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04/09/2008

L'Enjoliveur De Blogs

Me, Myself And Aïe !

- C'est vous qu'avez fait appel à un Enjoliveur de Blogs, M'sieur ?
- Euh .. Oui-oui, c'est moi !
- Vous vous appelez Oui-Oui, M'sieur ?

[...]

- Quelque chose qui n'va pas, M'sieur ?
- Non-non, juste je .. Je me demandais si vous ne seriez pas de la même famille que .. Que le Nettoyeur de Photos d'blogs ?
- Le Nettoyeur de Photos d'Blogs ? .. Ah ben j'veux, M'sieur ! C'est mon con de frère ! ... Mais .. Mais comment qu'vous l'avez deviné, M'sieur ?
- Oh à cette façon bien à vous de faire de .. comment dire ? .. De L'humour !
- Ah ça pour la rigolade on n'est pas les derniers, M'sieur !
- J'veux bien l'croire ..
- Et d'ailleurs si vous comptez vous marier dans les jours qui viennent, n'hésitez pas à faire appel à nous, j'veux dire à mon con de frère et moi, on vous mettra - c'est une expression, hein ?  Vous frappez pas, M'sieur ! - on vous mettra une ambiance du tonnerre ! ..
- C'est gentil, mais je ne compte pas me marier dans les jours qui viennent ..
- Ah vous ratez un truc-là, M'sieur ! .. Parce que, et c'est pas pour nous vanter hein ! Mais Patrick Sébastien à côté de nous, c'est un p'tit joueur !
- Raison de plus !
- Raison de plus que quoi, M'sieur ?
- Pour ne pas me marier dans les jours qui viennent !

[...]

- Quelque chose de cassé, Monsieur l'Enjoliveur de Blogs ?
- Non, non ..
- Vous vous appelez Non-Non ?
- (...) ... Bon, il est où votre Blog, M'sieur ?
- Ben il est là, sur le .. Sur le PC ..
- Ah vous faites ça sur un PC ? .. Personnellement, j'préfère le Mac ..
- Le Mac ? .. Et pourquoi ?
- Parce que j'trouve que par rapport au PC, le Mac a beaucoup plus de Sex Apple ..
- (....)
- On dirait que vous êtes imperméable, M'sieur ?
- Imperméable ? ... A quoi ?
- Ben à l'humour, M'sieur.
- Non, c'est juste que je suis fatigué. Mais à un point, vous pouvez même pas imaginer ! Et donc, n'y voyez rien de personnel ...
- Sûr ?
- Absolument certain.
- Bien. Et alors, qu'est-ce que j'peux faire pour votre Blog, M'sieur ?
- Eh bien faudrait que vous l'enjoliviez ! .. Que vous fassiez en sorte que ce Blog soit .. Soit moins ..
- Moins quoi, M'sieur ?
- Moins .. Moins dépressif !
- Dépressif ?
- Voilà oui. Dépressif !
- Permettez que j'me rende compte par moi-même, M'sieur ?
- Mais bien entendu .. Mais vous ne voulez pas boire quelque chose de fort avant, parce que c'est du .. C'est du lourd, hein, j'vous préviens !
- Pas la peine, M'sieur ! J'ai comme qui dirait l'habitude ! Vous savez, et ne le prenez pas à mal, mais vous les blogueurs, z'êtes tous des dépressifs au carré ! Des psychotiques de catégorie une ! Des névropathes de première ! Notez bien que ça m'arrange, si vous voyez c'que j'veux dire ! Après tout, c'est vous qui la faites tourner, ma boutique !

[...]

- Eh ben ... C'est ..  Pffff .. Ca dépasse tout ce que j'ai pu lire jusqu'ici, M'sieur !
- J'vous avais prévenu, hein ..
- Oui, mais même prévenu, c'est .. J'trouve même pas les mots ..  Et pourtant, j'vous assure M'sieur, j'suis du genre solide, mais là ..
- Vous ne voulez toujours pas un petit verre de quelque chose, style un Schnaps ou son équivalent ?
- Oh non ! Non, là il m'faut du brutal, M'sieur !  ... Vous n'auriez pas, j'sais pas .. Un Xanax .. Ou trois ?
- Oh j'peux même vous filer une boite entière si vous voulez !
- Vous êtes pharmacien, M'sieur ?
- Du tout ! .. Je .. J'fais collection.
- Collection ?
- De Xanax !
- Et depuis quand M'sieur ?
- Depuis que je surfe sur le Net .. Et alors ça c'est considérablement aggravé avec mon entrée dans la communauté des blogueurs ..
- Vous devriez vous trouver une autre occupation, M'sieur ..
- Genre ?
- Genre faire l'amour à couilles rabattues, M'sieur !

[...]

- J'ai dit une connerie, M'sieur ?
- Non. C'est juste le terme "rabattues" qui me laisse dubitatif.
- Dubitatif ? ...
- Oui !
- Vous savez que dans dubitatif, y'a ..
- Y'a bite, je sais ! ... Bon comment vous procéderiez pour rendre ce Blog moins dépressif, plus attractif, limite joyeux ..
- [Long sifflement] ... Pfou, ça va pas être une mince affaire, M'sieur, mais moi, j'commencerais par mettre quelques photos ..
- Des photos ? .. Mais votre con de .. Enfin, j'veux dire votre frère les a virées à ma demande y'a plus d'un mois ..
- Mais c'était quel genre de photos, M'sieur ?
- Des photos de ..
- De ?
- De qui vont avec les textes ..
- Ah ben oui, mais non ! Quand j'parle de photos M'sieur, c'est par exemple des photos .. Des photos d'animaux !
- D'animaux ?
- Oui ! D'animaux domestiques ! Comme des chiens, des chats .. Ça égaie un Blog, des photos de chiens et d'chats ! Et pis surtout ça plait énormément aux internautes ! .. Vous possédez un chat, un chien ?
- Ben non !
- Vous n'aimez pas les animaux, M'sieur ?
- C'est pas ça. Mais dans l'état où j'me trouve, j'ai peur qu'ils finissent par se pendre ou se jeter par la fenêtre ..
- Je vois .. Et .. Les vacances ?
- Comment ça les vacances ?
- Ben vous êtes bien parti en vacances cet été ..
- Ben non !
- Ah ... C'est ballot !
- Et pourquoi ?
- Eh bien parce que vous auriez fait des photos d'vos vacances que vous auriez ensuite incluses dans votre Blog, comme le font plein de blogueurs, blogueurs qui, par ces photos ensoleillées, génèrent un trafic assez conséquent.
- Peut-être. Sauf que moi je trouve ça écoeurant.
- Ecoeurant ?
- Ben oui. Sans compter les textes cul-cul la praline qui vont avec ce genre de photos, textes ne dépassant pas le stade de la carte postale. Or un Blog, c'est pas une carte postale.
- Ben c'est quoi, alors ?
- Un truc de dépressif.
- Mais dans ce cas, pourquoi vous faites appel à moi, M'sieur ?
- Ben j'pensais que vous me proposeriez autre chose !
- Mais J'AI autre chose !
- Ah ! ... Et quoi donc ?
- Eh bien, est-ce que, par le plus grand des hasards, vous n'attendriez un heureux événement ?
- Comme quoi ?
- Ben comme un enfant !
- Pour quoi faire ?
- Eh bien pour le prendre en photo, le mettre sur votre Blog, en expliquant que là, il fait ses premiers pas, qu'ici il s'est mis de la confiture partout ..
- Non !
- Non, quoi ?
- Je refuse de mettre mon enfant en photo sur un Blog avec des textes à la noix.
- Vous avez tort, M'sieur ! La photo d'un enfant sur un Blog, c'est énorme ! Ca donne du sourire aux gens .. Et ça rendrait votre Blog plus attrayant, plus joyeux ..
- Oui, sauf qu'il y a des albums-photos pour ça .. Et puis j'ai pas d'enfant. Et vaut mieux pas ! Dans l'état où j'me trouve j'aurais trop peur qu'il se pende ou qu'il se jette par la fenêtre comme le premier animal domestique venu ..
- Finalement je la prendrais bien ...
- Quoi donc ?
- La boite de Xanax, M'sieur ! .. Et pis aussi, un double Schnaps !
- Avec plaisir. Mais .. Mais pour mon Blog alors ?
- Pour votre Blog ? .. J'sais plus quoi vous dire, M'sieur .. Peut-être que .. Peut-être que vous pourriez mettre de la musique !
- Mais y'en a !
- Quel genre ?
- Léo Ferré, Jean-Louis Murat, Renaud Papillon Paravel ..
- Je crois que j'vais prendre deux boites, tout compte fait ..
- Ah bon ? ... Et pourquoi ?
- Parce que là, ça dépasse tout, M'sieur, j'ai jamais vu ça ! Non mais vous vous rendez compte ! Ferré ! Y'a rien de plus triste ! Je .. Je .. Oh putain .. Merde !
- Mais faut pas pleurer ..
- Faut pas pleurer ! ... Et qu'est-ce que vous voulez que je fasse, M'sieur ! J'vous propose des photos d'animaux domestiques, de vacances à la mer, de nouveau-né, tout ce qui rend un Blog sympathique, attrayant, et vous n'en voulez pas ! ... Et quand j'pense trouver une ouverture avec l'introduction de musiques festives, vous m'balancez du Ferré .. C'est .. Putain, mais merde, c'est désespérant ! C'est .. Donnez-moi un autre verre de Schnaps, s'il vous plait .. C'est .. C'est le premier échec de ma carrière d'Enjoliveur de Blogs, M'sieur !
- J'suis vraiment désolé, je .. Ecoutez j'vais faire un effort, j'vais mettre une musique qui .. qui pulse sa race .. Une musique qui .. Mais .. Mais qu'est-ce que vous faites .. Non ! .. Ne faites pas ça, M'sieur .. NOOOON ..

[...]

- Alors on résume. Vous faites appel à un Enjoliveur de Blogs, c'est bien ça ?
- Voilà oui.
- Il vous propose de quoi "égayer" .. C'est bien le verbe employé, M'sieur ?
- C'est bien ça oui.
- D'égayer votre Blog par des photos ou de la musique, et devant votre refus ..
- Non, je n'ai pas refusé ! C'est juste que je .. Enfin, ça .. Ça ne me convenait pas !
- Admettons. Là, vous lui proposez deux boites de Xanax et quatre verres de Schnaps, et voilà que soudain l'homme se pend comme un animal domestique avant de se jeter par la fenêtre comme un nouveau-né. C'est bien ça ?
- Oui. Enfin, à peu près.
- Bien ... Il est où votre Blog ?
- Il est là. Sur le PC.
- Ah vous faites ça sur un PC, vous ! .. Personnellement j'préfère le Mac !
- Pour une question de Sexe Apple, je présume ..
- Vous croyez que c'est le moment de plaisanter, M'sieur ?
- Euh .. Non .. Pas vraiment ..
- Bon j'peux jeter un oeil sur votre Blog ?
- C'est-à-dire que .. Enfin .. Vous ne voulez pas prendre un verre de quelque chose avant ?
- Ah jamais pendant le service, M'sieur !
- Comme vous voudrez. Mais ...  J'vous aurais prévenu ..


podcast


00:00 Écrit par Josey Wales dans Essai, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : blog, blogueurs, blogosphère, autodérision, dépressif, xanax |

05/08/2008

A La Vie, Liés.

- Tu n'écris pas ce soir ?
- Non.
- Pourquoi ?
- J'ai rien à dire. Voilà pourquoi.
- Bernard Lavilliers, il dit qu'il faut écrire tous les jours !

Je l'ai rencontré, Bernard Lavilliers.
Deux fois.
La première à Aix-en-Provence.
La seconde à Marseille, quai de la Joliette.


A La Vie, Liés

- Tiens puisque tu en parles, tu savais qu'il avait fait le Viet-Nam, Bernard ?
- NON ?
- Ben si pourtant, il l'a fait.
- Il l'a fait .. Mais .. Mais en touriste !
- Ah ben oui ! ... Sauf que ..
- Sauf que quoi ?
- Ben sauf que quand il te raconte son périple vietnamien, on s'croirait dans un film d'Oliver "coke" Stone ! C'est plus du tourisme, c'est la guerre qui continue ! Avec notamment, j'me souviens, une plongée incroyable aux fins fonds de grottes creusées à mains nues, de troglodytes faits de terre et d'argile où s'entassaient femmes et enfants affamés, rescapés de Pol Pot, griffant le "marcel" de Bernard.
- Il serait pas un peu "mytho", Bernard ?
- Pas du tout !
- Ben si quand même !
- Non je t'assure ! Il ne l'est pas ! ... Il ne l'est pas car il croit !
- Il croit ?  .. A quoi ?
- A ce qu'il raconte, pardi ! Et à force de le raconter, encore et toujours, c'est comme s'il l'avait vraiment vécu, tu vois ?
- Oui .. Enfin, je crois .. Et il en a d'autres des ... des comme ça ?
- Plein ! Tiens par exemple : il a fait chauffeur de poids-lourds au Brésil ! Mais avec lui, c'est pas une partie de plaisir ! Ça devient très vite le "Salaire De La Peur" version Pampas ! .. Et pour échapper à la police - parce que j'sais pas comment il s'est démerdé, mais il a dû fuir le Brésil en catastrophe - il s'est réfugié au "Nica" ..
- Au "Nica" ? .. C'est quoi ça, le "Nica" ?
- C'est le "Nicaragua" ... Mais Bernard, lui, il dit : Le Nica .. Ne me demande pas pourquoi .. Sans doute doit-il connaître ce pays comme sa poche ! .. Ou une femme ...
- En fait, Bernard, c'est un Guide du Routard, mais vivant !
- Voilà oui ! Doublé d'un conteur ! Formidable conteur ! Un griot en quelque sorte ! Tu lui donnes un pays, n'importe lequel, même un qui n'existerait pas, la Corrèze Équatoriale par exemple, eh bien même pas peur, c'est parti mon Kiki, voilà l'Bernard qui te le raconte, en long, en large, et en travers, le pays imaginaire. Avec par-ci, par-là, un p'tit coup de couteau dans le ventre ; un sorcier vaudou, maléfique ; une fille des rues, de joie, plus belle encore qu'une chanson de Caetano Veloso ; un ami accroché au bar qui n'sait dire que ces trois mots : "je t'aime" ; et bien sûr, trois bouteilles de Tequila, que plus loin tu vomiras dans les "poubelles, belles, belles" ...

Le soir, à toi aussi, je te racontais des histoires.
Y'avait des loups, des cochons, des taureaux et des canards.
J'ai appris dernièrement que tu vivais près de sangliers.
Et de trèfles à quatre feuilles.
Par milliers.
Je t'aurais bien appelé, dimanche, pour ton anniversaire, tes quatre ans.
Mais je ne suis pas certain que ta maman en aurait été ravie.

- Toi aussi, tu racontes des histoires, finalement !
- Non.
- Ben si !
- Non, je te dis ! Je ne raconte pas d'histoires, je m'en fais. Des histoires. C'est différent !
- Tu te fais du cinéma, quoi !
- Voilà oui. Je me fais du cinéma.

"Tu fais chier avec tes films !" ELLE m'avait dit.
Comme si ELLE voulait me faire comprendre ce que je savais déjà, depuis si longtemps, que la vie, c'est pas du cinéma.
C'est pas du rêve.
C'est du brut.
Alors redescends sur Terre.
Chéri.


- Tu vois Ingrid Bergman ?
- Je ne peux répondre à cette question, tu le sais bien.
- Pourquoi ?
- Ne fais l'idiot ! Tu sais très bien pourquoi !
- De toutes les façons, si je peux discuter avec toi, ça veut dire que ...
- Non, ça ne veut rien dire du tout ! ... Juste que je suis le fruit de ton imagination ou de ta folie. Rien d'autre ..

Pourquoi les anges - est-ce un ange d'abord ? - n'entravent que dalle aux double-sens ?

- Quand je te disais : tu vois Ingrid Bergman ... C'était - comment dire ? - une expression. Ca voulait dire, tu la remets ?
- Pas très jolie comme expression !
- J'suis d'accord .. D'autant plus que ça ne marche pas avec toutes les femmes.
- Oh !
- Mais tu es prude, ma parole !
- Oui ! ... Et alors ?
- Alors rien .. Bon, je disais, tu vois Ingrid Bergman comme elle était belle ?
- Dans quel film ?
- Dans TOUS ses films ! ... Eh bien ELLE ..
- ELLE était plus belle encore ?
- Non. Plus troublante.

Elle se tait.
Regarde le ciel.
Longtemps.

Plus tard, elle me dit :

- Pourquoi n'essaies-tu pas de la reconquérir ?
- Comment veux-tu que je la reconquière, alors que je ne sais même pas comment j'ai fait pour la conquérir.
- Non ça n'est pas ça. Tu aimes trop les histoires. Les grottes du Vietnam. Tu aimes trop le cinéma. Le tragique. Le désespoir. Tu es comme Rick Blaine dans Casablanca. Un homme qui se fuit. Un sentimental. Qui laisse partir son Ilsa Lund, son Ingrid Bergman.
- Avec son mari.
- Oui. Avec son mari.

Mais parce qu'il a une raison de la laisser partir.
Il a compris, quoi qu'il arrive, qu'ils sont et resteront à la vie, liés.

Jusqu'à la mort.


Découvrez Bernard Lavilliers!


00:32 Écrit par Josey Wales dans Essai, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : bernard lavilliers, vietnam, brésil, rick blaine, ilsa lund, ingrid bergman, amour |

03/08/2008

Montre-Moi Tes Dents

"Le boucher de moi, c'est moi/Autant le dire encore une fois/Si ça peut calmer les ébats/Je suis de ceux qui ne m'aiment pas !"
[Renaud Papillon Paravel : "Souris-Moi" - Lp "Subliminable" - 2003]

K Fée

- Tu écris ?
- Oui. Pourquoi ?
- Pour rien .. Je me demandais ..
- Tu te demandais ?
- Pourquoi .. Pourquoi tu écris ?

Et pourquoi pas ?
Que veux-tu que je fasse ; d'autre(s) ?
Un Chili Con Carne ?
Devant la télé, m'abrutir ?
Revoir pour la énième fois "Eternal Sunshine Of The Spotless Mind" ?


- Pourquoi tu écris ?
- Pour Elle.
- Pour qui, Elle ?
- Tu sais bien ..
- C'est crétin.
- Tu trouves ?
- Oui. On n'écrit que pour soi, jamais pour quelqu'un.
- Eh bien moi si !
- Alors tu n'y arriveras jamais.
- Mais pourquoi veux-tu que j'arrive à "quelque chose" ?
- Parce que je t'aime !

Il ne faut pas que tu m'aimes.
Je ne suis pas doué.
Pour le bonheur.
Je veux bien que tu me regardes écrire, si ça t'amuse.
Je saigne, tu sais, tu vois, quand j'écris.
Je me fais (du) mal.
Je me désosse.
Je me répands.
Je me déteste.
Con plaisant.


- Tu crois qu'elle te lit.
- Oui.
- Comment le sais-tu ?
- Je le sais, c'est tout.
- Souvent ?
- Non. Pas très.
- Et elle aime ? ... Je veux dire ce que tu écris.
- Je ne sais pas. Elle a oublié de me le dire.

J'ai faim, un peu.
Je me ferais bien, finalement, un Chili Con Carne.
Bien relevé.
J'ai la dalle.
Comme Zorg attendant Betty.


- Bon alors c'est l'histoire d'un type ..
- C'est toujours l'histoire d'un type avec toi !
- Et que veux-tu que ce soit ? L'histoire d'un Chili Con Carne ?
- T'es con !
- Ah ! ... Enfin un compliment ...
- Et il fait quoi ce type ?
- La même chose. Toujours. Chaque matin, il sort de chez lui, va poser son cul sur la terrasse du café d'en face, et commande un double.
- Whisky ?
- Non. Un double café ! ... Il le boit, lentement, ensuite il ouvre son journal supposé de gauche ..
- Libération, tu veux dire ?
- Voilà oui, Libération ! ... Et une fois qu'il l'a lu, consciencieusement, il commande un simple.
- Café ?
- Oui.
- Et ?
- Et le lendemain pareil, ainsi que tous les autres jours.

Ca va être coton d'expliquer à l'éditeur que non, ce n'est pas une erreur si les dix premiers chapitres sont identiques, mots pour mots, virgules après virgules, que c'est fait exprès, que c'est nécessaire, que c'est pas négociable.

- Et il fait quoi dans la vie ton type ?
- On n'en sait rien. Ca n'a aucune importance, à vrai dire.
- Mais il a bien .. je ne sais pas, une passion, un but, quelque chose qui l'anime !
- Non. Justement rien ne l'anime. Il ne fait pas attention à lui. Il ne fait pas attention aux autres. A cette femme, par exemple, qui, comme lui, tous les matins, à la même heure, vient sur cette terrasse de café prendre un thé.
- Bergamote ?
- Voilà oui. Bergamote.
- Et il ne la voit pas ?
- Non. Je te l'ai dit, il ne s'intéresse à rien. A personne. Cependant il la sent. Derrière lui. Il sent son parfum. Il est envoûtant, ce parfum. Mais la décrire cette femme, il ne le pourrait pas. Il n'a jamais posé le regard sur elle.
- Et alors ?
- Et alors un matin, comme tous les autres matins, il sort de chez lui, commande un double, le boit lentement, va pour ouvrir son journal de moins en moins de gauche, quand il est subitement pris de nausées. Elles sont si fortes, qu'en catastrophe il se lève, court aux toilettes du café, et vomit tout ce qu'il sait. Et le lendemain, pareil. Et tous les autres lendemains.
- Il est malade ?
- Non. Enfin, les médecins ne lui trouvent rien. Ils ne comprennent pas. Pourtant, il dépérit à vue d'oeil.
- Il dépérit ? C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire physiquement. Il se "squelettise". Tu vois ?
- Oui, je vois, oui. C'est effrayant ! Mais ... Mais pourquoi ?
- Il va mettre du temps à le comprendre.
- Beaucoup ?
- Oui.... Souviens-toi qu'il ne fait attention à rien, ni à lui, ni à personne. Mais tout de même, il va finir par se rendre compte que les nausées ont commencé le jour où il n'a plus senti le parfum, l'envoûtant, celui de cette femme. Ce qui est vrai : c'est bien depuis qu'elle ne vient plus, qu'il dépérit. Alors, il va partir à sa recherche, convaincu que s'il ne la trouve pas, il va mourir.
- Mais comment retrouver une femme dont on ne sait rien, que l'on a jamais daigné regarder, dont on ne connaît que le parfum ?
- Par la volonté.
- Ou la chance ?
- Ou les deux.

Elle se tait.
Regarde le ciel.
Longtemps.

Plus tard, elle me dit :

- Pourquoi ça se termine par : "Tu as peur?"
- Tu verras bien.
- Et toi ?
- Quoi moi ?
- Tu saurais me retrouver ?
- Si tu me montres tes dents, peut-être.

Peut-être.

Mais méfie-toi, des miennes, mon ange.
N'oublie jamais que je suis le boucher.
Le "boucher de moi".



podcast

21:32 Écrit par Josey Wales dans Essai, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : ecrire, détruire, chili con carne, eternal sunshine of the spotless mind, amour |

 
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