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29/03/2009

En Sera-t-il Toujours Et Ainsi De Ma Vie ?

Un Verre Ca Va, Dewaere, Bonjour Les Dégâts !

Un gigot. Du mouton. Des fayots. Tous autour et moi derrière.
Du vin rouge, des petits gâteaux apéro, une salle à manger.
L’ennui.

Je voudrais aller jouer. Cocottes en papier.

Je voudrais m’évader. Partir. Avec le vent.
Par la fenêtre, regarder le temps passer. Les bicyclettes.

J’veux pas rester là. Ça ne me concerne pas, les déboires de l’un, les tristesses de l’autre. Le tiercé, la R16, le prix des allumettes.
Pourquoi m’infliger ça ?
Pourquoi convie-t-on les enfants à la table des grands ? Mais on s’emmerde, nous ! Vous nous faites chier avec vos histoires, sans relief. Vous nous dérangez dans nos rêves, nos petits secrets, nos jardins potagers. Qu’est-ce que j’en sais moi, c’que j’ferai plus tard ?  Qu’est-ce que ça peut te foutre que je ressemble à tonton machin ou à papi qu’est mort, que j’ai jamais vu, ni connu ? 

Pourquoi convie-t-on les enfants à la table des grands ?
On s’y sent mal, à l’étroit, humilié presque, oui, humilié par leurs questions, leurs regards. N’ont-ils jamais été des enfants ou l’ont-ils déjà oublié ? Ne s’en rappellent-ils donc pas de cet ennui gigantesque, de ces corps qui se trémoussent, mal en peau, mal partout, j’sais pas quoi dire, pas comment me tenir, j’suis comme un animal de foire, une bête curieuse, un chien savant, un bon à rien, ça dépend ; des jours, du gigot, des fayots ; ça dépend du temps, des saisons, d’une odeur.

J’voudrais partir, m’évader, ne pas être là, au milieu des grands, parents, beau-ceci, bru-cela, qui n’entravent rien à c’qui tangue et balance dans la tête d’un enfant.
De 8 ans.

C’est monstrueux et c’est doux ; c’est à vomir, c’est à sourire, ce qui épouvante et ravit l’esprit d’un enfant.
De 8 ans.

Un gigot. Du mouton. Des fayots, et tout à coup, le voilà qui se lève, fait le tour de cette table, et “bim” ça part, une fois, deux fois, sous les cris, les protestations, les “Jean, mais enfin qu’est-ce qu’il te prend !”, les “Jean, mais tu vas le tuer !”.
Mais rien ne l’arrête, et “bim”, et “bam”, et “boum”, les coups pleuvent, je suis à terre et me protège ; les coups pleuvent, et je crois, peut-être, oui, aussi des insultes. Et je ne sais pas, non, je ne sais pas c’que j’ai fait pour mériter “ça” ; peut-être ai-je oublié de dire “Non merci !”, après "Je n’en veux pas.", je n’en veux plus ; peut-être ai-je parlé alors que j’ne devais pas ; peut-être n’ai-je rien dit, que c’est juste un regard, une attitude, je n’sais pas ; non, je n’sais pas ce qui est la cause de “ça”, de cette violence.

C’est ma mère qui me tire de là, de ses mains, de ses pieds, de ses coups ; c’est ma mère qui me tire de là sous les “Jean, mais enfin, ça ne va pas ?” ; c’est elle qui m’emmène dans la chambre, me couche, me console, me dit que ce n’est rien, ce n’est rien, je viendrai te voir tout à l’heure, essaie de dormir.
Ou peut-être non, peut-être qu’elle n’a pas dit ça, mais que, je l’avais bien cherché, qu’elle me l’avait bien dit, que c’était pas faute de me l’avoir répété.
Je ne sais pas.

Je reste seul, dans le noir de cette chambre à pleurer.
Je ne sais pas pourquoi il m’a frappé comme ça.
Et si c’était seulement parce que j’étais là ?
Seulement parce que j’existais.

Je ne sais pas.
Je n’ai jamais su.

En sera-t-il toujours et ainsi de ma vie ?


podcast

21:22 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : père, violence, enfance, douleur, une salle à manger, repas de famille |

14/08/2008

Je Ne Vous Parlerai Pas D'Elle

Vague à Lame.

Il se prénommait Patrick.
Il avait neuf ans.
Et moi, itou.

Nous étions tous deux, dans la même classe de pisseux.
Une classe CM1.
Triste école primaire de Limoges.
Présumée capitale de la Porcelaine.
Mais avant tout de l'ennuie et de la pluie.

Je voulais qu'il soit mon copain, Patrick.
Qu'on joue au foot, et dans la même équipe.
Et si possible, que ce soit nous, Patrick et moi, qui décidions de sa composition.
Bref, que nous soyons les petits caïds de la cour de récré.
Les Carlito Brigante & Tony Montana de l'école Jean Macé.

Mais il ne faisait point attention à moi, Patrick.
Il avait sa bande.
Je n'existais pas.

Alors, un matin, prenant mon courage à deux mains, je l'abordai, et lui offrai une petite balle bleue.
En mousse.
Tu sais, ce genre de balle qui rebondit à n'en plus finir.
Sinon sur la tête d'un lécheur d'instit'.
Dans le meilleur des cas.

Il était content Patrick.
Il me présenta à sa bande et j'étais fier comme trois bars-tabac.

On s'est marré comme des cons ou des baleines, et les autres, ils mouftaient pas.
Je lui parlais de Natacha, la blonde du CM2, qu'était jolie comme une poupée russe vivante.
Pis aussi de mon château-fort tout fait de cubes en bois laqué, même que je lui prêterais, chevaliers compris.
Si je t'assure que si, même que, note-le, croix de bois, croix de fer, putain si j'mens, j'vais en Enfer.
Celui des enfants que jamais leurs parents embrassent, par pudeur, ou je ne sais quoi.

Ouais, j'étais trop fier, et ça m'faisait tellement plaisir de le voir bondir tel un fada à la poursuite de l'incontrôlable balle en mousse.
Bleue.
Bleu, comme la couleur d'une robe qui s'rait plus à la mode.

Sauf que, le lendemain, à nouveau, je n'existais plus à ses yeux.
A peine un bonjour.
Même pas un regard.

Comment dire ?

J'avais neuf ans et de la merde au cul.
J'avais neuf ans, et, si l'humiliation je connaissais déjà, la colère, j'allais découvrir.
Elle montait.
Elle me bouffait.
Me rongeait.
Littéralement.

Et quand sonna la cloche, celle de la récré, c'est irréfléchi et furie, que je me ruai sur lui, et lui demandai de me rendre MA petite balle bleue.

Il refusa.

Il disait que c'était la sienne, désormais.
J'insistai.
Tremblant.
Les poings serrés.

Il me toisa, et dans notre charabia de mioches, me rappela que je la lui avais donnée, cette balle faite de mousse, et que :
"Donner, reprendre, voler !"

Alors, elle s'empara totalement de moi, la colère, à ce point, que fermement je saisissai son cou, et le plaquai, Patrick, violemment contre un mur.
Il faisait, pourtant, une tête de plus que moi.
Mais ma colère était telle qu'il ne pouvait rien faire.
Elle était si grande, cette colère, que moi-même, j'en étais effrayé.

"Mais arrête ! Tu vas le tuer !" a hurlé un moutard.
"Qu'est-ce qui s'passe ?" dit une voix calme, m'ordonnant sur le même ton, de lâcher le cou de mon camarade.

Il nous écouta sans mots dire, Monsieur Dufaut, notre instituteur de CM1.
La balle bleue, le concept du "donner, reprendre, voler !", mon sentiment, cette impression d'avoir été floué, tout y passa.
Dans le désordre et le brouhaha le plus complet.

Toujours aussi calme, il demanda à voir la balle bleue, Monsieur Dufaut.
Il la pris dans ses mains et nous regarda fixement, Patrick et moi.

Il n'y avait plus un bruit dans cette cour de récré.
Pas une mouche qui volait sous ce préau.

Monsieur Dufaut, il sortit de sa poche un Opinel.
Il l'ouvrit.
Doucement.
Toujours, nous regardant.
Puis consciencieusement,  coupa en deux, et de façon parfaite, la petite balle bleue.
Patrick, moi, et tous les autres pisseux, on l'observait, la bouche bée.

Il rangea son Opinel, donna une moitié de balle à Patrick, et l'autre à ma pomme.
Et il dit :
"Voilà. C'est fini ! .. Serrez-vous la main !"

Patrick n'est jamais devenu mon copain.
Mais je m'en foutais bien.
Je m'en foutais parce que je venais de découvrir autre chose, de plus grand, de plus essentiel.
Quelque chose que je n'ai jamais oublié, qui me guide encore ou m'égare toujours.
Ou me forge.
Ou me "désestine".

Qui fait que, je crois, pauvre de moi, que l'on peut régler, comme ça, à coup d'Opinel ou pas, un conflit, une incompréhension, une frustration, une colère.
En offrant aux belligérants la moitié parfaite, équitable, de ce qu'ils considèrent comme étant leur propriété.

Hier, tu me demandais à, ou en quoi, je croyais.
Eh bien voilà.
C'est à ça que je croie.
Ou m'accroche.


podcast

 

23:36 Écrit par Josey Wales dans Confession, L'Epris | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : benedicte desforges, équité, croyance, enfance, colère, violence, limoges. |

21/04/2008

Contre Addiction

"Vous portez plainte madame ?"
Ils t'ont demandée les pompiers.

Nous nous sommes regardés, un rictus, un pas joli, a bouffé ton visage, et je me suis dit, oh merde, c'est pas vrai, me suis dit que tu hésitais à ...
Et puis non, tu as dit non, que tu ne portais pas plainte, et ils t'ont emmenée.

Tu n'as pas voulu que je t'accompagne.
Je devinais, qu'eux non plus, ne le souhaitaient pas.


"Si j'pouvais m'arrêter là/Poser mes gants et mes bras/Autour de son cou fragile/Et rêver que c'est facile/Et rêver que c'est facile."
[Bernard Lavilliers : "15ème Round"]

Emboissonné

A vrai dire, on ne s'en rend pas compte.

Même pas vrai.

En réalité, on ne veut pas le voir.
Se l'avouer.
Pourtant, il était mochement bel et bien là, nous l'avions laissé entrer dans notre foyer.


Je n'avais pas mesuré, faut dire, pas pensé qu'une addiction dont on se décharge, à grand peine, appelle bien souvent une autre addiction.
Une contre addiction, en quelque sorte


Quand je te rencontrai tu t'en sortais tant mal que bien, de l'héroïne.
Il fallait t'en débarrasser, cependant ; c'était la condition, la seule et unique solution pour le revoir, ton fils.

Parce que je voulais comprendre - mais quoi ? - par curiosité ou par fascination, j'en prenais avec toi.
Quoi ?
Trois, quatre, peut-être cinq fois.


Jamais je ne faisais les gestes.
Je ne voulais pas.
C'était à toi de les faire.
Au-delà de la peur qui m'habitait, voire même d'un certain dégoût quant à ce rituel sordide, ça n'était pas innocent de ma part, ce refus de "me le faire".
Que ce soit toi qui me troues.
C'était réfléchi.
Vraiment.
Ainsi, me disais-je, parce qu'elle m'aime, que nous nous aimons, elle n'aura d'autre choix que d'arrêter ça.
Cette merde.
Ce poison.

Je me souviens la première fois, j'ai vomi tout ce que je savais.
La seconde, je me retrouvai littéralement plaqué au mur, avec un drôle de goût dans la bouche.
A chaque fois, nous baisions, car en cet état, tu ne fais pas l'amour, non, tant tout tombe : la retenue, la pudeur, les tabous.
Alors voilà, tu baises.
Mais qu'en reste-t-il ensuite ?
Je ne sais pas.
Rien.
Des poudres de larmes.


Or donc, tu décrochai, enfin, définitivement, ça ressemblait à une victoire, seulement voilà, comme je le disais, une addiction disparaît pour laisser place à une autre, peut-être parce que le compte en manque, lui, il reste.
Faut le combler.


Je sais, j'avais pensé que l'Amour ..
Mais l'Amour ne suffit pas.
Jamais.

Alors voilà, il est entré dans notre vie, progressivement.
Au début, ce fut des séances de
Kir Royal autour duquel, tendrement, amoureusement, passionnément, nous échangions des idées, des points de vue ; assis en tailleur, nous le refaisions, le monde.
Puis, très vite, avec le Kir, il y eut une bouteille de ci, de ça.
Puis deux.
Puis trois.

Et vint ce soir, épouvantable, où nous dépassâmes les limites.
Nous touchions le fond.
Vraiment, c'était pas beau à voir.
Mais t'en voulais encore.
Toujours.
Moi, je n'en pouvais plus, de te voir ainsi, ça m'était insupportable.
Je te disais que non, c'était fini, stop, basta, allez ça suffit !
Mais tu insistais.
Méchamment.
Ca virait au cauchemar.

Je savais, je savais bien qu'il restait une bouteille de Blanc dans le frigo.
Tu la réclamais.
Tes mots étaient injustes, mais les miens, n'étaient guère mieux.
Exaspéré, furieux, j'allais la chercher, cette foutue bouteille.
Mais en me promettant que ni toi, ni moi, ne la boirions.


Tu étais assise, hagarde, disloquée, dans le canapé de notre salon.
Moi, j'étais à sa porte, avec dans la main, la bouteille de Blanc.

Je devais être à quoi ?
Pas plus de trois mètres de toi.

Je te regardai, te narguai en te montrant cette bouteille, te la faisant bien miroiter, et enfin te dis :
"Tu la vois celle-là ? Eh bien, regarde-là, parce que ... tu ne la boiras pas !"
Et je la laissai tomber sur le parquet.


Elle vola en éclats de verre, cette putain de bouteille, et, comme c'est malchance, un des éclats pénétra ton genou.
Ton genou qui pissait le sang.

Je n'oublierai jamais le regard que les pompiers jetèrent sur moi.
Terrible.
Même pas la peine de tenter de leur expliquer quoi que ce soit, ce qui s'était passé ce soir.
Vraiment pas.
Pour eux, j'étais juste un sale con, le pauvre type qui martyrise une femme, une merde, un moins que rien.

Tu ne portais donc pas plainte, à leurs grands regrets.
Et d'ailleurs, ils insistaient, te reposant la question.
Mais non.
Tu les suivais.
Et je restais seul au milieu du désastre.

Un an plus tard, nous nous mariâmes.
Sobrement.
Au Kir Royal.

Montmartre De Vie

[A Suivre ...]


podcast

00:20 Écrit par Josey Wales dans Addiction(s) | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Toxicomanie, Alcool, Poison, Françoise Rivière, Violence, Addiction |

 
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