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13/04/2009

Tu Peux Crever !

Assassine

Tu peux bien hurler, geindre, ramper, supplier, bomber le torse, faire ta pute, insulter même, rien : tu peux crever !

Tu peux mal ou bien tenter de saigner par des mots, les dérisoires, les impuissants, ce que tu souffres, ce dont tu manques, ta béance, l'agonie, la sienne, un espoir, le dernier, le tien, rien : tu peux crever !

Tu peux bien faire ou défaire, te faire sauter la tête, alouette, lier, allier, délier, rien de rien, il n’y a plus rien, un Sidaction et puis s’en vont, ils et elles te tairont, une autre fois te condamneront, comme ça, pour rien, demain comme hier, et toi, de ce pire que silence, rien, il ne restera rien : tu vas crever !


podcast

23:09 Écrit par Josey Wales dans HIV, Mon Amour, Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : sida, agonie, écriture, reconnaissance, écrire pour survivre, sidaction, écho, silence, solitude |

21/09/2008

"... La Mort N'A Pas De Visage ..."

Mon Autre

Je me souviens de ce que tu disais, Ruppert :

"
Ne sois pas chagrin mon frère.
Il me faut m'en aller.
Laurie m'attend, là-bas, derrière ces montagnes,
Et je ne saurais la décevoir.
"

Au dehors, t'attendait un fiacre d'églantines
Serti d'or et de diamants,
Tiré par quatre créatures aux jarrets de fer,
Une merveille à n'en pas douter,
Le bonheur ruisselant à tes pieds.

O mon frère, mon double, mon jumeau,
Jamais tu le sais, je n'aurais pu me résoudre
A vivre sans toi !
Mais mes belles paroles et le vin de Jaffa,
Les souvenirs mouillés de nos courses folles l'été venu,
La couronne de bois morts de notre coffre à jouets,
De plaisir, ne faisaient plus trembler ton corps.

Alors, du plus profond de mon âme,
J'implorai le retour et la bénédiction,
De l'Homme au Complet Marron.

Mais, ne voyant rien venir,
J'ai, du plus sourd de mon être,
Demandé le secours du Monstre aux Larmes de Verre.

Je me souviens de l'insoutenable force,
De la couleur des arbres, décharnée,
Du chant saccadé des oiseaux de Gourragne.

Je me souviens t'avoir crié, les mots
Du Magicien des Ombres,
Et de tes yeux enfouis aux creux de mes joues.

Alors, de ma main toute déployée,
Je t'ai, d'un seul coup et sans faiblir,
Arraché le visage pour le mettre à ma poche.

Un tourbillon de feuilles et de grisailles
S'est joué du fiacre et des quatre licornes,
Prenant au passage nos vignes et nos châteaux,
Le bleu du ciel et mon regard d'enfant.

Et voilà qu'aujourd'hui,
Au rideau de ma vie,
Tu reviens le coeur en épines
Afin de m'arracher ce visage qu'un jour je te volai.

Si l'heure est venue de payer mon forfait,
Sauras-tu m'écouter une dernière fois ?

Sauras-tu me croire si je te dis que de ma Vie,
Je n'ai fait qu'un long chemin désolé,
Un lit de promesses bafouées ?

O mon frère, mon double, mon jumeau,
Ne sauras-tu jamais me pardonner
De t'avoir, au fond, épargné,
La souffrance des prisons inutiles
Le poids des amours évaporées ?

Ne vois-tu pas que mon corps vidé de sens
N'aspire qu'à mourir dans la décence ?

Donnons-nous, si tu le veux bien,
Mon frère,
Le Temps du Silence.


podcast


[Paris, Mai 1991 - Rectifié à Toulouse, Le 21 Septembre 2008]

21:28 Écrit par Josey Wales dans Essai | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mort, visage, vie, bonheur, envie, licorne, silence |

07/09/2008

L'Enfer Me Ment

Je vous avais adressée un mail.
Dix jours avant.
Je vous avais écrit :
"Il faut m'enfermer !"



228 Bed 


Nous en avions déjà parlé lors de ma dernière consultation. Vous m'aviez dit que je ne le supporterais pas. Et moi, je vous avais répondue que si, oh que si, je le supporterai très bien. Que j'étais beaucoup plus dur que ça. Que ça ne me faisait pas peur. Que voilà, isolé de tout, des cris, de la foule, du quotidien, je pourrais, je sais pas, réfléchir, me poser, lire, écrire, que ça prendrait le temps qu'il faudrait, mais que c'était nécessaire.
Que c'était le prix à payer.

J'avais besoin d'une pause, comprenez-vous ?
Une pause !
Tant je ne suis pas équipé pour.
La vitesse que l'on nous impose.
Cette tueuse d'Amour.

Vous savez, j'ai toujours eu ce rêve, et je l'ai toujours ! 
Il est simple et, puisque simple, irréalisable.
Ecoutez-moi :

Je voudrais, vous m'entendez ?
Je voudrais que tous les êtres humains de cette planète arrêtent de gesticuler, de parler, de brasser du vent, durant une année entière !
Je voudrais que nous nous taisions une année durant ; plus d'avions, de télévision ; plus de trains, de quotidien ; plus de bateaux, de bientôt ; plus rien !
Je voudrais qu'une année, une seule, le silence s'installe.
Un silence total.
Et que dans ce silence, nous ouvrions grandes nos oreilles.
Que nous écoutions ce qui nous entoure quand nous nous taisons :

L'Essentiel.

Tant cet Essentiel, c'est évident, n'est pas nous.

Je voudrais que nous écoutions, seul, ou en famille, peu importe, le bruissement d'une feuille, l'envol d'un oiseau, les clapotis d'un ruisseau.
J'aurais tant aimé qu'en observant ce silence, nous prenions enfin conscience de la beauté qui nous entoure, cette beauté que nous dénaturons chaque jour, par des mensonges, des saloperies, des écrans publicitaires.
J'aurais tant aimé qu'en observant ce silence, nous tuions pour l'éternité ce qui emprisonne, nous avili, nous abêti.

Voilà mon rêve.

Et savez-vous quel nom je lui donne ?
Je lui donne le nom de :
Révolution !

C'est par cette Révolution, une année passée à nous taire, à faire silence, à écouter, entendre, à recevoir surtout, que nous deviendrons plus humbles, plus généreux, plus soucieux des autres, et surtout plus respectueux de ce qui nous entoure.
C'est par cette Révolution, la seule qui vaille, que nous deviendrons plus aimants et plus aimables.

Comment voulez-vous que nous puissions nous entendre dans un monde pareil ?
Comment voulez-vous que nous puissions nous aimer dans un tel vacarme ?

Moi, je ne le peux pas.

Et voilà pourquoi, amoureux de l'Amour, je vous ai demandée par deux fois de m'enfermer.
Pour ne plus les entendre.

Je l'aurais trouvé, moi, ce silence.
Je les aurais entendus les feuilles et leurs bruissements, l'oiseau s'envolant, le ruisseau clapotant.
Alors, peut-être, je n'en sais rien, aurais-je été, enfin, capable d'aimer, de donner, de recevoir.
Pour un jour.
Ou pour une année entière.

Vous m'avez répondu que je ne le supporterais pas.
Et vous aviez raison.
Même enfermé, on ne peut rien, tant que l'on est seul.
A faire silence dans un monde qui vocifère son ignorance.

Il m'aura fallu six mois pour le comprendre.
Six mois pour réaliser que l'Enfer me ment.
Que je n'ai pas le choix.
Que c'est comme ça.
Que ça me plaise ou pas.
Que toujours et encore nous nous aimerons comme des couillons.
En insultant l'Essentiel.
Nos années durant.
Notre vie toute entière.

Ce doit être la raison pour laquelle, je présume, lors d'enterrements ou de crémations, crocodiles, nous pleurons ; nous pleurons quoi ?
Sinon notre manque de courage, de vérité et de sincérité.
Dans un silence de cathédrale.

Moi, Madame, aux enterrements, aux crémations, toujours j'ai ri.
Toujours j'ai fait du bruit.
Et je souhaite qu'il en soit de même pour moi, lorsque fatigué, bien las, les os sur la peau, je déciderai de partir, pour toujours et à jamais.

Oui, puisqu'il en est ainsi, qu'apparemment révolues sont nos Révolutions, y compris les plus belles, les plus nobles, puisque comme des cons nous courons, moutons rythmés par des spots publicitaires, des rêves putassiers, des enculeries de première, puisque nous refusons de nous taire, je veux que le jour de ma crémation, un orchestre exécute le tintamarre, un immense vacarme, plus grand encore que celui de l'Enfer qui m'attend, Enfer qui, cependant, sera toujours plus doux que nos hypocrisies récurrentes ; un immense vacarme pour couvrir ce que nous avons refusé d'entendre :
Un bruissement, un envol, des clapotis.

Le paradis.

Qui lui, jamais, ne m'aura menti.



podcast


21:33 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : enfermement, silence, enfer, paradis, amour, éternité |

 
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