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16/08/2008

Qu'Est-Ce Que Tu Vas Faire De Moi ?

"Etre seul, c'est s'entraîner à la mort."
[Louis-Ferdinand Céline - Voyage Au Bout De La Nuit]

Red & Raide

J'suis qu'un p'tit mec sans importance.
Qui se branle sur l'Internet.
Qu'éjacule des points, des guillemets, des virgules.

Et vas-y que j'me pignole le cassis, jusqu'à ce que, par à-coups, elles giclent, les garces, en paraboles fadasses et métaphores de pétasses.
Les apocopes, les aphérèses, toutes ces grognasses, j'te les fais reluire, moi, j'te les astique, et copieux.

J'suis qu'un foutriquet qui s'croit fertile de l'imagination, un écrivaillon du pénible qui s'répand, se vautre et s'étale en geignarderies, en regarde comme j'ai mal, au coeur comme au cul.

J'suis qu'un malfrin qui s'croit malin, qui fait dans l'épate al dente, la bite au poignet, turgescent de l'égo, décalotté du cervelet, bandant de suffisance, et dans le falzar, la présomption d'un jean-foutre.

J'suis qu'un baba qu'a viré bobo, un va-nu-pieds, un vagabond, un prisonnier de l'inutile, un solitaire de pacotille qui s'envoie sa bibine avant que la rosée s'radine.

J'suis qu'un taciturne, handicapé verbal, orphelin de la glotte, une vache limousine qui s'émeut quand, sans mots dire, elle les voit passer ; les trains, ceux du bonheur.

"Si la vie est un métier, alors je n'ai aucun don !" [Jean-Louis Murat - "Le Môme Éternel"]

J'suis qu'un sniper de Blog, qui mitraille et balance des comm' à la con et se fait agonir comme un péquenot.

Ah le joli ramponneau qu'il s'est pris le cul-terreux !
Comme il s'est fait gravement estourbir, le morveux !
J'en ai le coeur qui bagotte.
Tellement c'est bien fait.
Pour ma gueule.

Faut pas lui chatouiller les arpions, à la dame, sinon, elle t'envoie paître, à jolis et grands coups de tatanes.
C'est tellement bon, que j'en redemande !
Oh oui, vas-y, refous-moi z'y une trempe, colle-moi un aller sans retour, botte-le moi l'arrière-train.
Vrille-les moi, mes baveries.
Atomise-les, mes calembredaines.

J'suis qu'un petit mec sans importance.
Qui se branle sur l'Internet.
Qu'éjacule des points, des guillemets, des virgules.
Et pourtant.

Et pourtant, j'en rêve, j'en pète, de m'y introduire dans votre tatouée parenthèse.
J'me f'rai belle, tu verras, et par-devers moi, remiserai, paraboles et métaphores, ces pétasses fadasses issues de mon imagination pénible.
Ouais, moi le nourrisson, j'veux bien téter du bonheur, tâter de la peau lisse, tutoyer vos courbes, les bouleverser de maladresse.
Quand bien même, le saviez-vous, un homme heureux ne peut-être, en définitive, qu'un "mâle heureux".

Alors, dis-moi, maintenant que t'en sais plus, sur ce mec, ce bobo qu'a mal, mal.
C'te écrivaillon à la petite semaine qu'à le réveil bougon mais qui en pince pourtant, qu'aurait même comme le béguin et des envies de train.
Ouais, maintenant que t'en sais plus sur le mondain qui fait sa rebelle de jour, sa diva de salon, dis-moi :

Qu'est-ce que tu vas faire de moi ? 



podcast

 

20:10 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : benedicte desforges, onanisme, ecrire, détruire, imagination, bonheur, solitude |

14/08/2008

Je Ne Vous Parlerai Pas D'Elle

Vague à Lame.

Il se prénommait Patrick.
Il avait neuf ans.
Et moi, itou.

Nous étions tous deux, dans la même classe de pisseux.
Une classe CM1.
Triste école primaire de Limoges.
Présumée capitale de la Porcelaine.
Mais avant tout de l'ennuie et de la pluie.

Je voulais qu'il soit mon copain, Patrick.
Qu'on joue au foot, et dans la même équipe.
Et si possible, que ce soit nous, Patrick et moi, qui décidions de sa composition.
Bref, que nous soyons les petits caïds de la cour de récré.
Les Carlito Brigante & Tony Montana de l'école Jean Macé.

Mais il ne faisait point attention à moi, Patrick.
Il avait sa bande.
Je n'existais pas.

Alors, un matin, prenant mon courage à deux mains, je l'abordai, et lui offrai une petite balle bleue.
En mousse.
Tu sais, ce genre de balle qui rebondit à n'en plus finir.
Sinon sur la tête d'un lécheur d'instit'.
Dans le meilleur des cas.

Il était content Patrick.
Il me présenta à sa bande et j'étais fier comme trois bars-tabac.

On s'est marré comme des cons ou des baleines, et les autres, ils mouftaient pas.
Je lui parlais de Natacha, la blonde du CM2, qu'était jolie comme une poupée russe vivante.
Pis aussi de mon château-fort tout fait de cubes en bois laqué, même que je lui prêterais, chevaliers compris.
Si je t'assure que si, même que, note-le, croix de bois, croix de fer, putain si j'mens, j'vais en Enfer.
Celui des enfants que jamais leurs parents embrassent, par pudeur, ou je ne sais quoi.

Ouais, j'étais trop fier, et ça m'faisait tellement plaisir de le voir bondir tel un fada à la poursuite de l'incontrôlable balle en mousse.
Bleue.
Bleu, comme la couleur d'une robe qui s'rait plus à la mode.

Sauf que, le lendemain, à nouveau, je n'existais plus à ses yeux.
A peine un bonjour.
Même pas un regard.

Comment dire ?

J'avais neuf ans et de la merde au cul.
J'avais neuf ans, et, si l'humiliation je connaissais déjà, la colère, j'allais découvrir.
Elle montait.
Elle me bouffait.
Me rongeait.
Littéralement.

Et quand sonna la cloche, celle de la récré, c'est irréfléchi et furie, que je me ruai sur lui, et lui demandai de me rendre MA petite balle bleue.

Il refusa.

Il disait que c'était la sienne, désormais.
J'insistai.
Tremblant.
Les poings serrés.

Il me toisa, et dans notre charabia de mioches, me rappela que je la lui avais donnée, cette balle faite de mousse, et que :
"Donner, reprendre, voler !"

Alors, elle s'empara totalement de moi, la colère, à ce point, que fermement je saisissai son cou, et le plaquai, Patrick, violemment contre un mur.
Il faisait, pourtant, une tête de plus que moi.
Mais ma colère était telle qu'il ne pouvait rien faire.
Elle était si grande, cette colère, que moi-même, j'en étais effrayé.

"Mais arrête ! Tu vas le tuer !" a hurlé un moutard.
"Qu'est-ce qui s'passe ?" dit une voix calme, m'ordonnant sur le même ton, de lâcher le cou de mon camarade.

Il nous écouta sans mots dire, Monsieur Dufaut, notre instituteur de CM1.
La balle bleue, le concept du "donner, reprendre, voler !", mon sentiment, cette impression d'avoir été floué, tout y passa.
Dans le désordre et le brouhaha le plus complet.

Toujours aussi calme, il demanda à voir la balle bleue, Monsieur Dufaut.
Il la pris dans ses mains et nous regarda fixement, Patrick et moi.

Il n'y avait plus un bruit dans cette cour de récré.
Pas une mouche qui volait sous ce préau.

Monsieur Dufaut, il sortit de sa poche un Opinel.
Il l'ouvrit.
Doucement.
Toujours, nous regardant.
Puis consciencieusement,  coupa en deux, et de façon parfaite, la petite balle bleue.
Patrick, moi, et tous les autres pisseux, on l'observait, la bouche bée.

Il rangea son Opinel, donna une moitié de balle à Patrick, et l'autre à ma pomme.
Et il dit :
"Voilà. C'est fini ! .. Serrez-vous la main !"

Patrick n'est jamais devenu mon copain.
Mais je m'en foutais bien.
Je m'en foutais parce que je venais de découvrir autre chose, de plus grand, de plus essentiel.
Quelque chose que je n'ai jamais oublié, qui me guide encore ou m'égare toujours.
Ou me forge.
Ou me "désestine".

Qui fait que, je crois, pauvre de moi, que l'on peut régler, comme ça, à coup d'Opinel ou pas, un conflit, une incompréhension, une frustration, une colère.
En offrant aux belligérants la moitié parfaite, équitable, de ce qu'ils considèrent comme étant leur propriété.

Hier, tu me demandais à, ou en quoi, je croyais.
Eh bien voilà.
C'est à ça que je croie.
Ou m'accroche.


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23:36 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : benedicte desforges, équité, croyance, enfance, colère, violence, limoges. |

13/08/2008

Forbidden Love [Heureux Qui Communards A Fait Un Beau Voyage]

RER Chatelet-Les Halles 

Me dis que je le raterais bien.
Mon train.
Celui de 17h20.

Mais Paris est désert, et ça roule bien.

"Tu vas rencontrer QUI, tu dis ?" Il m'a demandé, mon pote.
"Un flic ..."
"Tu sais qu'tu files un mauvais coton, toi ?" il a plaisanté.

J'sais pas c'que j'file, mais en tous les cas, ça ressemble pas vraiment à du coton.
Tout c'que j'sais, c'est que nous sommes lundi, et que ça file doux et droit dans Paris.

Et si d'un seul coup, comme ça, par surprise ou par autre chose, ils rentraient tous de Trouville ou de La Baule, les parisiens, provoquant un bordel monstre, une pagaille dantesque, le grand embouteillage ?

Mais non.

Et déjà, nous dépassons ce bâtiment pesant de briques, l'Institut Médico-Légal, celui qui vous vaccine à vie d'un étrange théorème, celui affirmant que, seule compte la beauté intérieure.
Les tenants de ce théorème sont des psychologues de salons de coiffure, des auto-psys qui à grands coups de scalpels verbaux te ravale la façade, tes défauts physiques et ton acné juvénile.

"Et .. Comment ça s'fait ? .. Que tu .. Que tu rencontres, un flic ?"
"J'sais pas. Une envie."
"De quoi ?"
"De me mettre à table. De passer aux aveux."
"Et ça te prend là, comme ça, un lundi ?"
"Ben ouais. Ce doit être mon ascendant Balance qui prend le dessus .."

Et si j'lui inventais un passé de gangster, de délinquant notoire, un passé de sauvageon, de racaille qui se s'rait rangée mais très moyennement des voitures, peut-être qu'elle me les passerait ; les menottes ?
Te voilà serré mon lascar, j'te coffre, j'te gnouffe, j'te verbalise, et si tu bouges le moindre petit orteil, j't'éparpille, j'te disperse, j'te ventile ; tu piges ?
Allez zou mon pote, viens donc visiter ma taule !

Ok d'ac !
J'fais le prisonnier et toi ma geôlière !

Mais non plus.

J'reste désespérément sage.
En tongs de compète.
Et à la meilleure place possible.
Celle du mort.

Discretos, j'balance un oeil sur son tatouage et me demande si par hasard, elle n'aurait pas plutôt la peau douce que la peau lisse.
Et de la poésie à revendre ; aussi.

J'suis qu'un sonnet à la con qui rime à rien, infoutu de lui sortir quelques alexandrins de derrière les fagots, faits de vers et de pieds flamboyants qui, pour sûr, la ferait kiffer ; la keuf.
Mais j'suis cassé, brisé, disloqué, incapable de bouger, moi qui, le sais-tu, était, naguère, jadis, avant-hier, jeune et large d'épaule, bandit, insolent et drôle, on the road again.

But the road is clear.

J'vais donc pas le rater, ce foutu train.
Celui de 17h20.
Y'a rien à faire.
Tous ces maudits feux sont aux verts.
Paris reste désert.

Tant pis, j'ferai pas le prisonnier, tu s'ras pas ma geôlière.

Je m'éjecte et la vois qui m'appelle ; la bouche.
Celle du métro.
Châtelet-Les Halles.

J'vérifie en lousdé si elle l'a plus douce que lisse, la peau, et j'prends congés.

Surtout, ne pas se retourner.
Sinon, je l'engouffrerai pas.
C'te bouche
Ce tunnel.
Ne pas se retourner, sinon, j'te rebrousse chemin, j'te rate le train, et tant pis si ça m'vaut un gadin.

Tout de même, à mi-chemin, dans l'escalier, jeter un oeil, vite fait.

Elle est toujours là.
L'Alfetta.

Et merde !

J'suis qu'une pov' virgule rêvant de suspension en trois points.
Et de parenthèses qui jamais, ne se refermeraient.

Ouvrez-les donc vos guillemets.
Faites-moi vibrer en Majuscule.
Balancez-moi votre plus belle police de caractère.
Et bottez-moi le train.

A commencer par celui de 17h20.



podcast



03:58 Écrit par Josey Wales dans L'Epris | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : train, paris, benedicte desforges, peau, métro, parenthèse, geôlière |

 
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