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09/08/2008

Beaucoup Plus Loin Que Nous

"Se taire. Cela va sans dire !" [Alain Bashung]

Et Au Milieu, Coule Une Rivière ...

Tout avait bien commencé j'te jure.
Il faisait beau.
Tu sais, comme quand l'été s'éternise.
En octobre.

- Tu es sûr ?
- Quoi ?
- Qu'il faisait beau ?

Non.
Mais il ne faisait pas moche non plus.
Un peu de gris, un peu de bleu, un peu de n'importe quoi, une palette comme une autre.
Insignifiante.
Une journée d'août.
En son milieu, tout de même, une chambre où coulait une rivière.

Tout allait bien.
Je t'assure, je te jure que tout allait bien.
Quand son genou, le droit, a éclaté.
J'ai gueulé :
"Couche-toi !"
J'ai répété :
"Mais couche-toi bordel !"
De tous les côtés, ça volait.
Les balles.

- Comme dans "La Horde Sauvage" ?
- Voilà oui. Comme dans ce film de Sam Peckinpah.
- Ce Western, tu veux dire ?
- Ne dis pas n'importe quoi, mon ange. Sam Peckinpah n'a jamais tourné de Western. Il filmait la violence. La barbarie. Le monde tel qu'il est. C'est tout ! L'immonde voilà ce qu'il filmait. Le nôtre. Et son honneur perdu.

Puis, ce fut la tête.
L'avant-bras.
Le thorax.
Le coeur.
J'étais couvert de sang.
"Mais couche-toi, j'te dis !"
Trop tard.
Il était disloqué, épars.
Son corps.
Je les ai suppliés d'arrêter.
D'arrêter de tirer.
Mais ils ont continué.
Sans pitié.
Sans arrêt.

- C'était toi, n'est-ce pas ?
- Quoi ?
- Tu n'as pas pu t'en empêcher ?
- Non.
- Tu lui as parlé d'ELLE. Encore et toujours. Sans t'en rendre compte.
- Si ... Oh bien sûr que si, je m'en rendais compte.
- Mais tu ne pouvais pas t'arrêter ..
- Voilà. Je ne pouvais pas. Ne m'en veux pas. Je ne pouvais vraiment pas ...

Je ne peux pas.
Vivre.
Sans ELLE, je m'écrase.
Je m'écrase et je parle.
Trop.
Pour ne pas me voir mourir.

Ceux qui parlent trop, qui parlent à tort et à travers, ont une peur panique de la mort.

- ELLE n'a pas laissé de .. message ? .. Un .. Commentaire ?
- Non. ELLE n'est pas passée par ici depuis ton départ.
- Normal. Je le lui ai dit. Mailé.
- Que tu partais quelques jours ?
- Oui.
- C'est con.
- Oui.
- Pourquoi être revenu, alors ?
- Pour savoir.
- Eh bien maintenant tu sais.
- Alors je repars.

Où ?
Je m'en fous.
Plus rien n'a d'importance.
Pourtant, j'irais bien.
En Malaisie.

- Tu rentres quand ?
- Lundi.
- Et après ?
- Après ? ... Je voudrais bien guérir.
- De quoi ?
- Je ne sais pas.
- Trouve ! ... Et, peut-être, tu guériras.

"Vous n'avez pas l'intelligence de votre maladie." écrivait Duras dans "La Maladie De La Mort".
Mais tu ne lis pas Duras.
Tu lis King.
Elizabeth Georges.
Harlan Coben.


Tu me dis, apaisée, sans l'insulter, enfin sans l'insulter, que tu la comprends.
Mais tu persistes à penser que, quoi que je fis, tout était inscrit.
Que je ne connais pas les femmes.
Pas vraiment.
Que je n'étais qu'un palliatif.
Que c'était juste pour le réveiller "lui".
Celui qu'elle a rejoint.
Finalement.

Tu peux dire ce que tu veux.
Moi je me souviens.
De ce qu'ELLE m'avait texté :
"Notre histoire était merveilleuse. J'y ai cru".
Et je la crois.
Oui.
Je crois définitivement qu'elle y a cru.

- Tu ne regardes pas le ciel, longtemps, comme d'habitude ?
- Non. J'attends que tu te réveilles.
- Et si je ne voulais pas ? .. Si je voulais rester ... Au chaud, dans cette histoire passée.
- Y rester, tu veux dire ?
- Voilà oui. Y rester.
- Alors ce serait dommage.
- On meurt tous un jour, tu sais ...
- D'Amour ?
- Oui. D'amour. Ou de balles perdues.

Ou de balles tranchantes.
Peu importe.
Le résultat est le même : Un carnage.
Qui se lit dans les yeux..
De l'Autre.

Et j'avais oublié que dans tes yeux gris-vert, il y avait des éclats.
D'obus.
De colère.

Mais aussi, de noisettes.



podcast




00:28 Écrit par Josey Wales dans Une Pause, Voyage | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : bashung, peckinpah, duras, stephen king, elizabeth georges, harlan coben, eternité |

31/07/2008

Qu'En Sera-t-il A Noël ?

- Et vous ? Êtes-vous écrivain ?
- Je suis en passe de le devenir, dit Stein. Vous comprenez ?
- Oui. Depuis toujours sans doute ?
- Oui. A quoi l'aviez-vous deviné ?
Plus aucun bruit d'aucune sorte maintenant. Elle doit avoir atteint sa chambre.
- A quoi ? redemande Stein.
- A votre acharnement à poser des questions. Pour n'arriver nulle part.

[Marguerite Duras - "Détruire, Dit-Elle" - 1969, Les Éditions De Minuit]


Ne Nuit Pas

Je vous ai appelée.
Il fallait que je vous voie.
Vous dire que je ne sais plus.
Parler.

Dans une conversation, par exemple, je me glisse.
Et puis, me tais.
Aussi sec.
Je vous dis que j'en souffre.
Beaucoup.
Ajoutant que parler, je voudrais, et puis, je renonce.
Vous confiant cela, je les retiens, mes larmes.

Vous m'écoutez.
Me demandez de quoi ai-je peur, toujours cette hantise de ne pas être à la hauteur ?

Voilà oui, de mettre à côté de la plaque, cheveu dans la soupe.
Je vous dis que je suis inadapté social et vous hochez la tête.
Négativement.

"Tu n'es pas misanthrope, tu m'as dit, tu tends à l'être .."
Sous-entendu, j'ai bien compris, que je ne peux l'être.
Ça non plus.
Je ne peux pas.


Je vous raconte mon périple, dans le désordre, leur étonnement de me voir ainsi, muet ou presque.
Que cet étonnement ne me fait pas du bien, qu'il me paralyse d'autant plus.
Verbalement.
M'emprisonne plus encore.
Pourtant, autant que je me souvienne, je n'ai jamais été très bavard.
Ou sinon, oui, un peu plus drôle.
Je veux dire qu'autour d'une table, j'étais le "sniper" de service.
Le gars qui balançait un bon mot.
A point, bleu ou particulièrement saignant.
Plus maintenant.
Il m'arrivait aussi, arroseur à rosé, de refaire le monde, joyeux, impétueux, présomptueux sans doute, de confronter des idées, des utopies, des envies.
Plus maintenant.

"Il faut que tu te bouges, elle m'a dit. Que tu te bouges ! Il faut que tu te relèves ... Il le faut !"
Tout en m'accordant que j'avais quelque chose de rare, ce qu'elle nomme une "qualité d'écoute".

Voilà, Madame, je suis un type qui écoute, mais ne pipe mot.

Vous tentez de m'aider, me mettre sur une piste, me parlez de dépendance, je crois, enfin peut-être n'était-ce pas ce mot-là, précisément, mais je me souviens - et pourtant c'était hier - vous avoir dit que moi, oui, je dépendais du désir des autres.
C'est ça ?
Vous avez hoché la tête.
Positivement.

Je suis las, vous savez.
Tellement las.
Quand je fais le bilan, et quand bien même, je la trouverais belle ma vie, riches d'émotions diverses, contraires, de rencontres, vertigineuses rencontres, longues et fidèles, au final, ce sont des petits bouts de vie ponctués par des ruptures, c'est un éternel recommencement, tout le temps, d'où ma lassitude ; un éternel recommencement et rien, rien de construit vraiment.

Je me souviens dans cette Unité Psychiatrique, j'avais un temps l'impression d'être au beau milieu de blessés de guerre.
Celle de la vie.
La guerre sociale, permanente.
Tu comprends ?


"La vie est dure, tu m'as dit, elle est dure."

Construire, me dis-je.
Pour quoi faire ?
Pour arriver où ?

Je vous fais part de mon dégoût.
De moi-même.
Oui, le dégoût, comment pourrait-il en être autrement quand on ne va pas au bout de soi-même, jamais, de ses désirs profonds, de ses ambitions.
Écrire.
J'ai tout : le sujet, le verbe, les compléments d'objet direct.

"Pourquoi vous ne le faites pas ?"
Je soupire.
Trouve la plus mauvaise des explications : l'échec !
Vous souriez et me dites :
"Pourquoi ne pas envisager l'inverse : la réussite !"
Je me tais.
"Et même, si vous n'y arrivez pas, vous le rangez dans un tiroir, et vous le reprendrez plus tard."
Je vous réponds que le problème c'est que je suis impatient, que je voudrais l'écrire vite, qu'il soit déjà écrit, depuis le temps.
Que demain, j'ai 46 ans.
Déjà.
Que c'est effrayant.

"Tu es juste, tu m'as dit. Oui, tu es juste."

Juste seul.
Mais je n'ai pas eu le courage de (te) le dire.

Tu vois, aujourd'hui, ça y est, c'est fait, j'ai 46 ans.
Je ne sais si c'est juste, mais je suis seul.
Quelques SMS tombent.
Des mails.
Des appels.
Mais d'elle, non.
Rien.
Sans doute, a-t-elle oublié.
Ou pas.
Ca fait mal, cependant.
Mon Dieu que ça fait mal ..
Qu'ai-je fait pour mériter ce que je ne sais nommer.
Qu'ai-je fait pour souffrir son silence, cette indifférence ?

J'ai 46 ans, aujourd'hui, et je suis juste seul.
Cloîtré.
Et je me demande : 
Qu'en sera-t-il à Noël ?



podcast


NB : Et puis finalement, il arriva, par surprise, la plus belle, son appel.
Et je me maudissais d'avoir imaginé, mal pensé, qu'elle aurait pu oublier...

16:40 Écrit par Josey Wales dans Confession, Introspection | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : duras, détruire, construire, ecrire, se taire, abandon |

 
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