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13/04/2009

Tu Peux Crever !

Assassine

Tu peux bien hurler, geindre, ramper, supplier, bomber le torse, faire ta pute, insulter même, rien : tu peux crever !

Tu peux mal ou bien tenter de saigner par des mots, les dérisoires, les impuissants, ce que tu souffres, ce dont tu manques, ta béance, l'agonie, la sienne, un espoir, le dernier, le tien, rien : tu peux crever !

Tu peux bien faire ou défaire, te faire sauter la tête, alouette, lier, allier, délier, rien de rien, il n’y a plus rien, un Sidaction et puis s’en vont, ils et elles te tairont, une autre fois te condamneront, comme ça, pour rien, demain comme hier, et toi, de ce pire que silence, rien, il ne restera rien : tu vas crever !


podcast

23:09 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : sida, agonie, écriture, reconnaissance, écrire pour survivre, sidaction, écho, silence, solitude |

25/10/2008

Les Derniers Jours De Françoise Rivière [7/8]

Dans la tête, elle me revient, tintinnabule, cette chansonnette du groupe Téléphone, celle portant le nom de : "Cendrillon".
Du moins des bribes.
Particulièrement, ces mots-là :

"Les lumières dansent dans l'ambulance .."

Dans cette ambulance traversant la Capitale, je te tiens fort la main.
Et toi, tu murmures mon prénom ..


"D'Oeil"


Vendredi 25 Octobre 1991

Pourquoi suis-je parti ?

Je me le demande encore aujourd'hui.
Et ça me ronge.

Je ne me souviens plus si tu m'as prié de partir, ou si tu n'as rien dit.

Je me souviens que j'étais terrifié.

Je n'étais pas allé à Belleville, ce matin-là.
Le réveil, je l'avais envoyé paître.
J'avais dormi toute la matinée.

Quand je me levai, il était près de midi.
Tu m'attendais, debout, dans le salon.

Quand je te vis, j'ai compris.

Comment expliquer cela ?

Comment vous dire ?


J'ai reconnu, instinctivement, le visage de celui qui va mourir.
Et je suis parti.

Je suis parti ...

Ce visage, il était jaune.
Et tes yeux, aussi.

Oh si seulement je pouvais me souvenir, être sûr que tu m'as prié de partir !

Quand je rentrai, à 19 heures, tu étais recroquevillée sur le lit.
Et moi, qui ne savais rien faire, je gardais mon calme, prenais les initiatives, alertais qui il fallait.

Ils n'ont pas tardé, les ambulanciers.
Au 3 de la rue Poncelet, y'avait foule.
Les sirènes, ça attire le piéton.
Les badauds.
Je les aurais bien tués, ces cons.
J'avais envie de leur crier :
"Mais qu'est-ce que vous regardez, là, hein ? Mais tirez-vous ! Foutez-moi le camp ! Laissez-nous tranquille, merde ! vous m'entendez : MERDE !"

La mort, d'habitude, on ne veut pas en parler, on évite le sujet, mais quand on la croise au coin d'une rue (ou d'un JT) on s'arrête et on la mate en fronçant du nez.

Les lumières dansent dans l'ambulance.
Je te tiens fort la main.
Tu murmures mon prénom.
Il y a des tuyaux dans ton nez.
Un masque pour que tu puisses respirer.

Nous nous regardons, désolés.

Elle fonce, elle fonce, cette ambulance.
Gronde contre ceux rechignant à lui ouvrir un passage.
Je découvrais, ce soir-là, que oui, ça existe, des automobilistes qui s'en foutent de l'urgence, des autres, de la mort qui les guette ; je découvrais ce soir-là qu'il existe des êtres qui se croient seuls sur Terre.

La Pitié-Salpétrière.
Chambre 26.
Elles sont gentilles, les infirmières.
Me regardent, avec un sourire triste.

Je te prends la main.
Je ne la lâcherai pas de la nuit.

Tes parents sont en route.

Encore, tu murmures mon prénom.
Tout le temps.

Puis, le silence s'installe.
Juste on entend le bruit des appareils.
Le personnel hospitalier.

Et la mort, arriver.


podcast


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22:15 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sida, ambulance, hôpital, agonie, mort, aimer la vie cependant |

 
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