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23/09/2008

4h46, Enlacés, Ils Dorment ...

Ni Commentaires, Ni Mots Dire.

4h07, et la voilà qui sonne, claironne, mon armée jusqu'aux dents de réveils.

Pourquoi 4h07, me diras-tu ?

Parce que c'est un horaire de train !
De voyageurs.
J'aime cette idée de faire de chaque journée nouvelle, une valise.
Et tout à mettre dedans.

4h13, i>télé.
Sarkozy, Les Nations Unis, un Palestinien dans une voiture, un petite fille dans une rivière, du sang, l'E.T.A., le CAC qui part en vrille, une carte météo qui brille.
La routine.

4h16, un café, brûlant, en poudre, arrache-gueule, une douche, des vêtements pris au hasard, et me voici dehors ; déjà 4h36, il fait frais, je trouve.
Il fait quoi ?
7, peut-être 8 degrés, pas plus.
Dans mes oreilles, Zazie elle dit qu'elle était là, rue Copernic, là pour le Sida qu'elle a chanté, elle dit qu'elle a tout vu, au JT, la Somalie, le Rwanda, le mépris, et qu'elle n'a rien fait.
Je la boucle.
Et je trace entre rouleaux et jets d'eau, camions miniatures et Playmobils de Mairie.

4h46.
Je suis en avance.
Il me reste cent et quelques mètres à parcourir, quand soudain, je les vois.
Au pied d'un cinéma.
Le Gaumont de la Place Wilson.
A Toulouse.

Sur le trottoir, ils dorment.
Profondément.
Dans un fatras de cartons, de couvertures, ils dorment enlacés.

Cet homme, cette jeune fille.

Lui, en position foetale, le cheveux épais, dreadlockés.
Elle, l'épaule légèrement dénudée, tatouée, elle que j'aperçois parfois, la journée, mendier.
D'un seul bras, tendre, infiniment tendre, elle enlace l'homme ; on dirait qu'elle sourit.

Je me suis arrêté.
Saisi.
Je les ai regardés.
Je les ai regardés comme si j'avais onze ans.
Et demi.

Je les trouvais beaux, si beaux, elle et lui.
J'aurais voulu les prendre en photo, mais je n'ai pas osé.
Sans doute, trouvais-je l'idée indécente.
Alors, encore, longuement, je les ai regardés dormir, enlacés, pour que jamais cette image ne me quitte.

Je ne sais pourquoi, j'étais à la fois triste et heureux.
Tristement heureux.

La Bourse, le Monde, tout un système qui s'écroule, arrogant, vociférant, et eux, eux sans plus rien d'autre qu'eux-mêmes, ils dorment, là, dans le frais, la rosée urbaine ; à même le trottoir, ils dorment, enlacés.
Ils s'aiment.

Ils n'ont plus rien et pourtant, ils s'aiment quand même.

Et je me disais, que c'est moi, c'est toi, c'est nous qui sommes à la rue.
Et pas eux.

Et pas eux.


podcast


16:57 Écrit par Josey Wales dans Actu Alitée, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : sdf, dormir dehors, ils s'aiment, daniel lavoie, zazie, eternité |

 
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