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20/08/2008

Telle Pierre, Tel Fils

Dieu, Notre Pierre Qui Etes Aux Cieux.

C'était un dimanche.
Il y a si longtemps.
Un dimanche.
Aride.

Humblement, il s'agenouilla.
L'Homme.
Les pieds de l'Autre, baisa.
Puis, doucement, se relevant, lui tendit tous ses bras.

- Tiens, dit l'Homme, c'est pour toi !
- Pour moi ? Fit l'Autre étonné.
- Oui. Pour toi ! C'est .. C'est un présent !
- Un présent ?!? .. Mais ... Mais pourquoi ? ... Pourquoi m'offres-tu un présent ?
- Pour bâtir répondit l'Homme soudainement exalté. Bâtir un futur. Le nôtre !!! .. Celui de nos deux peuples.
- Tu m'offres un présent pour ... Pour bâtir un futur ?!?

Positivement l'Homme hocha la tête, et l'Autre daigna enfin poser son regard sur le présent.

- Mais ... Mais c'est une pierre ! S'exclama-t-il.
- Oui, en effet, c'en est une dit l'Homme... Mais ce n'est pas n'importe quelle pierre, sais-tu ! C'est la plus belle de notre Royaume... Elle est unique ! Et tu pourras parcourir le Monde autant qu'il te plaira, jamais, tu m'entends, jamais tu n'en trouveras deux semblables !

L'Autre eut un mouvement de recul.

- Une pierre maugréa-t-il, tu m'offres à moi, à mon peuple une ... PIERRE !

Une nouvelle fois, et bien modestement, l'Homme acquiesca.

- Mais ... Que veux-tu que j'en fasse ??? S'emporta l'Autre subitement ! ... Mais enfin, REGARDE ! ... Ouvre donc tes yeux ! ... Observe bien mon Royaume ! Ne vois-tu pas qu'il n'est fait QUE de pierres !!! .... Des pierres à perte de vue. Partout, des pierres ! ... Et toi ! Toi, tu m'en offres une de plus ???

L'Homme, encore, se prosterna, les pieds de l'Autre baisa, et dit :

- Mais je te l'ai dit cette pierre est unique, mon frère ! Inestimable est sa valeur ! Et, je te prie de le croire, c'est le plus beau, le plus grand des présents que mon peuple pouvait t'offrir ..

La colère, l'Immense, alors s'empara de l'Autre.

- Une pierre de plus dans un Royaume de Pierres ? ... La belle affaire ! ... Ton peuple n'aurait-il point d'yeux ? ... Si tel était le cas, alors ce n'est pas une pierre qu'il m'aurait offert, mais de l'eau ! .... Car c'est d'eau dont mon peuple a besoin, et non de pierre !
- Mais je te le répète, insista l'Homme, cette pierre est unique ..
- Unique ou pas, je n'en ai que faire. Et je te le dis, droit dans les yeux qui te manquent, de ta pierre, je n'en veux point.
- Tu ne veux pas de ma pierre ? ... Tu refuserais le présent de mon peuple ?
- Oui, je le refuse ! Car, en vérité, je te le dis, te le répète, tant tu me sembles aussi sourd que ton peuple est aveugle, c'est d'eau, entends-tu ? C'est d'eau dont nous manquons, et non de pierre !

Sèchement, l'Homme se releva, fièrement il se dressa devant l'Autre et d'une voix blanche lui dit :

- Si tu refuses ce présent, alors, en vérité, je te le dis : ce sera la Guerre !
- La Guerre ?!? .... La Guerre parce que je me tue à te faire comprendre que ton présent n'est pas approprié aux besoins de mon peuple ? ... La Guerre parce que tu ne sais pas ouvrir tes yeux ?
- Non ... La Guerre parce que, en refusant ce présent, tu HUMILIES mon peuple !
- Moi ? ... J'humilierais ton peuple par le simple fait de refuser cette pierre, fut-elle unique ? ... Mais là n'était pas mon intention, mon frère. Je voulais juste, je te l'assure, donner un regard à tes yeux. Que tu vois au-delà de toi, au-delà de ton peuple.
- Eh bien moi, ce que je vois c'est que tu refuses ce présent, celui de mon peuple. Et si tu persistes dans ton refus, alors oui, ce sera la Guerre.

Le corps de l'Autre se désunit.
Il n'était plus que torticolis, plaintes et douleurs.
Au loin, déjà, tels des cobras, persiflaient les redoutables, grondaient les vents contraires.

- Eh bien soit, gémit l'Autre, puisque c'est ainsi que tu "vois" les choses, alors ... ce sera la Guerre.

Et ils se massacrèrent.
Des années entières.
Des millénaires.
De père en fils, de fils en pères.
Ils se massacrèrent à grands coups de pierres.


Aujourd'hui encore, partout, sur la Terre, c'est la Guerre.
Nous ne voulons pas le savoir.
Nous ne voulons pas le voir.
Il faut croire,
Que,
Depuis ce dimanche, aride, à jamais, pour toujours, nos yeux et nos coeurs sont faits,
De pierres.



podcast



NB : Toute ressemblance avec un éternel conflit, une terre présumée promise, ne serait assurément "pas fortuite".
Il n'y a pas de hasard, pas de miracle, juste un jardin.
De rencontres.

00:33 Écrit par Josey Wales dans Essai | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : dieu, pierre, présent, futur, guerre, dimanche, homme |

03/04/2008

Emilienne Z

"Non, ça n'est pas vrai. Ou bien alors, disons, c'est inexact. Du genre incomplet. Insuffisant. Non, pour éduquer un enfant, l'accompagner, le préparer au combat, au Carnage ambulant, ce n'est pas de l'argent qu'il faut ; c'est du Soleil."
[Léo Tisserand : "Comment Je Suis Devenu Un Type Bien" - Manuscrit 2008]


228 REfuge

J'ai cherché, et puis non, je n'ai pas pu. Changer ton prénom. Je le trouve beau ce prénom : Emilienne.
Il te va si bien.

De quoi tu souffres, je ne sais pas, on n'en parle pas, jamais, de nos souffrances, en
unité psychiatrique.
On erre dans les couloirs, des heures durant, on dort, on s'enferme, on sort fumer une cigarette, c'est là que, pour la première fois, nous nous sommes adressés la parole.
Tu m'as demandé un clope.
Je te l'ai donné avec un sourire et tu m'as dit :

"Que Dieu te bénisse !"

J'avais envie de te répondre que c'était pour le moins étrange, de demander à Dieu de me bénir alors que je venais de te refiler une "sucette à cancer", un "clou de cercueil" comme disait
Robert Mitchum.

A table, je m'asseyais en face de toi, dos à la fenêtre, et je te regardais prier en silence avant d'entamer un colin marseillaise.
Je te trouvais belle, dans ta prière, et ton regard, tu vois, je ne suis pas prêt de l'oublier. Il est plein de bonté.

De quoi souffrais-tu, Emilienne, de quel manque, de quel amour déchu ?
Je n'ai jamais osé te le demander.
Toi, qui ressemblais à une princesse, un air, un petit air d'
Erika, la chanteuse.

"Il est gentil, il me donne des cigarettes."
Tu disais en parlant de moi.

Nous avons passé dix jours comme cela, avec Dieu, des carottes et des yaourts à la banane, dix jours à nous regarder, tendrement, un sourire dans les yeux, complice, bienveillant.
"Encore des carottes, tu disais, mais on n'en a pas déjà eues hier ?"
En fait c'était avant-hier.
Je te faisais remarquer que moi, comme fruit, j'avais une banane, et que le yaourt, tu vas pas le croire, il était aussi à la banane !
"C'est pas un truc de fou, ça ?"
Et tu riais doucement.
Et quand le lendemain tu espérais que nous n'aurions pas des carottes, encore des carottes, je te répondais que peut-être si, mais que cette fois, elles seraient rapées.
J'aimais bien te faire rire, te tirer un sourire.

J'aimais être là, mal assis en face de toi, te regarder prier, manger, quêter de la mayonnaise, que l'on te refusait, systématiquement.
Il y a quelque chose en toi, qui ressemble à la paix, une mer de tranquillité, tu ne voyais que le bon côté des choses, et je me demandais toujours et encore, de quoi, mais de quoi bon Dieu, tu pouvais bien souffrir ...

"Que Dieu vous donne à nouveau la possibilité de mâcher !"
As-tu dit un midi de onze heures trente au vieux monsieur assis à ma droite.
Cet homme qui portait le nom de jeune fille de
K, la femme "défardée".
Je crois qu'il t'a répondu que Dieu n'avait pas ce talent.

J'eus un peu honte quand l'avant-dernier jour tu t'étonnais que je ne prenne qu'un médicament, toi qui en prenais plein, dont une solution (in)buvable.
Alors je t'apprenais que je sortais demain, comme si ce fut une explication, et tu te réjouissais, me disais que c'était bien, oh oui, tu sors, mais c'est génial, quelle chance tu as ! Et tu ajoutais qu'il ne fallait pas que je revienne ici, hein, ne reviens pas !
J'aurais pu te dire que j'avais peur d'y retourner, dans ce dehors, peur d'y retourner au
Carnage, mais que je comprenais, oui, tu as raison, de toutes les façons, le choix est maigre, alors oui, pourquoi pas le Carnage.

Prends soin de toi, Emilienne.
Prépare tes affaires.
Sors de là, petit oiseau.
Je te le promets, je ne reviendrai pas.
Que Dieu te bénisse et te soulage de tes maux.
Emilienne Z...


podcast

15:50 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Emilienne, Robert Mitchum, Psychiatrie, Schizophrénie, Dépression, Souffrance, Dieu |

 
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