La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

05.02.2009

En Attendant La Police …

Ma Triste [Virtual Life Is No Life]

- Ah quand même !
- Quand même quoi ?
- Comment ça quand même quoi ? Tu te moques de moi, là ?
- Non.
- Ah oui ? .. T’as vu la date de ton dernier billet ?
- Non. Pourquoi ?
- Mais merde, il est du 26. Le 26, du mois dernier.
- Et alors ?
- Eh ben alors, ça fait 10 jours !
- Ben oui.
- C’est tout ce que tu trouves à me dire : ben oui ?
- Ben oui.
- Mais .. C’est pas possible ..
- Qu’est-ce qui n’est pas possible ?
- Mais que tu me laisses comme ça, que tu m’abandonnes .. Mais qu’est-ce que je t’ai fait ? Hein ?  … Qu’est-ce que je t’ai fait ?
- Mais rien. Tu m’as rien fait !
- Alors pourquoi ? … Pourquoi tu me laisses ? POURQUOI ?
- Attends, je rêve ! Dis-moi que c’est pas vrai ?
- Que c’est pas vrai, QUOI ?
- Mais que tu me fasses une scène ? Non mais les gens, vous le croyez ça ? … MON BLOG !! … J'le crois pas ! ... Mon blog me fait une scène !
- Pourquoi tu prends les gens à partie ? Hein ? .... Pourquoi tu les mêles à NOTRE histoire ! Tu veux quoi ? M’humilier ? Après m’avoir délaissé ? …. Foutez-moi l’camp, vous autres ! Laissez-nous seul !
- Non mais tu débloques complètement !
- NON, je ne débloque pas ! Juste, je viens de passer 10 jours à me ronger les sangs, tu entends ? … 10 jours sans aucunes nouvelles de toi ! … 10 jours sans un mot, sans un signe, sans la moindre ponctuation ! … Et voilà que tu te radines, la clope au bec comme si de rien n’était !… Mais où est-ce que tu te crois ? Hein ? Tu penses que tu peux te barrer comme ça, et me laisser seul ? ... SEUL, tu entends ? … Tu sais ce que ça veut dire d’être SEUL ! … Complètement perdu dans cette putain de blogosphère de merde ! … Mais t’étais où, bon sang ? Hein ? … Tu f’sais quoi ?
- Rien. Enfin, pas grand chose.
- Alors pourquoi tu m’as laissé ?
- Mais .. Je … Je sais pas .. Tu me .. Comment te dire ça ? .. parfois tu me .. Tu me pèses ! ..
- JE TE PESE ?
- Oui, enfin … C’est .. C’est une expression ..
- UNE EXPRESSION ! Non mais tu te rends compte de ce que tu dis ? Des mots que tu emploies ?
- Ben oui, justement.
- Comment ça, justement ?
- Comme tu viens de le dire, les mots qu’on emploie .. Enfin, tous alignés, comme ça, entrelacés, ils peuvent prendre un sens, un autre, que t’avais pas vu. Un sens terrible. Qui t’échappe. Mais que les autres voient. Même que ça fait mal. Et toi, c’est pas c’que tu voulais. Tu comprends ?
- Mais tu l’as toujours su, ça ?
- Je sais pas. Enfin, je .. Je crois que j’ai jamais vraiment mesuré la portée des mots, le sens qu’ils véhiculent. Ou plutôt, je ne voulais pas savoir.
- Pourquoi ?
- Parce que … Je n’arriverai pas, jamais, à me faire à cette idée que ce qui sort de moi, de cette tête-là, cette tête de lard, je ne puis le maîtriser entièrement. Et pis .. Si j’acceptais de le voir, de l’entendre tintinnabuler le sens que je n’ai pas voulu donner, et que .. Qu’il me parle, tu comprends ? .... QU’IL ME PARLE ! ... Alors, comment pourrais-je continuer ?
- A vivre ?
- Non. A écrire.
- Là c’est toi.
- C’est moi, quoi ?
- Qui me pèse.
- Comme ça on est deux.
- Oui. Et ça me donne une idée ..
- Ah oui ! .. Laquelle ?
- On pourrait peser ensemble ! ... Tu pèses, chéri ?
- T’es con !
- Je suis à ton image, Josey … C’est toi qui m’a fait.
- Comme un rat .. Bon .. Faut que j’y aille ..
- Non .. S’il te plait ! … Pas déjà ! .. Reste encore un peu. Me laisse pas.
- Mais je .. Je te laisse .. Je te laisse de la musique !
- Quoi comme musique ?
- Portishead.
- Portishead ? .. Tu veux que j’crève ou quoi ?
- Mais j’croyais que t’aimais ça, moi, Portishead !
- Oui, mais pas là. Pas après 10 jours de vide, de silence. Non, mets-moi ... Mets-moi un truc qui passe à la radio !
- Une merde tu veux dire ?
- Voilà oui. Une merde. Mais une belle.
- Du genre trois accords dont un mineur et une basse à la con qui fait “boum-boum-boum'” derrière.
- Voilà oui. Le truc qu’on écoute en boucle, même qu’on aurait honte si ça s’apprenait.
- Je vois. J’ai ce qu’il te faut ..
- Josey ?
- Oui ?
- Tu reviens quand ?
- C’est pas moi qui reviens.
- Comment ça c’est pas toi ?
- Non. Je t’ai dit, j’ai besoin de faire un break, de prendre du champ ..
- Mais QUI va prendre la suite ?
- La Police.
- La Police ?
- Oui. Autant dire que t’as intérêt à être …
- Sage ?
- Voilà oui. Sage ....


podcast

26.01.2009

Un Blog Ne Peut Pas Mourir

Où Quand Le Ver Est Dans Le ... Free

- Que fais-tu ?
- Je cherche …
- Tu cherches quoi ?
- Un sujet.
- Pour quoi faire ?
- Pour écrire un billet.
- Un billet ? … Pour ton blog, tu veux dire ?
- Voilà oui.
- Pourquoi ?
- Comment ça, pourquoi ?
- Ben, oui. Pourquoi cherches-tu un sujet ?
- Je viens de te le dire : pour écrire un billet sur ce blog.
- Oui, j’ai bien compris. Mais si tu cherches un sujet, c’est que tu n’en as pas. Exact ?
- Exact . Mais je ne désespère pas d’en trouver un.
- Pourquoi ?
- Mais pour écrire un billet !
- Oui mais pourquoi écrire un billet si tu n’as pas de sujet, donc, à priori, rien à dire.
- […]
- Ca y est, il boude !
- Non ! Je ne boude pas !
- Si, tu boudes.
- Non. Je t’emmerde !
- Aussi. En réalité, tu m’emmerdes en boudant.
- […]
- Pardonne-moi d’insister mais pourquoi te forcer à trouver un sujet pour écrire un billet sur ce blog ? Pourquoi ne pas attendre qu’il te vienne naturellement ?
- Parce qu’un blog, c’est comme … Comment dire ? … C’est comme ..
- Un Tamagochi ?
- Voilà oui. Un Tamagochi. Faut le nourrir, quoi. L’alimenter. Sinon ..
- Sinon quoi ?
- Ben sinon, il va mourir.
- Un blog ne peut pas mourir.
- Qu’est-ce que t’en sais ?
- Rien. J’en sais rien. Je disais juste ça pour te rassurer.
- Tu crois qu’il me survivra ?
- Qui donc ?
- Mon blog.
- Ah … C’était donc ça ..
- Quoi ?
- Ton but : te survivre !
- Peut-être, oui. Tu sais, enfant, je ne pensais qu’à me réfugier quelque part. Me cacher. Je ne sais pas pourquoi. Je ne voulais plus qu’on me voie. Je voulais qu’on me foute la paix. Mais toujours, un réveil, un klaxon, un cri me ramenaient à la réalité. Quand ce qu’on nomme le virtuel est arrivé, je me suis demandé s’il était possible …
- De s’y cacher ?
- Oui.
- Comme dans le ventre d’une mère ?
- Oui.
- Pourquoi tu ne veux pas grandir ?
- Pour rester libre.
- Libre ? Alors que tu es prisonnier de ce blog !
- Mais je n’en suis pas prisonnier !
- Oh que si ! .. Et la preuve : tu n’as pas de sujet, rien à dire, et pourtant, alors que personne, tu entends ? Personne ne t’y oblige, tu en cherches un.
- […]
- Et allez .. C’est reparti ! Monsieur boude, monsieur m’emmerde, monsieur m’emmerde en boudant. Mais quel enfant !
- Mais merde !!! Il me faut un sujet ! Tu comprends ?
- Oui … Et non … C’est donc si important ?
- Oui, ça l’est.
- Et .. Si tu n’en trouves pas ?
- De sujet ?
- Oui.
- Alors je sais pas .. Je … Je me pends !
- Tu te pends ?
- Ben oui.
- Pour un type qui dans un précédent billet avouait que tenir ce genre de blog, c’était quasiment se répandre, j’avoue que ça me laisse pantois.
- Pourquoi ?
- Parce que, entre se pendre ou se répandre, avoue que bien maigre est ton choix, et comme étroite est ta prison. Cependant je peux te libérer, non de ta geôle, puisque tu y tiens tant, mais d’un poids.
- Lequel ?
- Le sujet. Celui que tu cherches. Ou plutôt, que tu évites.
- Mais, je ne l’évite pas !
- Oh que si ! Puisque le sujet, banane, c’est … TOI !
- […]


podcast



15:18 Ecrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecrire, survivre, se répandre ou se pendre, schizophrénie, prison, eternité |

06.12.2008

S'Il Te Plait, Dessine-Moi Ta Maladie !

A L'Hyène Que J'Ai En Moi !

- Ça fait mal ?
- Quoi donc ?
- Ta maladie ..
- Physiquement, tu veux dire ?
- Oui.
- Non ... 
- Ah .. C'est trop bizarre, quand même ..
- Qu'est-ce qui est trop bizarre, comme tu dis ?
- Ben une maladie qui fait pas mal !  .. J'veux dire, physiquement.
- Tu voudrais que j'ai mal, c'est ça ?
- Non, j'ai pas dit ça. Juste que d'habitude, quand on est malade, ben, on a mal quelque part, quoi !
- Mais, J'AI MAL quelque part !
- Tu viens de dire que non !
- Oui. Mais .. [Pffff] ... Mais, quand je dis que j'ai mal, c'est .. C'est pas physique ! C'est ...
- C'est quoi ?
- Ben c'est quoi .. Je .. Je sais pas .. Souvent, je ... Je suis triste, tu vois, je me sens fatigué, j'ai des angoisses, je ..
- Ben moi aussi, hein, dès fois j'suis triste, j'me sens fatigué et tout ..
- Oui, mais toi, t'es pas séropositif ?
- Non. Mais j'ai mal. Comme toi.
- Bon d'accord. Alors je vais t'expliquer les choses autrement .. Ca t'arrive, parfois, de faire des tâches d'encre sur ton pull ?
- Ouais. Même que, Maman, elle est pas super contente ! Elle dit que j'aurais dû faire attention, que c'est pas donné ce genre de pull.
- Et ensuite, elle fait quoi, ta mère ?
- Ben ensuite, elle met le pull dans la machine à laver !
- Et quand il ressort de la machine à laver, ton pull, elle est toujours là, la tâche ?
- Ben non ! La lessive, elle l'a enlevée, la tâche !
- Et ton pull, il est comme neuf !
- Ouais. Et heureusement, sinon, on aurait dû le jeter ! Et là, j'te raconte pas comment elle aurait été en colère, ma mère, au prix que ça coûte, les pulls !
- Eh ben tu vois, moi aussi, j'ai fait une tâche ..
- Sur ton pull ?
- Non. A l'intérieur.
- A l'intérieur de ton pull ?
- Si tu veux, oui ...
- Mais comment t'as fait pour faire une tâche à l'intérieur de ton pull ? Tu l'avais mis à l'envers ou quoi ?
- Non mais ... C'EST UNE IMAGE !
- Une image ? ... C'est-à-dire ?
- Ben quand je dis que j'ai fait une tâche à l'intérieur de mon pull, en fait, c'est .. C'est à l'intérieur de moi-même que je l'ai faite. Tu comprends ?
- Oui .. Enfin non ! Pas vraiment .. En fait, j'comprends pas comment on peut faire une tâche à l'intérieur de soi-même ?
- Comme toi : en ne faisant pas attention !
- Mais .. Qu'est-ce que j'veux dire .. Ah oui ! ... Si elle est à l'intérieur, c'est pas grave !
- Pourquoi c'est pas grave !
- Ben, parce qu'elle se voit pas, pardi !
- Et alors ?
- Ben alors, ta mère, elle la voit pas la tâche, et donc elle va pas t'engueuler comme à moi. C'est trop cool !
- Oui sauf que, comment tu l'enlèves ?
- La tâche ?
- Oui.
- Ben ... Avec de la lessive !
- Oui, sauf qu'elle existe pas la lessive qui enlève les tâches que t'as fait dans ton intérieur !
- Ah trop nul, comme plan !
- Comme tu dis !
- Donc, tu peux pas l'enlever ?
- Non.
- Tu pourras JAMAIS l'enlever ?
- Non.
- Et si .. Et si elle partait ?
- Comment tu veux qu'elle parte ?
- J'sais pas. Avec ... Avec le temps ! .. Avec le temps va, tout s'en va ..
- Tu connais Léo Ferré, toi ?
- Non. C'est qui ?
- C'est celui qui a chanté qu'avec le temps, va tout s'en va .. Mais il a aussi dit, dans la même chanson, qu'avec le temps, on aime plus.
- On aime PLUS ?
- Oui.
- Il s'est trompé, alors ..
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce qu'avec le temps, moi j'crois qu'on aime "plusssss" ..
- C'est joli ce que tu dis .. Mais ..
- Y'a pas de "mais" qui tienne ! C'est comme j'dis : avec le temps on aime "plusss", et pis c'est tout ! Et tu devrais trop penser comme moi.
- Mais .. Je pensais comme toi !
- Eh ben pourquoi tu l'penses plus ?
- A cause de la tâche que j'ai à l'intérieur de moi-même, je présume.
- Ah .. J'comprends alors pourquoi t'es trop triste et trop fatigué ..
- Je savais que tu comprendrais ..
- Oui, sauf que ..
- Sauf que, quoi ?
- C'est de ta faute ! Parce que si tu l'aimais ..
- Qui ça ?
- La tâche que t'as à l'intérieur de toi. Si tu l'aimais au lieu d'en avoir peur, alors, à nouveau, comme avant, tu penserais qu'on aime "plusss" et non "plus".
- Tu voudrais que j'aime ce que je me suis infligé ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce que sinon, elle va trop grandir, la tâche. Comme la haine, elle va te bouffer, te lessiver. Et alors, là, cette fois, t'auras super mal physiquement, et je serai trop triste. Celle qui t'aime aussi, elle sera triste. Et celle qui te soigne sera triste. Tout le monde, il sera triste. C'est ça que tu veux ?
- [...]
- Alors arrête de faire chier tout le monde avec ta tâche, là ! Accepte-là. Aime-là. Elle fait trop partie de toi. Et sois heureux qu'elle ne se voit pas. C'est même une chance, 'tain, qu'elle ne se voit pas, ta tâche ..
- Pourquoi ?
- Parce que ta mère la verrait.
- Et elle m'engueulerait ...
- Non. Elle en crèverait.


podcast

18:29 Ecrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, Introspection, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sida, hiv, séropositivité, alien, enfance, amour, eternité |

12.11.2008

La Cave

Moi, Epoque Merde Au Cul ...


M'sieur Dufaut, l'instituteur, il nous avait dit que voilà, maintenant qu'on savait écrire, faire des phrases, même toutes petites et pleines de tâches, qu'on pourrait, vous êtes d'accord les enfants, rédiger un devoir.

Nous qu'avions encore de la merde au cul, on s'disait comme ça, que mine de rien, ben, ça y est, on entrait dans la cour des grands, ceusses qu'ont de la merde dans les oreilles quand tu leur demandes du rab' de coquillettes et de Barbapapa, de la merde dans les yeux quand tu leur dis tout jouace : 'gade papa comme elle est chouette la maquette de bateau que j'viens de finir avec mes mains !

M'sieur Dufaut, lui, l'avait pas de la merde nulle part, même qu'il nous avait sacrement à l'oeil, le lascar, qu'il était pas question de la ramener ou de faire voler des avions de papier Canson, sinon il te tirait toutes tes oreilles devant les camarades, te les taillait en pointes si t'avais la mauvaise idée de crier que c'est pas juste, que ça fait mal et pis, que d'abord, je l'dirai à mon papa qu'il est gendarme dans l'aviation et que vous verrez ce que vous verrez !

Ah ça, y rigolait pas, M'sieur Dufaut dans le dressage de marmots !

C'est pas comme aujourd'hui, où le parent d'élève y vient pleurer sa mère qu'a rien demandé et alerter les autorités, puis l'opinion qu'est conne comme ses pieds, sous prétexte que le représentant de l'Éducation Nationale l'aurait juste demandé, même pas fort en plus, à la progéniture pourrie-gâtée du glandu de fermer sa bouche afin qu'il puisse enfin dispenser son cours.

Sont cons les parents d'élèves de maintenant !

'Gadent trop Mimie Mathie, Super Nanny, attention à la marche crétin, Pernaut, toutes ces niaiseries télévisuelles, même que ça leur brouille le peu qui leur sert de cerveau.

Mes parents à moi, qu'étaient durs comme du bois, me laissaient pas devant la télé, eux ! Et même s'ils s'en foutaient comme de l'an 40 de mes maquettes de bateaux, bordel à cul, ils se souciaient de mon avenir, j't'assure, même s'ils m'en choisirent un tout pourri que, vite fait, je décanillai en m'acoquinant avec des marlous, des traîne-la-rue et des chapardeurs de Playboy et de Nutella.

M'sieur Dufaut, l'instituteur qu'avait un Opinel dans la poche de sa blouse, il nous dit, comme ça, recta, que c'en était fini de recopier des voyelles et des consonnes en tirant la langue, que maintenant, l'était temps d'écrire pour de bon, de passer fissa à la rédaction.

Puis, il nous fixa bien dans les mirettes, histoire de constater comment qu'on prenait la chose, et avant qu'le fayot de service l'ait pu moufeter quoi que ce soit, il nous donna le sujet d'la bafouille.

En une page, pas plus, fallait qu'on décrive une situation dans laquelle on aurait super la trouille.
Mais pas une trouille de demoiselle, ah ça non !
Des foies grandes comme ça, de la peur qui fait horreur et tout.

Il ajouta qu'on avait une heure, suite de quoi, il fit les cents pas autour de nos tables-encrier, voir si par hasard, on copierait pas le sujet du poteau.

Me souviens qu'on mâchouillait nos porte-plumes en regardant le ciel par les vitres, immenses, de l'école Jean-Macé.
Me souviens que c'est Patrick qu'a dégainé le premier la Sergent-Major, même qu'il écrivait super vite, que ça f'sait scritch-scritch dans cette classe grise à la vanille de CM2.

M'sieur Dufaut, il a ramassé nos feuilles volantes et dit qu'il nous les rendrait demain avec des notes allant de A à E.
Ensuite de quoi, on est allé jouer dans le préau, aux billes, aux osselets, aux cow-boys et aux indiens, sauf Patrick qui discutait avec M'sieur Dufaut, même que ça a fini d'énerver Eric qu'a fait tout exprès de lui balancer un balle en mousse dans l'nez, sauf que l'nez, l'appartenait à M'sieur Dufaut qui lui a tiré les oreilles à Eric, avant de les lui tailler en pointes.

Le soir, mes vieux ils m'ont posé des tas de questions du genre t'as été sage, t'as appris quoi aujourd'hui à l'école, mange tes salsifis sinon tu vas en prendre une, ah déjà, vous êtes passés à la rédaction, et alors, t'as écrit quoi, tu sais plus, comment ça tu sais plus, mais c'est pas possible ce gamin, on en fera rien, j'te dis de manger tes salsifis, eh bien boude si ça t'amuse mais sache que dimanche, tu vois quand c'est dimanche, eh bien la promenade, tu sais la promenade, eh bien c'est fini, tu m'entends, y'en aura pas, et c'est pas la peine de pleurer !

Moi, j'voulais pas leur dire, à mes vieux, c'que j'avais baratiné dans ma rédaction ; j'étais sûr que c'était nul, qu'on se moquerait de moi, que j'aurais l'air fin.
Ouais, j'étais sûr et plus que certain que c'était gnan-gnan mon devoir, un truc de gonzesse, que j'allais chier la honte devant tout le monde.
Mes copains.

- Vous avez tous écrit des histoires de monstres ! il a dit M'sieur Dufaut ! Tous ... Sauf un !

Et il s'est avancé vers moi en secouant ma copie devant toute la classe !

- Je vous ai demandés une rédaction dont le sujet était la peur. Qu'est-ce qui vous fait peur ? Et vous avez été chercher des histoires de monstres, alors que Josey, lui, savez-vous ce qu'il a raconté ?

J'ai rentré la tête dans mes épaules, tellement j'aurais voulu qu'on m'voit plus !
Ah mazette, si j'pouvais disparaître, être invisible ou j'sais pas quoi !

- Josey a raconté l'histoire d'un petit garçon qui se retrouve enfermé dans une cave. Celle de son immeuble. Et la nuit tombe.

C'est vrai.
C'est pas des menteries.
C'est bien ça que j'avais raconté.
Comme peur que j'avais.

Mes parents m'avaient enfermé dans la cave parce que j'avais pas fini mes salsifis.
Ils m'avaient dit que pour m'apprendre, j'allais dormir là, au sous-sol.
Dans la pénombre.
Les odeurs de poubelle, de Javel et de rance.

J'avais raconté cette nuit-là, où, accroupi entre une valise, des vieux France-Soir et des cageots, je sursautais à chaque fois que j'entendais le bruit, celle de la minuterie.
Alors la peur me saisissait : qui cela pouvait-il bien être, à cette heure-ci ?
Je ne reconnaissais ni les pas, ni l'odeur.
Je redoutais qu'on me trouvât, là, dans le noir et la poussière.
J'étais tellement pétrifié de peur que je parlais tout seul ou chantais des comptines, des souris vertes qui couraient dans l'herbe, des Pierrette et leur pot-au-lait.
Jusqu'au matin où l'on vint me délivrer.
Jusqu'au matin, je tremblotai et pleurai.

- A ... dit M'sieur Dufaut ... Je vous mets un A, Josey !

Les autres copains ils me regardèrent bizarre, j'en étais presque gêné, j'avais peur de les perdre surtout, j'voulais leur dire que j'avais pas fait exprès, que c'était mieux les monstres, que j'comprenais pas qu'on préfère des histoires d'enfants dans une cave à des monstres qu'attaquent les humains, que ça foutait bien plus les j'tons, qu'il avait du s'tromper, M'sieur Dufaut, qu'il était marteau cet instituteur.

Mais non.

Non, moi c'qui m'faisait peur, vraiment, jusqu'à pisser au lit, c'était cette histoire de cave.
Parce que ça réveille des monstres qui se voyent pas.
Les siens propres.

Ce fut ma première rédaction.
C'était même pas vrai c'que j'y racontais.
Enfin, j'veux dire que j'avais tout imaginé, que c'était sorti de ma tête, voilà tout !
Mais jamais, jamais j'avais passé la nuit au sous-sol.

J'y passai, pourtant.
Quelques années plus tard.
Me souviens plus pourquoi.
J'avais dû sécher un cours d'anglais.
Un de trop.

Entre un sommier et des cageots, dans cette cave, je passai la nuit.
Mais je n'eus pas peur.
Je dormis comme un bébé.
J'crois bien que c'est cette rédaction qui m'a sauvé d'elle, la trouille, et de mes monstres.
Je les avais vaincus en CM2, à p'tits coups de Sergent-Major, sur une feuille volante.

Y'a quelques temps de ça, effrayé pour de bon cette fois, je remarquais que tout ce que j'imaginais et couchais sur le papier, finissait un jour, par m'arriver.

Jusqu'au monstre qu'est en moi et attend que je me rende.

Le Sida.


Mais je ne me rendrai pas.
Jamais il ne me prendra.
Comme me l'a enseigné, Opinel dans la poche, l'air de pas y toucher, par un sujet de rédaction, M'sieur Dufaut.




podcast



23:49 Ecrit par Josey Wales dans Confession, HIV, Mon Amour, Introspection, Signe[s] | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : monstres, cave, rédaction, enfance, signes, peur, sida |

01.09.2008

J'Aimerais

J'aimerais pouvoir écrire un ciel bleu, dégagé, un ciel déserté de nuages, avec flottant, tu sais quoi ?
Un ange à la noix, asexué mais bandant.
Bandant son arc et me disant :
"Alors p'tit con, te revoilà bêlant comme un mouton !"
Mais non.
Je ne sais pas.
Écrire un ciel bleu, dégagé, de nuages déserté.



The Big Sky 


Quand j'étais gosse, je veux dire quand j'avais vingt-trois ans et demi, je m'étais convaincu que l'on pouvait mesurer le nombre de jours où nous avions été heureux.
Il suffisait de se plonger dans ton journal intime.

L'hypothèse était la suivante :

Si le bonheur te paralyse le poignet à ce point que te voilà infoutu d'écrire la moindre ligne, ou est tel que tu n'éprouves nullement le besoin de t'y confier, alors il te suffit de compter le nombre de jours où tu n'as point couché de mots dans ton journal intime et le total obtenu sera celui de tes jours heureux.

L'hypothèse était séduisante - "le bonheur ne s'écrit pas, il se vit !" - mais c'était faire fi de l'irrationnel et de l'imprévisible, fi de la complexité de la nature humaine qui, par exemple, ne sait jouir pleinement du bonheur quand il est là, grand, beau, éclatant, ce bonheur qu'elle a tant espéré, et le pleurerait ensuite sur des pages entières, inconsolable et souhaitant le rester pour n'avoir su ni le vivre ni le garder.
Fi de la complexité de la nature humaine qui peut aussi, jeter l'encre, noyée qu'elle se croie par la souffrance, comme elle peut tout aussi bien étaler son bonheur avec des mots de tous les jours, des coeurs dessinés, la photo d'un nouveau-né, tout un monde simplifié, un monde où le ciel est bleu, dégagé, de nuages déserté.
Sauf que, concernant ce dernier cas, je n'y crois pas.
Pour que je le crusse, il aurait fallu que dans ton ciel écoeurant, t'apostrophât, flottant et bandant, un ange à la noix.

- C'est ce que je me tue à faire depuis des années, pourtant, je le vois bien, jouir de ton bonheur, tu ne sais toujours pas.
- C'est parce que je ... C'est parce que je ne sais pas l'écrire. Si je savais l'écrire, ce serait parfait !
- Non. Si tu savais l'écrire, tu t'en lasserais.
- Alors tu voudrais que je renonce ?
- A l'enlacer, non ! A l'écrire, oui.

Elle se tait.
Regarde le ciel, longtemps.
Puis, me dit :

- Tu sais dessiner ?
- Non !
- Alors apprends !
- Pourquoi ?
- Parce que, mon pauvre amour, le bonheur ne s'écrit pas, il se dessine. Jour après jour. Parce qu'il est, le bonheur, votre plus grand, votre plus beau, votre plus éclatant dessein. 

J'aimerais pouvoir dessiner un ciel bleu, dégagé, un ciel déserté de nuages, avec flottant, devine quoi ?
Un ange à la noix, asexué mais bandant.
Bandant son arc et me disant :
"Alors p'tit con, tu me le dessines ce mouton ?"
Oh oui !
Un jour, je saurai.
Dessiner un ciel bleu, dégagé, de nuages déserté.

La photo d'un nouveau-né.



podcast


18:22 Ecrit par Josey Wales dans Confession, Introspection | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ecrire, dessiner, ciel, bleu, ange, bonheur, nouveau-né |

18.08.2008

L'Intime, Les Rubettes, Le Blog Et Ma Mère

"Tu peux crever .. Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration !
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical.
C'est vraiment dégueulasse !
Ils te tairont, les gens !
Les gens taisent l'autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent ..
Ils s'engouffrent dans l'innommé,
Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel."

[Léo Ferré : "Il N'y a Plus Rien"]

Aujourd'hui, 19h05

Je les avais pourtant bien planqués, mes carnets.
Mes carnets intimes.
Dans le double-fond du dernier tiroir en bois de mon bureau d'ado.
En bas.
A gauche.

Ils étaient là, bien au chaud, mes carnets intimes de jeune fille, et avec eux, les trois premiers 45 tours des Rubettes.
J'avais même pas quatorze ans.

Qui irait fouiller là, me disais-je ?
Et surtout :
Pour quelle(s) raison(s) ?

C'est pourtant ce que tu fis, ma mère.
Pendant que, en cours d'histoire-géo et de sciences-naturelles, je balançais des boulettes de papier mâché sur la tête de ce gros nigaud de Vincent.

C'est toi, ma mère, qui me fit connaître l'humiliation, la honte et le dégoût.
Et si j'avais eu, la voix Ferré, je t'aurais crié, appuyant, et traînant comme lui sur chaque mot :
"C'est vraiment dégueulasse !"

Tu avais, profitant de mon absence, parcouru, lu, dévoré mon moi ; le caché, le profond, l'intime.
Tu t'étais repue de mes frustrations, de mes désirs, de mes émois.

Mes premiers baisers.
Mes premières érections.
Mon dernier chagrin.
Désormais, tu les connaissais.
Mal orthographiés, mais qu'importe.
Tu m'avais déloqué jusqu'à l'os.
Je n'étais plus rien.

Rien, plus plus rien, il n'y avait plus rien.
Tu m'avais tout volé.
Dérobé.
Je me sentais souillé.
Sale.
J'avais envie de foutre le camp, loin, un loin où plus jamais je n'entendrais parler de toi.
Et toi de moi.

J'encaissai ton regard suintant la moquerie la plus immonde, et me barrai comme un pet.
A la cave.
Le seul refuge que je trouvai.

En pleurs, en rage, je les balarguai, mes carnets intimes.
Déchirant une a une, et de bas en haut, les pages sur lesquelles chaque soir, je couchais des mots de pucelle, des mots roses, des maux bleus.
C'est dans des hoquets que je vis disparaître à jamais mes amis, mes amours, quelques jouets, Marjolaine, et peut-être aussi, mais je ne sais plus, une certaine idée du bonheur, un peu floue, un peu folle, celle mal dégrossie mais tendre d'un adolescent de même pas quatorze ans.

Je le regrettais bien plus tard, quand il me vint à l'idée, que dans ces carnets, il y avait la clé.
Celle des mes errances, de mes incohérences, récurrentes et salement béantes de l'adulte que je me refusais à devenir.
La clé de mes erreurs, de mes échecs, de mon silence, je l'avais jetée, déchirée, page par page.

- C'est pour cela que tu écris, que tu tiens un journal numérique, un blog intime, pour retrouver cette putain de clé de ta mère ?
- Je n'écris pas un blog intime. Je me désosse, je m'éventre, je me branle aux yeux de toutes et de tous. je suis un trou. De serrure. Qui, prisonnier de tout, de rien, ne sait vers où. Vers où aller.
- Pourquoi ne pas garder tout ça, dans le double-fond d'un tiroir ?
- Tu connais "Buffet Froid" de Bertrand Blier ?
- Oui. Pourquoi ?
- Parce qu'à un moment du film, l'inspecteur Morvandieu pointant son pétard sur Alphonse Tram, dit : Je viens de buter trois musiciens ! J'vais tout de même pas me gratter pour un chômeur !
- J'vois pas le rapport !
- Moi si.

Elle regarda la mer.
Longtemps.
Puis me dit :

-
C'est vraiment dégueulasse !
- Je sais, mon ange. C'est la vie.

Et même si c'était pas vrai, j'veux dire, même si elle était jolie la vie, à ce point qu'on pourrait s'aimer pour un quignon de soleil, ma belle, et en lettres capitales ou sa proche banlieue, il n'empêche que, ma mère ayant buté mes espoirs, mes beautés et mes rêves naissants, en fouillant, gluante, dans ce que j'avais de plus intime, tu crois quand même pas que j'vais me gratter pour quelques internautes qu'auraient comme la nausée, ou des scrupules de gonzesse, quand ils parcourent, lisent ou dévorent ma prose masturbatoire, mon onanisme quasi anonyme, mes éjaculations quotidiennes faites de points, de guillemets, de poudres et de virgules ?



podcast



NB :
Ceci n'est donc pas un journal INtime, ni même EXtime, mais DANS [l'intime] !
Un journal DANtime.


21:45 Ecrit par Josey Wales dans Confession, Introspection | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, blog, dégout, honte, humiliation, intime, moi |

12.08.2008

Marjolaine

- J'ai bien réfléchi pendant ton absence et je crois avoir compris.
- Dis-moi. Dis ce que tu as compris.
- ELLE espère, elle escompte qu'à la longue tu vas la détester. Qu'avec le temps, tu vas la haïr. Du moins, fait-ELLE tout pour que ça arrive. Et alors, enfin, ce sera fini.
- Oui. Sauf que ça n'arrivera jamais.
- Que ça finisse ?
- Non. Que je la haïsse.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
- Tu as des yeux ?
- Oui ... Bien sûr !
- Alors regarde !
- Oh pardon ... Je n'avais pas vu.


Vendée - Juillet 1973


Elle s'appelait Marjolaine.
J'avais dix ans.
Et demi.
Elle en avait treize.
C'était en Vendée.
Elle nous apportait le lait.
Chaud.

Faute de dés et d'un circuit prédéfini, c'est à l'aide d'un petit caillou que je les avançais un par un, dans le jardin d'une location de vacances, les cyclistes de plomb et de plastique.
Répliques miniatures, dépareillés, des héros du Tour de France.
Un petit caillou propulsé par un jeu de pouce et d'index.

"Mais tu triches !" s'était-elle exclamé, Marjolaine.

Je lui disais que non, que ça dépendait du caillou, pas de moi !
Arrête me répondait-elle ! Tiens par exemple pour celui-ci, de cycliste, tu l'as retenu le caillou, je l'ai vu ! C'est pas parce que j'suis une fille qu'il faut me prendre pour une bille ! Ah le tricheur-euh ! Ah le menteur-euh !
Et alors ? Qu'est-ce que ça peut bien te faire à la fin ? Non mais oh ! Je fais c'que je veux avec MES cyclistes, d'abord !

Alors elle se trémoussait comme si elle fut prise d'une subite et sérieuse envie de pisser.
Elle se dandinait tout en baissant les yeux.
Mais j'avais bien remarqué.
Qu'ils étaient verts.

Le vent soulevait ses nattes de gauloises dévoilant ainsi, dévoilant enfin, ses tâches de rousseur parsemant son visage.
De chipie.

"On joue à quelque chose ?" me demandait-elle.
"D'accord .." je répondais.

Elle prenait ses jambes à son cou et, goguenarde, me criait :
"Essaye de m'attraper, si tu peux !"

Mais je ne voulais pas.
L'attraper.
Me disais que c'était pas du jeu, que c'était trop facile, alors je faisais traîner, lambiner, la regardant rire de mon impuissance, jusqu'à ce que, fatalement, elle se ramasse, de tout son long s'étale entre herbes sauvages et petits cailloux, et qu'affolé je me précipite, maladroitement et balbutiant la relève, ses yeux verts plantés dans les miens.
Ce qui ne lui plaisait pas.

A ma mère.

- Tu la détestes ?
- Qui ça ?
- Ben ta mère !
- Je ne sais pas. Je voudrais bien. Mais je n'y arrive pas.
- Peut-être parce qu'elle n'a rien fait pour.
- Non. Parce que c'est ma mère.

Je ne jouai plus aux cyclistes la dernière semaine de nos vacances familiales.

Je mangeais à peine.
Je n'avais plus goût à rien.
Il me tardait de rentrer, d'en finir avec cette Vendée.

Parfois, tout en bas de la vallée, je la voyais, du haut de mes dix ans et demi, Marjolaine.
Trémoussante, dandinante, gambadante.
Et il se serrait à m'en faire mal.
Mon coeur.

Ce n'est plus elle qui nous apportait le lait.
Mais son grand dadet de frère.
Ma mère avait fait le nécessaire.

Comme elle le fera plus tard.
Encore et toujours.

Jusqu'à ce que je parte, et jamais ne revienne.

- Menteur-euh !
- Quoi menteur-euh ?
- Tu es revenu. Tu le sais bien.
- Oui. Et je le payai encore, au prix fort.
- Ce n'était pas un amour de vacances, cette fois ?
- Non. Mais peu importe.

Elle se tait.
Regarde le ciel.
Longtemps.

Plus tard, elle me dit :

- Ça nous mène où tout ça ?
- Quoi ?
- Ta mère, les petits cailloux, ELLE, Marjolaine ..
- Je ne sais pas. Au pardon, peut-être.
- Je ne comprends pas.
- Oh si ! Tu comprends très bien ! Quand on est capable de pardon, on ne peut haïr, on ne peut détester, quoi que l'autre fasse. Ou ne fasse pas.

Alors il ne restera plus que le vent.
Pas celui, malicieux, qui soulevant les nattes de Marjolaine dévoilait ses adorables, ses tâches de rousseur.
Non.
Pas ce vent-là.
Mais celui qui un jour vous fit écrire que vous ne pouviez supporter d'aller plus loin sur ce chemin qui n'en était pas un, me demandant de vous en pardonner..
Le vent des doutes qui finit par vous emporter.
Et m'emportera demain.

Quand tout ira bien.


podcast



23:32 Ecrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vendée, vacances, marjolaine, mère, castratrice, amour, éternité |

31.07.2008

Qu'En Sera-t-il A Noël ?

- Et vous ? Êtes-vous écrivain ?
- Je suis en passe de le devenir, dit Stein. Vous comprenez ?
- Oui. Depuis toujours sans doute ?
- Oui. A quoi l'aviez-vous deviné ?
Plus aucun bruit d'aucune sorte maintenant. Elle doit avoir atteint sa chambre.
- A quoi ? redemande Stein.
- A votre acharnement à poser des questions. Pour n'arriver nulle part.

[Marguerite Duras - "Détruire, Dit-Elle" - 1969, Les Éditions De Minuit]


Ne Nuit Pas

Je vous ai appelée.
Il fallait que je vous voie.
Vous dire que je ne sais plus.
Parler.

Dans une conversation, par exemple, je me glisse.
Et puis, me tais.
Aussi sec.
Je vous dis que j'en souffre.
Beaucoup.
Ajoutant que parler, je voudrais, et puis, je renonce.
Vous confiant cela, je les retiens, mes larmes.

Vous m'écoutez.
Me demandez de quoi ai-je peur, toujours cette hantise de ne pas être à la hauteur ?

Voilà oui, de mettre à côté de la plaque, cheveu dans la soupe.
Je vous dis que je suis inadapté social et vous hochez la tête.
Négativement.

"Tu n'es pas misanthrope, tu m'as dit, tu tends à l'être .."
Sous-entendu, j'ai bien compris, que je ne peux l'être.
Ça non plus.
Je ne peux pas.


Je vous raconte mon périple, dans le désordre, leur étonnement de me voir ainsi, muet ou presque.
Que cet étonnement ne me fait pas du bien, qu'il me paralyse d'autant plus.
Verbalement.
M'emprisonne plus encore.
Pourtant, autant que je me souvienne, je n'ai jamais été très bavard.
Ou sinon, oui, un peu plus drôle.
Je veux dire qu'autour d'une table, j'étais le "sniper" de service.
Le gars qui balançait un bon mot.
A point, bleu ou particulièrement saignant.
Plus maintenant.
Il m'arrivait aussi, arroseur à rosé, de refaire le monde, joyeux, impétueux, présomptueux sans doute, de confronter des idées, des utopies, des envies.
Plus maintenant.

"Il faut que tu te bouges, elle m'a dit. Que tu te bouges ! Il faut que tu te relèves ... Il le faut !"
Tout en m'accordant que j'avais quelque chose de rare, ce qu'elle nomme une "qualité d'écoute".

Voilà, Madame, je suis un type qui écoute, mais ne pipe mot.

Vous tentez de m'aider, me mettre sur une piste, me parlez de dépendance, je crois, enfin peut-être n'était-ce pas ce mot-là, précisément, mais je me souviens - et pourtant c'était hier - vous avoir dit que moi, oui, je dépendais du désir des autres.
C'est ça ?
Vous avez hoché la tête.
Positivement.

Je suis las, vous savez.
Tellement las.
Quand je fais le bilan, et quand bien même, je la trouverais belle ma vie, riches d'émotions diverses, contraires, de rencontres, vertigineuses rencontres, longues et fidèles, au final, ce sont des petits bouts de vie ponctués par des ruptures, c'est un éternel recommencement, tout le temps, d'où ma lassitude ; un éternel recommencement et rien, rien de construit vraiment.

Je me souviens dans cette Unité Psychiatrique, j'avais un temps l'impression d'être au beau milieu de blessés de guerre.
Celle de la vie.
La guerre sociale, permanente.
Tu comprends ?


"La vie est dure, tu m'as dit, elle est dure."

Construire, me dis-je.
Pour quoi faire ?
Pour arriver où ?

Je vous fais part de mon dégoût.
De moi-même.
Oui, le dégoût, comment pourrait-il en être autrement quand on ne va pas au bout de soi-même, jamais, de ses désirs profonds, de ses ambitions.
Écrire.
J'ai tout : le sujet, le verbe, les compléments d'objet direct.

"Pourquoi vous ne le faites pas ?"
Je soupire.
Trouve la plus mauvaise des explications : l'échec !
Vous souriez et me dites :
"Pourquoi ne pas envisager l'inverse : la réussite !"
Je me tais.
"Et même, si vous n'y arrivez pas, vous le rangez dans un tiroir, et vous le reprendrez plus tard."
Je vous réponds que le problème c'est que je suis impatient, que je voudrais l'écrire vite, qu'il soit déjà écrit, depuis le temps.
Que demain, j'ai 46 ans.
Déjà.
Que c'est effrayant.

"Tu es juste, tu m'as dit. Oui, tu es juste."

Juste seul.
Mais je n'ai pas eu le courage de (te) le dire.

Tu vois, aujourd'hui, ça y est, c'est fait, j'ai 46 ans.
Je ne sais si c'est juste, mais je suis seul.
Quelques SMS tombent.
Des mails.
Des appels.
Mais d'elle, non.
Rien.
Sans doute, a-t-elle oublié.
Ou pas.
Ca fait mal, cependant.
Mon Dieu que ça fait mal ..
Qu'ai-je fait pour mériter ce que je ne sais nommer.
Qu'ai-je fait pour souffrir son silence, cette indifférence ?

J'ai 46 ans, aujourd'hui, et je suis juste seul.
Cloîtré.
Et je me demande : 
Qu'en sera-t-il à Noël ?



podcast


NB : Et puis finalement, il arriva, par surprise, la plus belle, son appel.
Et je me maudissais d'avoir imaginé, mal pensé, qu'elle aurait pu oublier...

16:40 Ecrit par Josey Wales dans Confession, Introspection | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : duras, détruire, construire, ecrire, se taire, abandon |

08.06.2008

"Qu'Attendez-Vous Des Autres ?"

On est étonnamment volubile lors de la première séance, celle d'une analyse.
Et pourtant, avant de s'y rendre, l'on est tétanisé, traqueur, persuadé que rien, rien ne sortira.
Pas le moindre mot.

Et puis quoi, quoi dire ?

Ou plutôt :
Par où commencer ?

C'est un tel bordel, en vérité.

Ne faudrait-il pas au préalable répéter son texte tel un acteur, sur le papier coucher le
storyboard, celui de sa vie, ordonner, trier, destiner.

Destine-moi un mouton, ô Prince de la Nuit, Père de mon désert !
Destine-moi un but, mon Ange-Gardien, goal-keeper de mon âme ! 
Destine-moi un Tigre, une occasion du Lion, astrologique-moi l'esprit !

L'Inconscient

Ce vendredi 24 septembre 1993, ça brinquebale du ventricule, branle de l'oreillette, quand je pénètre dans ce méridional cabinet ; j'ai comme un marteau à la place du coeur.
Un marteau p'tit coeur.

Mais à peine installé, voilà qu'ça part, qu'ça gicle.
Sans queue.
Ni tête.

J'vide mon sac.
J'déballe.
J'éjacule verbal.
Je m'encordonne ombilical.

Ca valse, ça geint, ça pleure
sa mère, mais vise bonhomme : j'en ai deux, paires, comment tu l'expliques, hein ?
Tu l'expliques comment que je sois, de père, orphelin ?

Il était beau mon père, il sentait bon le sable chaud,
Pépé-le-Moko, Ventura Lino, marié sur le tard, trop tard !
Ailleurs il était son coeur, dans un patelin en straminer, mais l'a pas osé, il est resté ; ça l'a rongé, lentement, ça l'a bouffé, de l'intérieur : le cancer ; et pas le petit !
Faut croire qu'il était immense, immensément grand, son chagrin.

Ah
le Sida, oui ...
J'l'avais oublié c'lui-là !

Dans mon sang le Khmer Rouge, et alors ?

Bien sûr je l'ai voulu.
Que crois-tu ?
Je l'aimais, passionnément, je pensais le lui prendre, le virus, tu comprends, m'inoculer pour la sauver, comme un marché avec la Mort, quelque chose qui ressemblerait à :

"Tu la lâches, et en échange, tu me prends, moi."

Ne pleure pas Madame, je t'en conjure, tant je le crois, tant je le veux, tant tu verras, je l'aurai la vermine !
Tant tu verras, je lui ferai la peau à ce salaud !

Il n'y a point,
mon amour, de chemin que l'on ne puisse dévier de sa trajectoire, fut-elle maudite.
Toute rivière est destinée à retrouver son lit.
Et toute vie, son cours.

Oui, je l'ai voulu, et alors ?

Que vous dire de plus ?

Qu'orphelin de père et de cancer, désormais fort marri d'être veuf, je me retrouvais seul, ombre ombilicale, hors-la-vie et la loi, pas même celle du talion, sinon dedans pour dedans, oeil pour deuil, borgne to be alive, non merci, pas besoin dead ..

Dans tous les sens je partais, les mots comme des fusées, mélangés, brouillonnés, imparfaits ; et les maux pieds nickelés, ficelés, au plus que présent conjugués.

Alors bonhomme, tu l'as trouvée comment ma disserte ?
Hein ?
Parce que tu vois, là, j'trouve plus rien à dire, c'est à toi d't'y coller mon pote !
Vas-y, joue-moi du
Freud, sors-le-moi ton Lacan ..

Mais rien.
Sinon, le silence.
Et votre regard.

Et voilà qu'il m'envahit et me glace, le doute.
Ai-je bien dit ?
Ai-je bien fait de le dire ?
Est-ce ainsi qu'il fallait que je le dise ?

Vous me regardez encore, dans mon jus me laissez mariner, peut-être qu'au fond, vous aussi cherchez les mots, ceux qui tombent justes et vous faites bien ; mieux, vous faites mouche quand enfin elle s'ouvre, votre bouche, et qu'à la question elle me soumet :

"Qu'attendez-vous des autres ?"

Saisi, j'étais.
Et cueilli à la fois.
Comme un écolier.

Merde alors !
Si j'm'attendais à ça !


"Qu'attendez-vous des autres ?"

J'ai cherché, rongeant mes ongles pour de faux.
J'ai cherché, mais je n'ai pas trouvé.
La réponse.
Je n'ai pas su répondre à votre question.

Quinze ans plus tard, elle reste posée et toujours sans réponse.


podcast

17:30 Ecrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : analyse, mots, maux, sida, mort, françoise rivière, l'autre |

06.06.2008

Sexe, Mensonges & Idéaux

"Vous n'êtes que fantômes/ombres et somnifères/Vous n'êtes plus rien/Rien d'autre qu'un rouage/Et sur vos tristes existences/La Vie se lamente et geint/De ne trouver sa juste place."
[Aix-en-Provence, rue de L'École - Juin 1993]



Sans doute auriez-vous préféré que je sois autre, autre que l'ombre ou le fantôme que je me tue à faire vivre.



"Et passent les voitures/Les avions, les bateaux/Au volant de mon songe/Je m'en tire à nouveau."
[Aix-en-Provence, rue du Puits-Neuf - 27 décembre 1992]



podcast

22:48 Ecrit par Josey Wales dans Introspection | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fantôme, ombre, existence, l'autre, songe, eternité |

Toutes les notes

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu