Avertir le modérateur

21/04/2008

Contre Addiction

"Vous portez plainte madame ?"
Ils t'ont demandée les pompiers.

Nous nous sommes regardés, un rictus, un pas joli, a bouffé ton visage, et je me suis dit, oh merde, c'est pas vrai, me suis dit que tu hésitais à ...
Et puis non, tu as dit non, que tu ne portais pas plainte, et ils t'ont emmenée.

Tu n'as pas voulu que je t'accompagne.
Je devinais, qu'eux non plus, ne le souhaitaient pas.


"Si j'pouvais m'arrêter là/Poser mes gants et mes bras/Autour de son cou fragile/Et rêver que c'est facile/Et rêver que c'est facile."
[Bernard Lavilliers : "15ème Round"]

Emboissonné

A vrai dire, on ne s'en rend pas compte.

Même pas vrai.

En réalité, on ne veut pas le voir.
Se l'avouer.
Pourtant, il était mochement bel et bien là, nous l'avions laissé entrer dans notre foyer.


Je n'avais pas mesuré, faut dire, pas pensé qu'une addiction dont on se décharge, à grand peine, appelle bien souvent une autre addiction.
Une contre addiction, en quelque sorte


Quand je te rencontrai tu t'en sortais tant mal que bien, de l'héroïne.
Il fallait t'en débarrasser, cependant ; c'était la condition, la seule et unique solution pour le revoir, ton fils.

Parce que je voulais comprendre - mais quoi ? - par curiosité ou par fascination, j'en prenais avec toi.
Quoi ?
Trois, quatre, peut-être cinq fois.


Jamais je ne faisais les gestes.
Je ne voulais pas.
C'était à toi de les faire.
Au-delà de la peur qui m'habitait, voire même d'un certain dégoût quant à ce rituel sordide, ça n'était pas innocent de ma part, ce refus de "me le faire".
Que ce soit toi qui me troues.
C'était réfléchi.
Vraiment.
Ainsi, me disais-je, parce qu'elle m'aime, que nous nous aimons, elle n'aura d'autre choix que d'arrêter ça.
Cette merde.
Ce poison.

Je me souviens la première fois, j'ai vomi tout ce que je savais.
La seconde, je me retrouvai littéralement plaqué au mur, avec un drôle de goût dans la bouche.
A chaque fois, nous baisions, car en cet état, tu ne fais pas l'amour, non, tant tout tombe : la retenue, la pudeur, les tabous.
Alors voilà, tu baises.
Mais qu'en reste-t-il ensuite ?
Je ne sais pas.
Rien.
Des poudres de larmes.


Or donc, tu décrochai, enfin, définitivement, ça ressemblait à une victoire, seulement voilà, comme je le disais, une addiction disparaît pour laisser place à une autre, peut-être parce que le compte en manque, lui, il reste.
Faut le combler.


Je sais, j'avais pensé que l'Amour ..
Mais l'Amour ne suffit pas.
Jamais.

Alors voilà, il est entré dans notre vie, progressivement.
Au début, ce fut des séances de
Kir Royal autour duquel, tendrement, amoureusement, passionnément, nous échangions des idées, des points de vue ; assis en tailleur, nous le refaisions, le monde.
Puis, très vite, avec le Kir, il y eut une bouteille de ci, de ça.
Puis deux.
Puis trois.

Et vint ce soir, épouvantable, où nous dépassâmes les limites.
Nous touchions le fond.
Vraiment, c'était pas beau à voir.
Mais t'en voulais encore.
Toujours.
Moi, je n'en pouvais plus, de te voir ainsi, ça m'était insupportable.
Je te disais que non, c'était fini, stop, basta, allez ça suffit !
Mais tu insistais.
Méchamment.
Ca virait au cauchemar.

Je savais, je savais bien qu'il restait une bouteille de Blanc dans le frigo.
Tu la réclamais.
Tes mots étaient injustes, mais les miens, n'étaient guère mieux.
Exaspéré, furieux, j'allais la chercher, cette foutue bouteille.
Mais en me promettant que ni toi, ni moi, ne la boirions.


Tu étais assise, hagarde, disloquée, dans le canapé de notre salon.
Moi, j'étais à sa porte, avec dans la main, la bouteille de Blanc.

Je devais être à quoi ?
Pas plus de trois mètres de toi.

Je te regardai, te narguai en te montrant cette bouteille, te la faisant bien miroiter, et enfin te dis :
"Tu la vois celle-là ? Eh bien, regarde-là, parce que ... tu ne la boiras pas !"
Et je la laissai tomber sur le parquet.


Elle vola en éclats de verre, cette putain de bouteille, et, comme c'est malchance, un des éclats pénétra ton genou.
Ton genou qui pissait le sang.

Je n'oublierai jamais le regard que les pompiers jetèrent sur moi.
Terrible.
Même pas la peine de tenter de leur expliquer quoi que ce soit, ce qui s'était passé ce soir.
Vraiment pas.
Pour eux, j'étais juste un sale con, le pauvre type qui martyrise une femme, une merde, un moins que rien.

Tu ne portais donc pas plainte, à leurs grands regrets.
Et d'ailleurs, ils insistaient, te reposant la question.
Mais non.
Tu les suivais.
Et je restais seul au milieu du désastre.

Un an plus tard, nous nous mariâmes.
Sobrement.
Au Kir Royal.

Montmartre De Vie

[A Suivre ...]


podcast

00:20 Écrit par Josey Wales dans Addiction(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Toxicomanie, Alcool, Poison, Françoise Rivière, Violence, Addiction |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu