Avertir le modérateur

25/12/2008

“Noël” Young, My Old Friend

Fender Stratocaster 1968

C’est une guitare que j’voulais, moi. Une rouge. De 1968. Avec tout plein de cordes. Douze. Une électrifiée gentille.
Une Stratocaster de chez Fender.

Tous les ans, au Père Noël, je la commandais. J’avais dans l’idée, avec elle, de faire Neil Young & Crazy Horse.

Chaque année, je la réclamais.
Mais jamais je ne la vis, le matin, au pied du sapin.

Salaud de Père Noël, à la place, mon bel enculé, tu m’envoyais des châteaux faits de cubes en bois dont je n’avais que faire, des jeux de société en veux-tu, en voilà, des voitures de collection, des gommes et des crayons.

Jamais, je n’eus cette joie d’enfant, celle, hystérique, exaltée, qui vous prend quand déchirant papiers bigarrés enveloppant ces trésors païens, vous apercevez, mirettes brillantes, le jouet tant désiré, celui clinquant des magazines devant lequel vous avez bavé pendant des mois.

Jamais, sinon des gommes et des crayons, des machines à calculer, des Monopoly et des Scrabble, des Légo et des Meccano, des maquettes de bateaux qu’une fois montées mon père rageant contre ma mère, écrasait, sans même s’excuser.

Si, peut-être une fois, je fus heureux de les trouver, ces cyclistes en plastique mou du Tour De France, ces indiens bravant le visage pâle, ce circuit de Formule 1, quand bien même n’était-ce pas celui que je voulais.

- Et ma guitare ?
- Quelle guitare ?
- Celle que j’ai commandée. La rouge. Tu sais ?
- Non… T’avais commandé une guitare, toi ?
- Ben oui ..
- Eh bien, il a dû oublier. Que veux-tu que je te dise ..

Et s’il n’avait pas oublié, c’est qu’il estimait qu’une guitare, dans un quatre pièces, ça fait bien trop de chambard, ça dérange, ça vous fait pousser les cheveux, ça vous conduit direct à la consommation de stupéfiants, c’est mauvais pour les études, c’est pas bon pour la croissance.

- Jean !
- Quoi ?
- Mais fais-donc moins de bruit ! Tu vas réveiller les enfants ..
- Et comment veux-tu que je fasse ! On n’y voit rien dans ce salon ..
- C’que tu peux être pénible ..
- Et ce paquet-là, pour ton fils, je le mets où ?
- Là. A côté des jeux de société.
- C’est quoi ?
- Un chien porte-pyjama ..
- C’est pas une guitare qu’il voulait ?
- C’est ça oui. Pour qu’il nous pourrisse la vie ..

Salauds de parents, même pas foutus de faire silence, de conserver le secret, celui, désuet, de l’existence d’un Père Noël, 

Des gommes et des crayons, des châteaux de bois, des jeux de société et des maquettes que je ne voulais pas.
Tout pour être un bon garçon, bien sage et bien propret.

Un garçon que j’écrabouillais du pied, une fois dehors, une fois parti, majeur et vacciné.
A moi la liberté, les guitares, les rouges, les électrifiées, à moi cette “Cowgirl In The Sand”.

Ca n’a pas duré longtemps.
Trois ans.
Mais c’était bien.
De croire au Père Noël.
De croire, un instant, au nez et à la barbe de ses parents, que l’on peut, à leur grand désespoir, être un soir et devant mille personnes, The Cure, Joy Division, The Waterboys et Neil Young & Crazy Horse.


podcast

19:09 Écrit par Josey Wales dans Confession, Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : noël de merde, stratocaster, fender, neil young & crazy horse, frustration, cowgirl in the sand |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu