Avertir le modérateur

05/08/2008

Josey Wales, Hors-le-Blog

Conversation marseillaise, une fin d'après-midi, un "before" :

"Non mais attends, t'as vu la pression qu'ils nous mettent ! (Oui ..) Comment tu veux résister ? (Ben j'sais pas ..) Regarde, par exemple, cette année, la mode est au vert ... (Ah bon ?) ... Nous les filles, on est censées s'habiller en vert ! ... Non mais t'imagines ? (Ben non ..) ... T'habiller en VERT ? ... (C'est Greenpeace qui décide de la mode féminine, maintenant ?) ... C'est pas possible ! (J'crois pas non ..) .. C'est trop nul comme couleur ! (Ca porte malheur surtout ..) ... Tu t'dis tant pis, j's'rai pas à la mode c'te année, j's'rai complètement out, has-been, mais bon, tu prends sur toi et tu t'dis : au fond, ça va, j'suis pas trop moche, alors merde, quelle importance d'être à la mode ou pas ? (Aucune .. en plus t'es plus belle que pas trop moche alors ..) .. Donc tu mets ta robe bleue, tu sais celle que tu trouves super jolie ! (J'dirais plutôt super sexy, moi, si t'y vois pas d'inconvénients !)  ... Que t'es trop bien et trop fière dedans, quoi ! Même que c'est ta robe préférée de tous les temps ! (Ouais ben y'a pas que la robe que j'préfère de tous les temps, moi !) .. Mais la pression est telle, tu vois, le marketing est si fort, qu'un matin, tu te lèves et ta robe bleue (Oui ?) ... Ben tu la trouves ringue !"

J'adore cette fille.
Elle parle, elle parle, et elle parle.
Elle ne s'arrête jamais.

Ici, à Marseille, on appelle ça un boucan.


Le Terrier Du Boucan

Elle habite une ancienne drainerie.
Un immense bâtiment sur trois étages.
En profondeur.
Elle a tout refait elle-même :
Les murs, la lumière, les peintures, la terrasse, tout, elle a tout refait de ses mains, du sol au plafond.

"C'est la colère, elle m'a dit ! Sans la colère, cet endroit n'existerait pas !"

Son atelier est au second sous-sol.
Ça grouille de tout, de clous, de vis, de marteaux, de burins, de pots de peinture ; à côté de c'te fille, Monsieur Bricolage, c'est un nain.

Au premier sous-sol, deux cabanes.
Deux véritables cabanes en bois.
Une pour elle, l'autre pour son fils.

"C'est tellement un bordel pour chauffer tout ça, j'peux pas me l'permettre. Alors voilà, j'ai eu l'idée de construire ces deux cabanes en bois. Ce sont les deux seules pièces chauffées l'hiver."

Pas loin, une forêt de talons et de lanières, sa collection d'escarpins, de plateformes, pendouillant joliment, et béants.
Je les shoote.
Poissons multicolores.
Inoffensifs Piranhas.
Mais redoutables quand de ses pieds, elle les honore.
C'est là qu'il faut en avoir, des couilles, mon homme-grenouille !

"Tu as dormi avec elle ?!?"
"Ben oui .. Pourquoi ?"
"Non mais attends .. T'as .. T'as fumé ou quoi ?"
"Mais non .. Simplement, je trouvais ça crétin de dormir à .. à trois mètres l'un de l'autre .. alors je .."
"Mais elle ne prend pas au dessous du mètre quatre-vingt !"
"Non mais, elle a rien pris du tout, hein ! ... Elle a .. Elle a juste dormi avec moi !"


J'ai hésité.
Quand même, un peu.
J'suis pas fait de bois, non plus.
J'ai hésité, oui.
Mais pas longtemps.
De toutes les façons, depuis ELLE, j'peux plus.
Dormir avec, ça va.
Mais plus, c'est même pas envisageable.

"T'es le premier à le remarquer .. Ça alors ! .. Pourtant, moi j'trouvais ça drôle .. Non ?"

Ben justement, ce doit être pour cela qu'elles ont attiré mon regard.
Amusé.
Une ribambelle de tasses à café nonchalamment suspendues et juste au-dessus, sur le mur, au marqueur inscrit :
"What Else ?"

J'adore cette fille.
Qui fait peur aux hommes.

"J'te fais peur à toi ?"
Elle m'a demandé.

"Non ..."
Ai-je menti.


(...)


- Et c'est tout ?
- Pour ce soir, oui.
- Tu t'en vas, c'est ça ?
- Oui. Je pars quelques jours. Si je reste ici, j'crois que j'vais devenir fou.
- Mais tu l'es déjà, tu sais ?
- Oui. Je le sais.
- Tu t'en vas où ?
- Dans une maison de .. Dans un gîte.
- Tu veux que je garde ton blog pendant ton absence ?
- Si tu veux.
- Et c'est tout ?
- Non ... Enfin ... Si ELLE .. Si ELLE passe, dis-lui de ..
- De laisser un commentaire, c'est ça ?
- ....
- Ca va ?
- ...
- Oh ! Tu m'entends ? .. Ca va ou ... pas ?
- Ça va ... Faut que j'aille préparer mon sac ..

Elle se tait.
Regarde le sol.
Longtemps.

Plus tard, elle me dit :

- Dis, puisque tu t'absentes quelques jours, tu pourrais pas nous mettre une musique moins ...
- Moins quoi ?
- Ben .. Moins triste ! C'est bien joli Renaud Papillon Paravel, Jean-Louis Murat, mais ...
- Mais ?
- Mais ça s'marie mal avec l'été.
- Avec les robes vertes, tu veux dire ?
- Voilà oui. Avec les robes vertes.
- Un truc bien ringue, ça t'irait ?
- Ringue comme .. une robe bleue ?
- Voilà oui !
- Alors d'accord !
- Eh bien, c'est parti !
- Eh ! Josey Wales ! ... Tu reviens quand ?

Pourquoi revenir ?
Toujours revenir.
Si rien ne bouge.
Si tout est pareil.
A côté.


Quand les filles mettront des robes orange(s), alors, je reviendrai.


podcast



[NB  : Je ne suis pas responsable de la taille de la police de caractères, apparemment imposée par mon hébergeur. Désolé.]


21:53 Écrit par Josey Wales dans Marseille-Ma-Belle | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : marseille, boucan, robe, bleu, vert, orange, dormir |

31/07/2008

Porno Stars

Gare Saint-Charles, je crève de chaud.
Je maudis le temps.
Moi qui n'ai pas de montre, jamais -
le temps n'existe plus, depuis si .. longtemps - juste un portable.
Je veux dire un téléphone portable.
Restent les écrans publicitaires.
Qui ponctuent notre temps.
Du moins ce qui est devenu "notre temps".
A notre corps consentant et complaisant.

Le cul posé sur mon mon sac de voyage, délabré, je mate inlassablement les pieds, ceux des voyageurs.

T'ai-je dit -
mais comme c'est banal ! - que j'adore les pieds.
Non ?
Pas pour les raisons érotiques que tu crois.
Un pied peut être moche - si tant est que ça existe, un pied moche, de toutes les façons tu peux le "jolir", ça n'est pas important - c'est ce qu'il trimbale, le pied, maquillé ou pas, qui compte, qui émoustille.
Ça peut être un fromage à trous, m'en fous, j'y trouve ... Je ne sais te dire .. Oui, allez, c'est érotique un pied et ses doigts, mais seul, il ne l'est pas.
Il ne va pas bien loin, quoi.
Il dépend trop d'elle ou de lui.

C'est fascinant.
La dépendance.
Non ?

Quoi qu'il en soit, quel ennui !
Tous ces pieds qui errent.
Engoncés dans des tongs, des cuirs, des Nike ...
J'vais m'endormir.
Ou vomir.
Vomir, je crois ...

Quand soudain ..

Waouh ....

Je n'en crois pas mes yeux ...

Des escarpins !

Mais pas d'occase, des vrais, de filles, ceux dont les cons disent de "salopes".

Des qui ne sont pas réservés à la première.
Faut les porter ceux-là !
Les assumer, comme on dit - mais quel verbe ignoble !

Ce qui me scie, c'est que personne n'y prête attention.
Moi, direct, je lève la tête.
Et je les vois, les filles.
Une paire.
De filles.
Et, elles sont foutrement belles.

Elles m'ont vu.
Pimbêches.
Mais pimbêches, bien.

L'une d'elles me sourit.
Te le décrire, ce sourire, me prendrait plus d'une page.
Trois blogs.
Quatre ..
Enfin, un univers numérique total.

Comme une machine, un mâle de catégorie une, je saisis mon portable-qui-fait-tout-sauf-l'amour et me dis que ce sourire m'autorise à (la) photographier.
Photographier ses pieds, superbes, lovés sublimes dans ses escarpins multicolores.

Seulement voilà, ça défile, ça grouille, ça Nike, ça tongue et tangue, ça pollue et me brouille le paysage.
Je me dis mais pauvre con demande-leur de poser des pieds !
Mais j'ose pas.
Et puis voilà que la voix officielle de la SNCF annonce qu'il faut que je lève mon cul, que "mon" train va entrer en gare au point G ... quai G !

Je me lève, et devant moi elles tordent joliment, désinvoltes, invisibles des chevilles, "mes" naïades.

De chaud, je crève.
De plus en pire.

Mon portable surgit, enfin, me double, érectile, et en lousdé, de dos, la voilà qu'elle est prise la photo.
Nulle.
Pixel zéro.
Mais peu importe.


Attentat D'Escarpins à St-Charles

Je les dépasse.
A regrets.
Et suBITEment je les reconnais.
Et m'étonne agréablement de leur quasi-anonymat.
De leur délicatesse.
De leur discrétion.
Mais c'est période tong, cuir, Nike, ah mon pouvoir d'achat qui s'barre en couilles, on ne fait décidément attention à rien !

Deux porno-stars qui passent inaperçues, y'a qu'à Marseille que tu vois ça.
Y'a qu'à Marseille ...



podcast

00:28 Écrit par Josey Wales dans Marseille-Ma-Belle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pieds, erotisme, fétichisme, escarpins, désinvolture, marseille, saint-charles |

29/07/2008

"... Tu Es Sublime ! On Dirait Un Mannequin ! ..." [*]

[*] Prononcer le "in" de mannequin avec l'accent de Marseille ...

In Her Shoes

Ce ne sont pas des escarpins, ce sont des plateformes.
Carrément.
Elle appelle ça des "Ferrari".
Ça la fait rire.
Ça lui va bien surtout.

Dans son moulé orange, son jean à la boucle provocante, elle déambule dans les rues, celles nocturnes de "Marseille-Ma-Belle".
Moi ?
Moi j'ai l'air d'un nain, iconoclaste grisonnant, décalé total, pieds-nus comme toujours quand je foule l'asphalte phocéen.

Que voilà un couple improbable en quête d'un paquet de cigarettes, d'un verre aussi ; peut-être.
Un verre de rosé.
Bien frais.

Mais déjà tout est fermé, les heures ayant passé sans que nous y prêtâmes attention ..
Tout est clos oui, mais pourtant, en groupe, ils traînent les ruelles, tchatchant et se bidonnant, se défiant pour de faux ou se tapant dans les mains comme des rappeurs, des frères, des cousins.

En d'autres endroits, je ne serais pas des plus rassuré.
Mais ici, à Marseille, La Plaine, aussi tard fut-il, je me sens bien, comme chez moi ; je connais les codes, les frontières et donc je le sais, rien, non rien ne peut nous arriver.

Elle déambule, torride, amusée, consciente, ses plateformes claquant dans la nuit, la chaleur, et ça ne fait pas un pli, à sa vue, le groupe s'émoustille, s'ébranle, animal ; c'est l'émeute tranquille.

Ça vanne, ça commente, ça espère et ça tente.
C'est drôle, surtout.

Quelqu'un, je ne sais qui, lance :

"Tu es sublime ! On dirait un mannequin !"

Avec l'accent marseillais, c'est irrésistible !

Un autre, le plus grand, dégingandé, veut l'embrasser.
Et moi avec.
Alors, il nous embrasse !

Comme il est fascinant, ce monde-là, mi-cour des miracles, mi-rois de la nuit.
Comme il me sied !
Oui, comme il me plait de le redécouvrir tant d'années après, ce monde unique et marseillais, de le redécouvrir à même son sol, nus-pieds, accompagné d'un paradoxe, une fille, un "boucan" moulé orange, à la boucle provocante, une reine, une moqueuse juchée sur des talons "ça comme".

Un "boucan" qui se couchant, deux nuits plus loin, dans cet entrepôt sur trois niveaux qu'elle a bâti elle-même, se couchant près de moi me prévint :
Elle va lire "son" Achille Talon.

Ce qu'elle fit.
Et me plu.



podcast

21:13 Écrit par Josey Wales dans Marseille-Ma-Belle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marseille, la plaine, cours julien, escarpins, plateforme, boucan, achille talon |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu