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08/01/2009

“Je M’Appelle Alain, Mais Vous Pouvez M’Appeler Monsieur !”

Ascenseur 23

Si ce n’est le cliquetis des clés, le matin, le soir, rien ne m’effrayait.

Je prenais mon Xanax, sagement, observant les autres “pensionnaires”, leurs mines résignées, celles des femmes surtout, puis regagnais ma chambre, la 228, et regardais des heures durant la pluie tomber.
Et ce chat noir me narguer.

Je lisais Godard, Nabokov, Duras, descendais fumer une cigarette ou deux, rarement j’engageais la conversation, juste je donnais le change, quelques mots sans importance, oui, il pleut encore aujourd’hui, c’est triste, non je ne sais pas, peut-être en fin de semaine, et vous ? Et "toi", si tu préfères.
Puis je remontais, toujours par le même ascenseur, finissais par remarquer qu’il portait un numéro, le 23, que c’était l’année de naissance de mon père.

Cette année dont je ne me souvenais pas, délirant, ânonnant, mon corps et mon cerveau figés, la veille de mon internement.
Elle était là, ton année de naissance, papa, gravée sur un ascenseur.
Celui d’un hôpital psychiatrique.

Non, vraiment, rien ne m’effrayait, surtout pas les “pensionnaires”, même que, je les trouvais plus aimables et plus lucides que les locataires du "monde extérieur".

Et puis, il est arrivé.

Impressionnant de corpulence.

Un géant.

Le regard absent.

Dans cet horrible pyjama jaune pisseux, il traînait, toute la journée, dans les couloirs, le “Shock Corridor”, grognant et bavant.

Je le voyais comme une carcasse vide, titubante, je le voyais prêt à fondre sur n’importe qui, et là, oui, je le fus, effrayé.
Pour la première fois de mon séjour, j’ai pensé :
”T’es chez les branques, mec ! T’es chez les branques, donc, et par conséquent, tu l’es aussi.”
Et je flippais.

Trois jours, il écuma ainsi le “Shock Corridor”, un fantôme en nylon jaune, et puis, ce vendredi, mon dernier jour, au réfectoire, il s’est assis, à cette table de huit, en face de moi.

Quelque chose avait changé.

Ses yeux.

Ils étaient vivants.

Pour la première fois.

Il nous a tous regardés, puis il a dit :

”Je m’appelle Alain .. Mais vous pouvez m’appeler Monsieur ! Ca ne me froissera absolument pas !”

Et il mordit à pleines dents dans un petit pain.

Plus tard, je lui apprendrais que c’est fini, je sors, tout à l’heure, à quatorze heures.

Il me répondra que c’est une sacrée bonne nouvelle, que c’est le but : sortir d’ici !
Et il ajouta :

”L’oiseau doit s’envoler !”

Cet homme, c’était l’apache, celui de “Vol Au Dessus D’Un Nid De Coucou.

C’était le même.

En visage pâle.

”Une fois dehors, vous pourrez boire une bière … Ou … un café !”

J’ai bu une bière.
A sa santé.
A son clin d’œil.
A la vie.


podcast

22:17 Écrit par Josey Wales dans Shock Corridor, Signe[s] | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : shock corridor, vol au-dessus d'un nid de coucou, schizophrénie, lire, ecrire |

 
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