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19/09/2008

"Et Puis Tu Vas Crever, Non ?"

Je me souviens qu'il pleuvait.
Des bières.
Blanches de préférence.
Ou alors de la Leffe.

Je me souviens du climat.
Tendu.
Et je me demandais quand.
Quand donc allaient-elles sortir leurs flingues.



 N'Ayons L'ère De Rien ...


Elles étaient brillantes, ces deux donzelles.
Intelligentes, pertinentes et cultivées.

L'une était ton amie de toujours, ton amie d'enfance.
Elle bataillait rude dans le documentaire, rêvait tout haut de long-métrage, évoquait souvent Bergman ou "Manhattan" de Woody Allen.

L'autre était ta soeur.
Cadette.
Etudiante au nez de fouine, étudiante en Droit promise à un bel avenir.

Elles étaient assises, là, en face de moi, et toi, à mes côtés, parfois, tu me prenais la main.
Tu devais le sentir aussi que viendrait le moment où.
Et il vint.
Sous forme de questions.
Sans que jamais la bonne ne fut posée :
"Comment était-ce possible que deux semaines après ta mort, quatre jours après la crémation, je puis être ému par quelqu'un d'autre, quand bien même le connaissais-je, un peu, déjà ?"


Samedi 18 mai 1991

"Tu as vu comme elle est belle, cette fille !" M'avais-tu dit.
J'avais répondu non.
Et ajoutais :
"Quelle fille ?"
Tu me l'avais montrée, et je t'avais dit :
"Moui .. Elle est pas mal !"
"Comment ça pas mal ? .. Tu plaisantes ou quoi ! Mais enfin, regarde ! Elle est magnifique !"
Je pensais qu'elle était surtout magnifiquement jeune, ta déesse.
Et pis, de toutes les façons, je n'avais d'yeux que pour toi.
Les autres, toutes les autres, aussi belles fussent-elles, je ne les voyais même pas.
J'avais beau te le dire, te le répéter, tu ne me croyais pas.
Tu avais tort.
Joliment tort.



La fille, la magnifique, elle était à présent près de moi, ce mardi 26 novembre 1991, me prenant parfois la main, fort, entre Leffe et bières Blanches, dans ce bar de Montparnasse, où comme nous nous y attendions, enfin, elles fusèrent les questions.
Ça n'était rien d'autre que la manifestation de quelques inquiétudes, je les trouvais même légitimes, j'étais prêt à y répondre, le préservatif, son utilisation, aléatoire, maîtrisée pourtant, sauf que très vite, trop vite, il monta, le ton.
De revers liftés ou slicés nous étions brutalement passés à une ribambelle d'aces et de coups droits.

Acculé au fond du cours, je renvoyais les balles comme je pouvais, molles et perdues, quand une, traçante, vicelarde, me troua le coeur :

"Et puis quel avenir tu peux lui offrir, hein ? Quel avenir, puisque tu n'en as pas !"

Tout au fond de moi, dans ton regard aussi, je cherchais des munitions, des balles neuves, des gentilles, des apaisantes, des à blanc, mais pas le temps, une seconde, lobée, m'acheva pour de bon :

"Et puis tu vas crever, non ? .. Tu le sais, que tu vas crever ?"

Je voulais quitter cette table.
Balayer violemment bocks de Leffe et de bières Blanches.
Partir.
Mais c'était ton amie de toujours, ton amie d'enfance.
Et c'était ta soeur, celle que tu aimais tant, la cadette.

Alors je n'ai rien dit.
Juste, j'hélais le garçon et offrais une autre tournée.

Nous l'avons bue, en silence.
Elles comme nous.
Nous l'avons bue, puis, tu m'as dit :
"Viens ! On s'en va .."

Et nous sommes partis.
Sans un mot.
Ni les donzelles.

Nous sommes partis.
Loin des questions qui fusent.
Des avis définitifs, de ceux qui vous font la peine capitale.
Loin de Paris.
Dans un pays où l'on dit que la misère, y compris celle de l'esprit, serait plus belle au soleil.
Où Leffe et bières Blanches brillent mais jamais ne pleuvent.
Entre Cassis et Baux de Provence.

Entre Maures et Renaissance.


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22/08/2008

Jean Carmet

Un Jean Bien

Il racontait souvent cette histoire, Jean.
Une vraie histoire.

Une fin d'après-midi, il descend, seul, les Champs-Elysées.
Un homme les montant, l'accoste et lui dit :

- Monsieur Carmet ?
- Oui, répond Jean.
- Je voulais vous dire : vous êtes triste. Vous êtes triste et surtout, vous êtes seul.

Interloqué -
t'as vu comme je sors des mots incroyables : interloqué ! Non mais quelle honte !

Interloqué, banalisais-je, Jean Carmet lui dit  :

- Mais pas du tout ! ... Enfin voyons, je ne suis pas triste ! ... Quelle idée ! ... Et je ne suis pas seul ! .. Et d'ailleurs, je m'en vais voir des amis .. Et puis, vous savez, j'ai .. J'ai une famille, une femme ...
- Non, Monsieur Carmet. Non ! .. Vous êtes triste. Et ... Comme vous êtes seul !

Et sur ces mots, l'homme continua son chemin.

Quatre ans plus tard, Jean Carmet passe des vacances en Martinique.
Un matin, très tôt, il décide de faire une balade, seul, sur la plage.
Histoire de prendre l'air.
Tout simplement.

Il marche sur cette plage quand au loin, il aperçoit une silhouette.
Et plus elle avance vers lui et lui vers elle, plus cette silhouette lui semble familière.
Curieusement.

Aussi incroyable que cela paraisse, il s'agit du même homme.
Celui qu'il avait croisé, quatre ans plus tôt, sur les Champs-Elysées.

Arrivé à sa hauteur, et sans s'arrêter de marcher, l'homme dit à Jean :

- Je vous l'avais bien dit.



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01:53 Écrit par Josey Wales dans Une Pause | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jean carmet, solitude, tristesse, paris, martinique, plage, friday |

13/08/2008

Forbidden Love [Heureux Qui Communards A Fait Un Beau Voyage]

RER Chatelet-Les Halles 

Me dis que je le raterais bien.
Mon train.
Celui de 17h20.

Mais Paris est désert, et ça roule bien.

"Tu vas rencontrer QUI, tu dis ?" Il m'a demandé, mon pote.
"Un flic ..."
"Tu sais qu'tu files un mauvais coton, toi ?" il a plaisanté.

J'sais pas c'que j'file, mais en tous les cas, ça ressemble pas vraiment à du coton.
Tout c'que j'sais, c'est que nous sommes lundi, et que ça file doux et droit dans Paris.

Et si d'un seul coup, comme ça, par surprise ou par autre chose, ils rentraient tous de Trouville ou de La Baule, les parisiens, provoquant un bordel monstre, une pagaille dantesque, le grand embouteillage ?

Mais non.

Et déjà, nous dépassons ce bâtiment pesant de briques, l'Institut Médico-Légal, celui qui vous vaccine à vie d'un étrange théorème, celui affirmant que, seule compte la beauté intérieure.
Les tenants de ce théorème sont des psychologues de salons de coiffure, des auto-psys qui à grands coups de scalpels verbaux te ravale la façade, tes défauts physiques et ton acné juvénile.

"Et .. Comment ça s'fait ? .. Que tu .. Que tu rencontres, un flic ?"
"J'sais pas. Une envie."
"De quoi ?"
"De me mettre à table. De passer aux aveux."
"Et ça te prend là, comme ça, un lundi ?"
"Ben ouais. Ce doit être mon ascendant Balance qui prend le dessus .."

Et si j'lui inventais un passé de gangster, de délinquant notoire, un passé de sauvageon, de racaille qui se s'rait rangée mais très moyennement des voitures, peut-être qu'elle me les passerait ; les menottes ?
Te voilà serré mon lascar, j'te coffre, j'te gnouffe, j'te verbalise, et si tu bouges le moindre petit orteil, j't'éparpille, j'te disperse, j'te ventile ; tu piges ?
Allez zou mon pote, viens donc visiter ma taule !

Ok d'ac !
J'fais le prisonnier et toi ma geôlière !

Mais non plus.

J'reste désespérément sage.
En tongs de compète.
Et à la meilleure place possible.
Celle du mort.

Discretos, j'balance un oeil sur son tatouage et me demande si par hasard, elle n'aurait pas plutôt la peau douce que la peau lisse.
Et de la poésie à revendre ; aussi.

J'suis qu'un sonnet à la con qui rime à rien, infoutu de lui sortir quelques alexandrins de derrière les fagots, faits de vers et de pieds flamboyants qui, pour sûr, la ferait kiffer ; la keuf.
Mais j'suis cassé, brisé, disloqué, incapable de bouger, moi qui, le sais-tu, était, naguère, jadis, avant-hier, jeune et large d'épaule, bandit, insolent et drôle, on the road again.

But the road is clear.

J'vais donc pas le rater, ce foutu train.
Celui de 17h20.
Y'a rien à faire.
Tous ces maudits feux sont aux verts.
Paris reste désert.

Tant pis, j'ferai pas le prisonnier, tu s'ras pas ma geôlière.

Je m'éjecte et la vois qui m'appelle ; la bouche.
Celle du métro.
Châtelet-Les Halles.

J'vérifie en lousdé si elle l'a plus douce que lisse, la peau, et j'prends congés.

Surtout, ne pas se retourner.
Sinon, je l'engouffrerai pas.
C'te bouche
Ce tunnel.
Ne pas se retourner, sinon, j'te rebrousse chemin, j'te rate le train, et tant pis si ça m'vaut un gadin.

Tout de même, à mi-chemin, dans l'escalier, jeter un oeil, vite fait.

Elle est toujours là.
L'Alfetta.

Et merde !

J'suis qu'une pov' virgule rêvant de suspension en trois points.
Et de parenthèses qui jamais, ne se refermeraient.

Ouvrez-les donc vos guillemets.
Faites-moi vibrer en Majuscule.
Balancez-moi votre plus belle police de caractère.
Et bottez-moi le train.

A commencer par celui de 17h20.



podcast



03:58 Écrit par Josey Wales dans L'Epris | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : train, paris, benedicte desforges, peau, métro, parenthèse, geôlière |

 
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