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01/09/2008

J'Aimerais

J'aimerais pouvoir écrire un ciel bleu, dégagé, un ciel déserté de nuages, avec flottant, tu sais quoi ?
Un ange à la noix, asexué mais bandant.
Bandant son arc et me disant :
"Alors p'tit con, te revoilà bêlant comme un mouton !"
Mais non.
Je ne sais pas.
Écrire un ciel bleu, dégagé, de nuages déserté.



The Big Sky 


Quand j'étais gosse, je veux dire quand j'avais vingt-trois ans et demi, je m'étais convaincu que l'on pouvait mesurer le nombre de jours où nous avions été heureux.
Il suffisait de se plonger dans ton journal intime.

L'hypothèse était la suivante :

Si le bonheur te paralyse le poignet à ce point que te voilà infoutu d'écrire la moindre ligne, ou est tel que tu n'éprouves nullement le besoin de t'y confier, alors il te suffit de compter le nombre de jours où tu n'as point couché de mots dans ton journal intime et le total obtenu sera celui de tes jours heureux.

L'hypothèse était séduisante - "le bonheur ne s'écrit pas, il se vit !" - mais c'était faire fi de l'irrationnel et de l'imprévisible, fi de la complexité de la nature humaine qui, par exemple, ne sait jouir pleinement du bonheur quand il est là, grand, beau, éclatant, ce bonheur qu'elle a tant espéré, et le pleurerait ensuite sur des pages entières, inconsolable et souhaitant le rester pour n'avoir su ni le vivre ni le garder.
Fi de la complexité de la nature humaine qui peut aussi, jeter l'encre, noyée qu'elle se croie par la souffrance, comme elle peut tout aussi bien étaler son bonheur avec des mots de tous les jours, des coeurs dessinés, la photo d'un nouveau-né, tout un monde simplifié, un monde où le ciel est bleu, dégagé, de nuages déserté.
Sauf que, concernant ce dernier cas, je n'y crois pas.
Pour que je le crusse, il aurait fallu que dans ton ciel écoeurant, t'apostrophât, flottant et bandant, un ange à la noix.

- C'est ce que je me tue à faire depuis des années, pourtant, je le vois bien, jouir de ton bonheur, tu ne sais toujours pas.
- C'est parce que je ... C'est parce que je ne sais pas l'écrire. Si je savais l'écrire, ce serait parfait !
- Non. Si tu savais l'écrire, tu t'en lasserais.
- Alors tu voudrais que je renonce ?
- A l'enlacer, non ! A l'écrire, oui.

Elle se tait.
Regarde le ciel, longtemps.
Puis, me dit :

- Tu sais dessiner ?
- Non !
- Alors apprends !
- Pourquoi ?
- Parce que, mon pauvre amour, le bonheur ne s'écrit pas, il se dessine. Jour après jour. Parce qu'il est, le bonheur, votre plus grand, votre plus beau, votre plus éclatant dessein. 

J'aimerais pouvoir dessiner un ciel bleu, dégagé, un ciel déserté de nuages, avec flottant, devine quoi ?
Un ange à la noix, asexué mais bandant.
Bandant son arc et me disant :
"Alors p'tit con, tu me le dessines ce mouton ?"
Oh oui !
Un jour, je saurai.
Dessiner un ciel bleu, dégagé, de nuages déserté.

La photo d'un nouveau-né.



podcast


18:22 Écrit par Josey Wales dans Confession, Introspection | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : ecrire, dessiner, ciel, bleu, ange, bonheur, nouveau-né |

12/08/2008

Entre Chevrotine Et Destop

Entre Bordeaux Et Chevrotine

Il vient à peine de laisser mourir Bordeaux sur sa droite, le train.
Et tant mieux.

Devant moi, une fille, plutôt belle, étudiante et brune, roupille de tout son long sur les sièges 27 et 28 de la voiture 9.
Et moi, pieds-nus, je pose le livre.
Le souffle coupé.
En même temps, si je pouvais.
Si je pouvais hurler.
Arrêter ce train.
Arrêter le temps.

Oh les gens, il faut s'arrêter maintenant, c'est urgent !
S'arrêter le temps qu'il faudra : un an, un siècle, une éternité.
Le temps d'apprendre.
A se parler.

J'ai posé le livre.
Page 64.
Et me suis dit :

Regarde !
Regarde-le, ce paysage, gris-bleu, défiler immobile à travers la vitre de ce TGV.
Regarde-la, la vie, petit con que tu es, comme elle est belle, plus belle que tu croies.
Bien plus belle que toi.
Et même si mornes ou décharnés, chênes et peupliers te semblent ;
Et même si vides et grises de lumières, les maisons, les bicoques ou les fermes, pluvieuses se dessinent ;
Peu importe !
C'est la vie.
Qu'elle te plaise ou non, c'est ainsi.
Et ta souffrance, ta solitude, ton chagrin, ton Sida, s'évaporent.
Pour un instant.
Mais cet instant, il compte pour deux, pour trois, pour combien tu veux, tant il est précieux.

Le vie défile, pleine de maisons, de moitié de lune, de vies nocturnes.
Bleu acier.

Je reprends le livre.
Et je relis ce court chapitre.
Ou pas un mot ne manque.
Ni est en trop.
Ou chaque virgule, chaque point est à sa place.
Il s'intitule, ce chapitre :
Chevrotine.

"Le collègue descend de voiture, rentre précipitamment dans le commissariat, et va vomir en pleurant et rageant des mots inintelligibles. Il s'enferme dans les toilettes et sanglote sans retenue.
Il était en mission d'îlotage quand il a entendu un coup de feu. Il est monté à l'étage d'où provenait la détonation. Il a cassé la porte d'un coup de pied. Il est rentré dans une toute petite chambre aux murs couverts de sang. Un homme à genoux rechargeait à tâtons un fusil de chasse. Il n'avait plus de visage. La première décharge de chevrotine avait emporté sa mâchoire et son nez. Ses dents s'étaient plantées au plafond, sa langue reposait sur la table de chevet. Il avait mis le canon du fusil sous son menton mais avait manqué sa mort. Alors, il recommençait."
[Bénédicte Desforges - Extrait de "Flic" - Collection J'ai Lu]

Devant moi, imperturbable, la belle et brune étudiante dormait encore, dormait tout ce qu'elle savait.
Loin des mâchoires, des dents, des langues et des nez emportés par une volée de chevrotine.
Ses cheveux étalés dessinant le visage d'un chien.
De compagnie.

A nouveau, je saisissais le livre.
"Destop" succédait à "Chevrotine".

Et je revoyais ses yeux.
Bleus acier.
Et pourtant remplis de rires.
De blessures, aussi.
Élégamment dispersées.

Si j'avais su, je n'aurais pas attendu que tu me l'offres contre un café.
Je l'aurais lu avant, Bénédicte.
Ce livre.

En acier.
Trempé.



podcast

00:46 Écrit par Josey Wales dans L'Epris, Livre, Voyage | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : benedicte desforges, flic, maison-alfort, chevrotine, destop, train, bleu |

05/08/2008

Josey Wales, Hors-le-Blog

Conversation marseillaise, une fin d'après-midi, un "before" :

"Non mais attends, t'as vu la pression qu'ils nous mettent ! (Oui ..) Comment tu veux résister ? (Ben j'sais pas ..) Regarde, par exemple, cette année, la mode est au vert ... (Ah bon ?) ... Nous les filles, on est censées s'habiller en vert ! ... Non mais t'imagines ? (Ben non ..) ... T'habiller en VERT ? ... (C'est Greenpeace qui décide de la mode féminine, maintenant ?) ... C'est pas possible ! (J'crois pas non ..) .. C'est trop nul comme couleur ! (Ca porte malheur surtout ..) ... Tu t'dis tant pis, j's'rai pas à la mode c'te année, j's'rai complètement out, has-been, mais bon, tu prends sur toi et tu t'dis : au fond, ça va, j'suis pas trop moche, alors merde, quelle importance d'être à la mode ou pas ? (Aucune .. en plus t'es plus belle que pas trop moche alors ..) .. Donc tu mets ta robe bleue, tu sais celle que tu trouves super jolie ! (J'dirais plutôt super sexy, moi, si t'y vois pas d'inconvénients !)  ... Que t'es trop bien et trop fière dedans, quoi ! Même que c'est ta robe préférée de tous les temps ! (Ouais ben y'a pas que la robe que j'préfère de tous les temps, moi !) .. Mais la pression est telle, tu vois, le marketing est si fort, qu'un matin, tu te lèves et ta robe bleue (Oui ?) ... Ben tu la trouves ringue !"

J'adore cette fille.
Elle parle, elle parle, et elle parle.
Elle ne s'arrête jamais.

Ici, à Marseille, on appelle ça un boucan.


Le Terrier Du Boucan

Elle habite une ancienne drainerie.
Un immense bâtiment sur trois étages.
En profondeur.
Elle a tout refait elle-même :
Les murs, la lumière, les peintures, la terrasse, tout, elle a tout refait de ses mains, du sol au plafond.

"C'est la colère, elle m'a dit ! Sans la colère, cet endroit n'existerait pas !"

Son atelier est au second sous-sol.
Ça grouille de tout, de clous, de vis, de marteaux, de burins, de pots de peinture ; à côté de c'te fille, Monsieur Bricolage, c'est un nain.

Au premier sous-sol, deux cabanes.
Deux véritables cabanes en bois.
Une pour elle, l'autre pour son fils.

"C'est tellement un bordel pour chauffer tout ça, j'peux pas me l'permettre. Alors voilà, j'ai eu l'idée de construire ces deux cabanes en bois. Ce sont les deux seules pièces chauffées l'hiver."

Pas loin, une forêt de talons et de lanières, sa collection d'escarpins, de plateformes, pendouillant joliment, et béants.
Je les shoote.
Poissons multicolores.
Inoffensifs Piranhas.
Mais redoutables quand de ses pieds, elle les honore.
C'est là qu'il faut en avoir, des couilles, mon homme-grenouille !

"Tu as dormi avec elle ?!?"
"Ben oui .. Pourquoi ?"
"Non mais attends .. T'as .. T'as fumé ou quoi ?"
"Mais non .. Simplement, je trouvais ça crétin de dormir à .. à trois mètres l'un de l'autre .. alors je .."
"Mais elle ne prend pas au dessous du mètre quatre-vingt !"
"Non mais, elle a rien pris du tout, hein ! ... Elle a .. Elle a juste dormi avec moi !"


J'ai hésité.
Quand même, un peu.
J'suis pas fait de bois, non plus.
J'ai hésité, oui.
Mais pas longtemps.
De toutes les façons, depuis ELLE, j'peux plus.
Dormir avec, ça va.
Mais plus, c'est même pas envisageable.

"T'es le premier à le remarquer .. Ça alors ! .. Pourtant, moi j'trouvais ça drôle .. Non ?"

Ben justement, ce doit être pour cela qu'elles ont attiré mon regard.
Amusé.
Une ribambelle de tasses à café nonchalamment suspendues et juste au-dessus, sur le mur, au marqueur inscrit :
"What Else ?"

J'adore cette fille.
Qui fait peur aux hommes.

"J'te fais peur à toi ?"
Elle m'a demandé.

"Non ..."
Ai-je menti.


(...)


- Et c'est tout ?
- Pour ce soir, oui.
- Tu t'en vas, c'est ça ?
- Oui. Je pars quelques jours. Si je reste ici, j'crois que j'vais devenir fou.
- Mais tu l'es déjà, tu sais ?
- Oui. Je le sais.
- Tu t'en vas où ?
- Dans une maison de .. Dans un gîte.
- Tu veux que je garde ton blog pendant ton absence ?
- Si tu veux.
- Et c'est tout ?
- Non ... Enfin ... Si ELLE .. Si ELLE passe, dis-lui de ..
- De laisser un commentaire, c'est ça ?
- ....
- Ca va ?
- ...
- Oh ! Tu m'entends ? .. Ca va ou ... pas ?
- Ça va ... Faut que j'aille préparer mon sac ..

Elle se tait.
Regarde le sol.
Longtemps.

Plus tard, elle me dit :

- Dis, puisque tu t'absentes quelques jours, tu pourrais pas nous mettre une musique moins ...
- Moins quoi ?
- Ben .. Moins triste ! C'est bien joli Renaud Papillon Paravel, Jean-Louis Murat, mais ...
- Mais ?
- Mais ça s'marie mal avec l'été.
- Avec les robes vertes, tu veux dire ?
- Voilà oui. Avec les robes vertes.
- Un truc bien ringue, ça t'irait ?
- Ringue comme .. une robe bleue ?
- Voilà oui !
- Alors d'accord !
- Eh bien, c'est parti !
- Eh ! Josey Wales ! ... Tu reviens quand ?

Pourquoi revenir ?
Toujours revenir.
Si rien ne bouge.
Si tout est pareil.
A côté.


Quand les filles mettront des robes orange(s), alors, je reviendrai.


podcast



[NB  : Je ne suis pas responsable de la taille de la police de caractères, apparemment imposée par mon hébergeur. Désolé.]


21:53 Écrit par Josey Wales dans Marseille-Ma-Belle | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : marseille, boucan, robe, bleu, vert, orange, dormir |

 
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