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25/03/2009

Camille

L'Homme Face à La Mer Médite Et Renaît

Camille.
C’était ton prénom.
Avec, un sexe de garçon.

Camille, parce que voilà, c’est comme ça, c’est la vie.
T’hérites d’un prénom que t’as pas choisi.
Et ce n’est qu’un début.

Camille, pas pour Claudel ; non.
Pour Desmoulin.
Pas celui de l’Histoire de France, celui du cinéma, le “Danton “ de Wajda, parce que la tête de Patrice, le Chéreau, jamais j’ai pu l’oublier. Son regard, surtout. Triste. Et pourtant joyeux, un peu, d’en finir, en route pour la guillotine et bonsoir Clara !

Tu étais mon fils, Camille. Une partie de ma chair, un peu de mon sang.
Tu étais innocent, en un mot comme en cent.

On aurait bien rigolé, cela dit, toi et moi. On se seraient sauvés, loin, j’sais pas où, la mer sûrement ; on lui auraient jeté des pierres à cette salope, de la mousse à raser et les frites d’hier.
Ouais, on se s’raient bien marrés, tu sais ! Bras en croix, regards perçants, faim de loup et chat angora.
Ne restons pas là.

On se s’raient sauvés, mon fils, de ce monde, nous aurions trouvé la sortie, la belle, l’infini.
Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, vise un peu la Tour Eiffel, la salsepareille, vidange et poubelles.

Je t’aurais appris l’essentiel, le peu que je sais, les doutes et le vent ; l’apprenant, longtemps, seul, tu aurais pleuré.
Je ne l’aurais pas supporté.
Je ne t’aurais rien dit.

Il ne faut pas m’en vouloir. Il ne faut pas me maudire.
Je suis comme les autres, mon Amour, ceux de mon espèce ; lâche, dérisoire, égoïste.
Flûte à bec, grenouille de laboratoire, pain bi et beau bizarre.
Non, ne m’en veux pas, ne me juge point, tant je te l’assure, tant je te le jure, elle t’aurait déplu, déçu et trahi, cette vie.
On la dit belle, mais c’est dans la laideur qu’elle se révèle. Dans sa barbarie, ses tueries, sa vitesse.
C’est dans la souffrance, le Racing-Club de Lens et quelques détails sans importance qu’elle prend sa source, la chienne ; falbalas et bienséance, patatras et déchéance, un esclave tu seras, mon fils, tais-toi et avance !
De quoi te serais-tu nourri tant règnent ici-bas, bêtise, ignorance, http ouvrez les guillemets, à la télé citoyens, consommons comme des crétins !
Deux ou trois putes t’auraient passablement distrait, quelques escadrons de crétins dévoyé, un troupeau de moutons aviné, tu vois, tu n’as rien raté.
Et même si c’est pas vrai, même si je mens comme l’arracheur de dents, je te promets, cependant, de ne jamais regretter le choix que je fis.
Un jour, mais pas ici, je te la dessinerai, la Vie.
Celle dont tous les hommes ont rêvée.
Celle que nous n’avons pas vécue.
Alors, tu comprendras.

Tu te prénommais Camille.
Parce que voilà, c’est comme ça, c’est la vie.
Elle t’embrasse.
Et te prie de dormir.


podcast

17:32 Écrit par Josey Wales dans Confession | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : camille desmoulin, patrice chéreau, danton, wajda, a l'enfant que je n'ai pas eu, eternité |

 
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