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22/12/2008

Je N’Ecrirai Pas Ce Soir ...

Crève Connard ...

Je n’écrirai pas ce soir.

Tant je le sais, tout ce que je bafouillerai pourra être retenu contre moi, alors que je ne sais même pas, pauvre que je ne suis pas, qui est ce moi, sinon un empêcheur de tourner en rond, sinon une prison de synapses, armée de cellules grises.
Un cerveau, tu veux que j’te dise, c’est Guantanamo, une torture tant c’est trop vaste, trop immense, pour nos sombres carcasses.

Oui, tout sera, à coup sûr, et pan dans le mille, mon con, retenu contre "moi".
Et pas qu’une fois.
Une de plus.
Une de trop.

De retenue.

Comme à l’école.
Heures de colle.

Oui, tout ce que je peux écrire joue, saloperie, contre moi, demain comme avant-hier.
Je ne peux rien y faire, c’est comme un Enfer, ah l’indivine comédie que voilà, mais c’est Dante qui t’encule copieux mon chéri, c’est dans ton cul que ça bourgeonne, le cancer, Le Sida, la saleté.
Les latrines de ton passé.
C’est dégueulasse, oui, mais dans le sens Ferré Léo du terme, c’est contraire, surtout, à la convention de Genève des gens qui s’aiment et qui vous emmerdent.
Profond.

Je n’écrirai pas ce soir.
Ce n’est pas la peine.
Ecrire c’est bon pour les lâches.
Les traîtres & the city.
Les lèche-culs, les trouillards, les péteux.
Les alcooliques normands.
Les envieux.
Les malades, les paumés, les qui-croyent-qu’ont-du-talent, alors que rien, ils n’ont rien, du vent, des mots inutiles, des mots à la con, qu’ils emberlificotent, qu’ils jutent facial, et va mourir Dagerman, crève charogne, tout ça, tu veux que j’te dise, à vrai dire, c’est qu’du désespoir même pas vrai, du malheur à peu de frais, du low-cost, du discount, c’est du savon à barbe, des déjections mon colon, du caca-prout ma chère, allez vas-y que j’me la pète en bon trouduc qui se respecte et se noie pour de faux en mots et mimosas.

Je n’écrirai pas ce soir.
Ecrire c’est déféquer à la face du monde et des indiens.
C’est vomir, c’est se foutre de la souffrance des autres, puisque seule, en virgules et points-barre, compte la sienne, l'indécente, puisque seule priment, à la casse, le cynisme, la dérision et la calomnie.

L’avatar.

Je n’écrirai pas ce soir.

C’est fini.

C’est trop tard.


podcast

22:20 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ecrire, se branler, souffrance, calomnie, désespoir, maladie, eternité |

21/10/2008

Les Derniers Jours De Françoise Rivière [3/8]

"L'autre jour, un malade m'a dit que c'est la déchéance physique qui le rebutait le plus, et que maintenant, il avait envie que ça s'arrête. Il ne parlait pas comme cela, avant. Il y a deux ou trois semaines, il semblait fatigué, mais depuis il a perdu dix kilos. Il était tellement mal en point qu'on l'a hospitalisé le jour même. C'est flippant de voir comment les autres partent (...) Pourvu que ma chimio réussisse !"
[Françoise Rivière - Mercredi 29 Mai 1991 - Extraits de son Carnet Intime]



Jour De Mariage - 21 Juin 1990


Lundi 21 Octobre 1991

Depuis le 2 septembre, j'effectue un stage d'opérateur PAO. Ça n'est pas que ça me convienne ou me destine, c'est juste qu'il retarde, ce stage, la chute des mes allocations chômages.
Je n'ai aucun scrupule de ce côté-là, pas plus que mon employeur en a eus, un an auparavant, en me congédiant trois mois après que j'eus révélé ma séropositivité.
Au fond, je le remercierais presque de l'avoir fait, car ainsi je suis près de Françoise, je l'accompagne, je la soutiens de toute ma maladresse.
Si j'avais conservé mon travail, ses cadences infernales, comment aurions-nous fait ?

Certes nous vivons chichement, mais peu importe. Là n'est pas l'important.
Nous vivons, voilà ce qui compte.
Et aujourd'hui, je réalise que ces moments-là ont été parmi les plus riches de mon existence.
Là où j'ai le plus appris.
Même si ce fut douloureux.
Mais tendre aussi.
Je plains sincèrement celles et ceux qui pensent pouvoir se mettre à l'abri en amassant un maximum de blé en un minimum de temps, et ce, forcément au détriment d'autrui.
Et puis d'abord :
A l'abri de qui ?
De quoi ?

Ce lundi 21 octobre, je me lève tôt, 7h04, un horaire de train, comme toujours.
Je m'envoie un café, vite fait.
Avant de partir, je passe par la chambre ; elle dort à moitié.
Les draps sont trempés de sa sueur.
Il arrive qu'en pleine nuit nous les changions, tellement elle rend de l'eau par tous ses pores.
Je lui dis quelques mots, la rassure, tendrement l'embrasse et je file ; à regrets.
Il est long le chemin qui m'attend, celui qui des Ternes me conduit à Belleville.

Comme souvent, enfin depuis quelques jours, je passe la journée hanté par l'idée que le téléphone sonne, que c'est urgent.
Que c'est fini.

C'est en lisant ses carnets que je découvrirai bien plus tard qu'elle m'avait épargné.
Elle m'avait dit qu'elle devait subir une nouvelle biopsie, que c'était normal.
En réalité, le traitement avait échoué.
Une nouvelle tumeur était apparue, un autre lymphome, dans le cou, tout près du cerveau.
C'est la raison pour laquelle, le 11 octobre, après plus de quatre mois d'hôpital, de scanners, de ponctions lombaires, de biopsies diverses, quatre mois de chimiothérapie, de transfusions, on lui accorda son bon de sortie.
Il n'y avait plus rien à faire.
Elle préféra me le cacher et me dire qu'elle était si heureuse de rentrer à la maison ...

Après quelques courses, enfin, je la retrouvais.
Il était 19h30.
En la voyant, je restais interdit.
Elle parlait avec difficultés.
Son teint avait changé.
Comme ça, du jour au lendemain.
Elle avait du mal à tenir debout.
Je lui fis à manger mais elle y toucha à peine.
Elle partit se coucher.

En fait, elle avait combattu la douleur toute la journée, elle avait lutté de toutes les forces qui lui restaient pour être là, debout, quand je rentrerai.
Pour me voir, même cinq minutes.
Pour ne pas faire de ce jour un jour sans nous.

Et dire que ce n'est qu'aujourd'hui, en l'écrivant, que je le comprends !
Pourrais-je, un jour, me le pardonner ...


"Mon ami, désormais,
A jamais, pour toujours,
Puisque nul doute se profile,
Je préfère m'en aller.
Le coeur broyé, certes,
Mais encore, une dernière fois,
La tête haute, le regard fier !
Je sais votre souffrance de me voir ainsi affaiblie,
Décharnée, fatiguée, souffreteuse,
Et maudite par cette maladie,
Mais je ne savais pas !
Aujourd'hui je paye des erreurs d'antan
Emportée par le vent des doutes.
La jeunesse ne sait rien du mal,
Frémissantes d'impatientes expériences.
Mon ami, s'il vous plait,
Je garderai en moi,
Votre regard si gai ;
Je me souviendrai de votre peine
Dans mes bras, sur mon corps ...
Pardonnez-moi si je ne peux
Supporter d'aller plus loin
Sur ce chemin qui n'en est pas un."
[Françoise Rivière - 17 Octobre 1991 - Lettre trouvée après son décès, le 27 octobre 1991]


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21:51 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sida, lymphome, chimiotherapie, souffrance, pardon, aimer la vie cependant |

03/04/2008

Emilienne Z

"Non, ça n'est pas vrai. Ou bien alors, disons, c'est inexact. Du genre incomplet. Insuffisant. Non, pour éduquer un enfant, l'accompagner, le préparer au combat, au Carnage ambulant, ce n'est pas de l'argent qu'il faut ; c'est du Soleil."
[Léo Tisserand : "Comment Je Suis Devenu Un Type Bien" - Manuscrit 2008]


228 REfuge

J'ai cherché, et puis non, je n'ai pas pu. Changer ton prénom. Je le trouve beau ce prénom : Emilienne.
Il te va si bien.

De quoi tu souffres, je ne sais pas, on n'en parle pas, jamais, de nos souffrances, en
unité psychiatrique.
On erre dans les couloirs, des heures durant, on dort, on s'enferme, on sort fumer une cigarette, c'est là que, pour la première fois, nous nous sommes adressés la parole.
Tu m'as demandé un clope.
Je te l'ai donné avec un sourire et tu m'as dit :

"Que Dieu te bénisse !"

J'avais envie de te répondre que c'était pour le moins étrange, de demander à Dieu de me bénir alors que je venais de te refiler une "sucette à cancer", un "clou de cercueil" comme disait
Robert Mitchum.

A table, je m'asseyais en face de toi, dos à la fenêtre, et je te regardais prier en silence avant d'entamer un colin marseillaise.
Je te trouvais belle, dans ta prière, et ton regard, tu vois, je ne suis pas prêt de l'oublier. Il est plein de bonté.

De quoi souffrais-tu, Emilienne, de quel manque, de quel amour déchu ?
Je n'ai jamais osé te le demander.
Toi, qui ressemblais à une princesse, un air, un petit air d'
Erika, la chanteuse.

"Il est gentil, il me donne des cigarettes."
Tu disais en parlant de moi.

Nous avons passé dix jours comme cela, avec Dieu, des carottes et des yaourts à la banane, dix jours à nous regarder, tendrement, un sourire dans les yeux, complice, bienveillant.
"Encore des carottes, tu disais, mais on n'en a pas déjà eues hier ?"
En fait c'était avant-hier.
Je te faisais remarquer que moi, comme fruit, j'avais une banane, et que le yaourt, tu vas pas le croire, il était aussi à la banane !
"C'est pas un truc de fou, ça ?"
Et tu riais doucement.
Et quand le lendemain tu espérais que nous n'aurions pas des carottes, encore des carottes, je te répondais que peut-être si, mais que cette fois, elles seraient rapées.
J'aimais bien te faire rire, te tirer un sourire.

J'aimais être là, mal assis en face de toi, te regarder prier, manger, quêter de la mayonnaise, que l'on te refusait, systématiquement.
Il y a quelque chose en toi, qui ressemble à la paix, une mer de tranquillité, tu ne voyais que le bon côté des choses, et je me demandais toujours et encore, de quoi, mais de quoi bon Dieu, tu pouvais bien souffrir ...

"Que Dieu vous donne à nouveau la possibilité de mâcher !"
As-tu dit un midi de onze heures trente au vieux monsieur assis à ma droite.
Cet homme qui portait le nom de jeune fille de
K, la femme "défardée".
Je crois qu'il t'a répondu que Dieu n'avait pas ce talent.

J'eus un peu honte quand l'avant-dernier jour tu t'étonnais que je ne prenne qu'un médicament, toi qui en prenais plein, dont une solution (in)buvable.
Alors je t'apprenais que je sortais demain, comme si ce fut une explication, et tu te réjouissais, me disais que c'était bien, oh oui, tu sors, mais c'est génial, quelle chance tu as ! Et tu ajoutais qu'il ne fallait pas que je revienne ici, hein, ne reviens pas !
J'aurais pu te dire que j'avais peur d'y retourner, dans ce dehors, peur d'y retourner au
Carnage, mais que je comprenais, oui, tu as raison, de toutes les façons, le choix est maigre, alors oui, pourquoi pas le Carnage.

Prends soin de toi, Emilienne.
Prépare tes affaires.
Sors de là, petit oiseau.
Je te le promets, je ne reviendrai pas.
Que Dieu te bénisse et te soulage de tes maux.
Emilienne Z...


podcast

15:50 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Emilienne, Robert Mitchum, Psychiatrie, Schizophrénie, Dépression, Souffrance, Dieu |

 
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