteux, calfeutré chez moi, emmitouflé comme une vieille, c'est juste si j'ai pas envie d'faire du tricot ! J'me tape Derrick, Le Renard, Michel Drucker, c'est pas normal ça ! Non ? Et r'gardez moi ce teint que j'me trimbale : j'ressemble plus à rien, j'suis qu'une momie, on dirait un cadavre ! .. J'peux plus arquer, j'suis qu'une douleur ..
- "Buffet Froid" de Bertrand Blier !
- Plait-il ?
- J'peux plus arquer, j'suis qu'une douleur, c'est un extrait de "Buffet Froid" de Bertrand Blier, je dis.
- Non mais attendez, c'est pas un quizz cinéma que j'vous fais, là ! On n'est pas en train de jouer ! C'est d'ma santé dont il s'agit ! Vous entendez ? MA SAN-Té ! S.A.N.T.é ! ... J'suis en train de vous dire que l'Alien que j'ai en moi vient d'se réveiller et vous, vous m'parlez de cinéma ? Mais merde, voyez pas qu'c'est grave, que ça y est, j'vais y passer, que j'suis en train d'agoniser !
- D'agoniser ! Rien que ça ! ... Et ça se traduit comment ?
- Ben ça se traduit par de la fièvre. Des douleurs dorsales. Des nausées. De la fébrilité. Des allers-retours aux toilettes ..
- Vous toussez ?
- Aussi, oui !
- Une toux sèche ? Grasse ?
- Ça dépend.
- Ça dépend de quoi ?
- Mais je sais pas, moi ! Ça dépend, c'est tout ! .. Disons qu'le matin, c'est sec, et en après-midi, c'est plutôt gras. Ça doit être l'angoisse !
- L'angoisse ? C'est-à-dire ?
- Ben c'est-à-dire que j'dois tellement "somatiser" que de sèche, ma toux se fait grasse.
- Je vois.
- Vous voyez ?!? ... Mais vous voyez QUOI ?
- Le diagnostic !
- Et alors ? Il dit QUOI le diagnostic ?
- Eh bien y dit que vous nous faites une bonne petite angine doublée d'une bronchite avec un début de "gastro".
- Comment ça une bonne petite angine doublée d'une .. Ça veut dire que .. Que c'est pas l'Alien qui ..
- Ben non.
- J'vais pas mourir alors ?
- Non plus.
- Merde !
- Comment ça merde ?
- Non rien ! ... Enfin .. J'veux dire que .. J'avais commencé a préparer la musique, moi ..
- La musique ? La musique de quoi ?
- Ben la musique qui accompagnerait mes funérailles !
- Je vois ... Et c'était quoi ?
- La musique ?
- Ben oui !
- Ben ... En fait, j'hésitais entre le Köln Concert de Keith Jarrett et "Plus Près Des Étoiles" de Gold.
- Ah quand même ! ... Vous n'avez pas pensé à la lettre de Guy Môquet ?
- ...
- Je plaisante !
- ...
- D'accord .. Vous non .. Bon, eh bien j'vais vous faire une ordonnance ..
- Carabinée, hein ..
- Vous inquiétez pas, j'vais la corser. J'peux même vous prescrire des euphorisants si vous le souhaitez !
- Des euphorisants ? Pour quoi faire ?
- Pour être moins .. Enfin plus ... Plus léger, quoi .. Pour euh .. Rire !
- Rire ? Pourquoi vous m'dites ça ?
- La lettre de Guy Môquet, par exemple ..
- ....
- Toujours pas .. Bon .. Eh bien tant pis ! On va se contenter de bons gros antibiotiques ..
- Ah oui, c'est bien ça, les antibiotiques .. Mais ..
- Mais quoi ?
- Vous êtes sûre que ça va être suffisant ? Que je n'vais pas mourir dans d'atroces souffrances ?
- Sûre .. Pffff .. Ça je ne peux pas vous le garantir.
- Comment ça vous ne pouvez pas me l'garantir ? Qu'est-ce que vous voulez dire par  .. Ah, j'en étais sûr ! Vous me cachez la vérité ! C'est ça ? J'avais donc raison ! C'est bien plus grave qu'une bonne petite angine doublée d'une ..
- Du tout. Ce que je veux dire, c'est qu'en sortant de ce cabinet vous pouvez très bien vous faire faucher par une moto de catégorie une, glisser sur une armée de peaux de banane ou vous faire descendre par un déséquilibré de type finlandais !
- ....
- Non plus ... Bon écoutez, je vais tout de même vous en prescrire, hein !
- M'en prescrire ? Mais de quoi ?
- Des euphorisants !
- Mais puisque j'en ai pas besoin, j'vous dis !
- Oh si ! Attendez ! Un type qui choisit le Köln Concert pour ses funérailles, il en a sacrément besoin !
- Donc ça veut dire que "Plus Près Des Étoiles" de Gold, c'est .. C'est bien ? .. Pour des funérailles, j'veux dire !
- ....
- Et "L'Oiseau Et L'Enfant" de Marie Myriam ?
- ...
- "La Maritza" de Sylvie Vartan ?
- ...
- Bon d'accord .. Mettez-moi des euphorisants ... Dites ...
- Oui.
- Vous ne voudriez pas me raccompagner .. Chez moi ?
- Vous raccompagner chez vous ? ... Pourquoi ?
- Parce que j'voudrais pas mourir seul.
- ...
- La moto, les peaux de banane, le déséquilibré de type finlandais, tout ça ..
- Et voilà ! ... Je le savais !
- Vous l'saviez ? Qu'est-ce .. Qu'est-ce que vous saviez ?
- Que j'avais oublié quelque chose, pardi !
- Oublié quelque chose ! Mais quoi ?
- Le Xanax ! J'ai oublié de vous prescrire du Xanax ! Et pas qu'un peu !
- Ah oui, c'est bien ça, le Xanax ! Mais .. Comment dire ? .. Avec du Xanax, j'peux rentrer tout seul chez moi ! ... J'veux dire : j'vais pas me faire faucher par une moto, glisser sur ..
- Eh non, puisque vous n'y penserez même plus. Enfin .. Ça ne vous traversera plus l'esprit, si vous préférez.
- ....
- Vous comprenez ?
- ...
- Ben c'est quoi cette tête !  Qu'est-ce qu'il y a, encore ?
- Ben, il y a que, vous n'avez pas comme l'impression que nous sommes dans une impasse, là ?
- Une impasse, c'est-à-dire ?
- Ben qu'on y arrive pas, quoi !
- On n'arrive pas A QUOI ?
- A finir ce billet !
- Ce billet ? ... Mais quel billet ?
- Ben le billet de mon blog .. Celui en date du dimanche 28 septembre 2008 ... Vous voyez bien qu'on tourne en rond .. On aurait pu terminer, j'sais pas moi, sur : c'est bien non, Gold pour des funérailles ! C'était pas super-drôle, mais bon, ça f'sait une chute plus ou moins acceptable ! Alors que là, on noie le lecteur de répliques poussives  ..
- Non attendez, dites-moi que je rêve, que, que .. Que c'est pas vrai !
- Que c'est pas vrai, quoi ?
- Ben que vous vous servez de moi ! Dites-moi que c'est pas vrai ! Vous vous servez de moi, et peut-être bien des autres aussi, de votre maladie même, pour avoir de quoi alimenter votre satané blog à la noix ! Tant ça vous angoisse et vous fait la toux grasse, de ne rien trouver à écrire ne serait-ce que trois petits jours consécutifs ! Tant ça vous file la fièvre d'être à sec de bons mots, de périphrases ou de métaphores à la petite semaine ! Non mais vous vous rendez compte que vous ne vivez plus que POUR votre blog et PAR votre blog ! C'est devenu ça votre vie ? Vous emprisonner un peu plus ? Mais pour qui ? Et pourquoi ? Non mais dites-moi que ce n'est pas vrai !
- Ben si .. C'est .. C'est vrai ..
- Alors vous aviez raison : c'est grave. Mais plus que je ne le pensais ...
- Grave ? ... Qu'est-ce que vous entendez par là ?
- Par là ? J'veux simplement dire que vous êtes gravement atteint. Sérieusement attaqué. Carrément malade. Malade, vous m'entendez ? Vous êtes MA-LA-DE ! M.A.L.A.D.E ! Ça vous ira comme chute ?
- Ben pas vraiment ..
- Faudra pourtant vous en contenter ... Et pis d'abord, c'est pas une chute. C'est un diagnostic.
- Alors c'était pas une bonne petite angine doublée d'une ..
- Si. C'en est une. Mais c'était les causes qui m'échappaient. En fait, vous troquez une maladie contre une autre. Comme si la votre ne vous suffisait pas. Parce qu'elle vous semble trop invisible, impalpable. Aux autres comme à vous-même. Et ça vous dérange. Vous aimeriez tant qu'elle se voit, votre maladie. Voire, qu'on vous en plaigne. Comme ce n'est pas le cas, alors vous vous en créez une autre, bien visible et accessible à tous. Sèche et grasse. Angine de vous-même. Bronchite du tout-à-l'égo. Gastro en points et virgules que vous chiez à la face de la blogosphère. Mais ce n'est pas un blog, ni même un journal intime que vous tenez. C'est une prison. C'est elle, cette prison, cette dépendance de vous, des autres, qui vous rend malade. C'est elle qui précipitera ce que vous cherchez depuis dix-huit ans, peut-être plus : votre chute.


podcast


18:37 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : maladie, hiv, sida, complaisance, ego, prison, blog |

23/09/2008

4h46, Enlacés, Ils Dorment ...

Ni Commentaires, Ni Mots Dire.

4h07, et la voilà qui sonne, claironne, mon armée jusqu'aux dents de réveils.

Pourquoi 4h07, me diras-tu ?

Parce que c'est un horaire de train !
De voyageurs.
J'aime cette idée de faire de chaque journée nouvelle, une valise.
Et tout à mettre dedans.

4h13, i>télé.
Sarkozy, Les Nations Unis, un Palestinien dans une voiture, un petite fille dans une rivière, du sang, l'E.T.A., le CAC qui part en vrille, une carte météo qui brille.
La routine.

4h16, un café, brûlant, en poudre, arrache-gueule, une douche, des vêtements pris au hasard, et me voici dehors ; déjà 4h36, il fait frais, je trouve.
Il fait quoi ?
7, peut-être 8 degrés, pas plus.
Dans mes oreilles, Zazie elle dit qu'elle était là, rue Copernic, là pour le Sida qu'elle a chanté, elle dit qu'elle a tout vu, au JT, la Somalie, le Rwanda, le mépris, et qu'elle n'a rien fait.
Je la boucle.
Et je trace entre rouleaux et jets d'eau, camions miniatures et Playmobils de Mairie.

4h46.
Je suis en avance.
Il me reste cent et quelques mètres à parcourir, quand soudain, je les vois.
Au pied d'un cinéma.
Le Gaumont de la Place Wilson.
A Toulouse.

Sur le trottoir, ils dorment.
Profondément.
Dans un fatras de cartons, de couvertures, ils dorment enlacés.

Cet homme, cette jeune fille.

Lui, en position foetale, le cheveux épais, dreadlockés.
Elle, l'épaule légèrement dénudée, tatouée, elle que j'aperçois parfois, la journée, mendier.
D'un seul bras, tendre, infiniment tendre, elle enlace l'homme ; on dirait qu'elle sourit.

Je me suis arrêté.
Saisi.
Je les ai regardés.
Je les ai regardés comme si j'avais onze ans.
Et demi.

Je les trouvais beaux, si beaux, elle et lui.
J'aurais voulu les prendre en photo, mais je n'ai pas osé.
Sans doute, trouvais-je l'idée indécente.
Alors, encore, longuement, je les ai regardés dormir, enlacés, pour que jamais cette image ne me quitte.

Je ne sais pourquoi, j'étais à la fois triste et heureux.
Tristement heureux.

La Bourse, le Monde, tout un système qui s'écroule, arrogant, vociférant, et eux, eux sans plus rien d'autre qu'eux-mêmes, ils dorment, là, dans le frais, la rosée urbaine ; à même le trottoir, ils dorment, enlacés.
Ils s'aiment.

Ils n'ont plus rien et pourtant, ils s'aiment quand même.

Et je me disais, que c'est moi, c'est toi, c'est nous qui sommes à la rue.
Et pas eux.

Et pas eux.


podcast


16:57 Écrit par Josey Wales dans Actu Alitée, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : sdf, dormir dehors, ils s'aiment, daniel lavoie, zazie, eternité |

07/09/2008

L'Enfer Me Ment

Je vous avais adressée un mail.
Dix jours avant.
Je vous avais écrit :
"Il faut m'enfermer !"



228 Bed 


Nous en avions déjà parlé lors de ma dernière consultation. Vous m'aviez dit que je ne le supporterais pas. Et moi, je vous avais répondue que si, oh que si, je le supporterai très bien. Que j'étais beaucoup plus dur que ça. Que ça ne me faisait pas peur. Que voilà, isolé de tout, des cris, de la foule, du quotidien, je pourrais, je sais pas, réfléchir, me poser, lire, écrire, que ça prendrait le temps qu'il faudrait, mais que c'était nécessaire.
Que c'était le prix à payer.

J'avais besoin d'une pause, comprenez-vous ?
Une pause !
Tant je ne suis pas équipé pour.
La vitesse que l'on nous impose.
Cette tueuse d'Amour.

Vous savez, j'ai toujours eu ce rêve, et je l'ai toujours ! 
Il est simple et, puisque simple, irréalisable.
Ecoutez-moi :

Je voudrais, vous m'entendez ?
Je voudrais que tous les êtres humains de cette planète arrêtent de gesticuler, de parler, de brasser du vent, durant une année entière !
Je voudrais que nous nous taisions une année durant ; plus d'avions, de télévision ; plus de trains, de quotidien ; plus de bateaux, de bientôt ; plus rien !
Je voudrais qu'une année, une seule, le silence s'installe.
Un silence total.
Et que dans ce silence, nous ouvrions grandes nos oreilles.
Que nous écoutions ce qui nous entoure quand nous nous taisons :

L'Essentiel.

Tant cet Essentiel, c'est évident, n'est pas nous.

Je voudrais que nous écoutions, seul, ou en famille, peu importe, le bruissement d'une feuille, l'envol d'un oiseau, les clapotis d'un ruisseau.
J'aurais tant aimé qu'en observant ce silence, nous prenions enfin conscience de la beauté qui nous entoure, cette beauté que nous dénaturons chaque jour, par des mensonges, des saloperies, des écrans publicitaires.
J'aurais tant aimé qu'en observant ce silence, nous tuions pour l'éternité ce qui emprisonne, nous avili, nous abêti.

Voilà mon rêve.

Et savez-vous quel nom je lui donne ?
Je lui donne le nom de :
Révolution !

C'est par cette Révolution, une année passée à nous taire, à faire silence, à écouter, entendre, à recevoir surtout, que nous deviendrons plus humbles, plus généreux, plus soucieux des autres, et surtout plus respectueux de ce qui nous entoure.
C'est par cette Révolution, la seule qui vaille, que nous deviendrons plus aimants et plus aimables.

Comment voulez-vous que nous puissions nous entendre dans un monde pareil ?
Comment voulez-vous que nous puissions nous aimer dans un tel vacarme ?

Moi, je ne le peux pas.

Et voilà pourquoi, amoureux de l'Amour, je vous ai demandée par deux fois de m'enfermer.
Pour ne plus les entendre.

Je l'aurais trouvé, moi, ce silence.
Je les aurais entendus les feuilles et leurs bruissements, l'oiseau s'envolant, le ruisseau clapotant.
Alors, peut-être, je n'en sais rien, aurais-je été, enfin, capable d'aimer, de donner, de recevoir.
Pour un jour.
Ou pour une année entière.

Vous m'avez répondu que je ne le supporterais pas.
Et vous aviez raison.
Même enfermé, on ne peut rien, tant que l'on est seul.
A faire silence dans un monde qui vocifère son ignorance.

Il m'aura fallu six mois pour le comprendre.
Six mois pour réaliser que l'Enfer me ment.
Que je n'ai pas le choix.
Que c'est comme ça.
Que ça me plaise ou pas.
Que toujours et encore nous nous aimerons comme des couillons.
En insultant l'Essentiel.
Nos années durant.
Notre vie toute entière.

Ce doit être la raison pour laquelle, je présume, lors d'enterrements ou de crémations, crocodiles, nous pleurons ; nous pleurons quoi ?
Sinon notre manque de courage, de vérité et de sincérité.
Dans un silence de cathédrale.

Moi, Madame, aux enterrements, aux crémations, toujours j'ai ri.
Toujours j'ai fait du bruit.
Et je souhaite qu'il en soit de même pour moi, lorsque fatigué, bien las, les os sur la peau, je déciderai de partir, pour toujours et à jamais.

Oui, puisqu'il en est ainsi, qu'apparemment révolues sont nos Révolutions, y compris les plus belles, les plus nobles, puisque comme des cons nous courons, moutons rythmés par des spots publicitaires, des rêves putassiers, des enculeries de première, puisque nous refusons de nous taire, je veux que le jour de ma crémation, un orchestre exécute le tintamarre, un immense vacarme, plus grand encore que celui de l'Enfer qui m'attend, Enfer qui, cependant, sera toujours plus doux que nos hypocrisies récurrentes ; un immense vacarme pour couvrir ce que nous avons refusé d'entendre :
Un bruissement, un envol, des clapotis.

Le paradis.

Qui lui, jamais, ne m'aura menti.



podcast


21:33 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : enfermement, silence, enfer, paradis, amour, éternité |

 
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