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22/08/2008

Jean Carmet

Un Jean Bien

Il racontait souvent cette histoire, Jean.
Une vraie histoire.

Une fin d'après-midi, il descend, seul, les Champs-Elysées.
Un homme les montant, l'accoste et lui dit :

- Monsieur Carmet ?
- Oui, répond Jean.
- Je voulais vous dire : vous êtes triste. Vous êtes triste et surtout, vous êtes seul.

Interloqué -
t'as vu comme je sors des mots incroyables : interloqué ! Non mais quelle honte !

Interloqué, banalisais-je, Jean Carmet lui dit  :

- Mais pas du tout ! ... Enfin voyons, je ne suis pas triste ! ... Quelle idée ! ... Et je ne suis pas seul ! .. Et d'ailleurs, je m'en vais voir des amis .. Et puis, vous savez, j'ai .. J'ai une famille, une femme ...
- Non, Monsieur Carmet. Non ! .. Vous êtes triste. Et ... Comme vous êtes seul !

Et sur ces mots, l'homme continua son chemin.

Quatre ans plus tard, Jean Carmet passe des vacances en Martinique.
Un matin, très tôt, il décide de faire une balade, seul, sur la plage.
Histoire de prendre l'air.
Tout simplement.

Il marche sur cette plage quand au loin, il aperçoit une silhouette.
Et plus elle avance vers lui et lui vers elle, plus cette silhouette lui semble familière.
Curieusement.

Aussi incroyable que cela paraisse, il s'agit du même homme.
Celui qu'il avait croisé, quatre ans plus tôt, sur les Champs-Elysées.

Arrivé à sa hauteur, et sans s'arrêter de marcher, l'homme dit à Jean :

- Je vous l'avais bien dit.



podcast
 



01:53 Écrit par Josey Wales dans Une Pause | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jean carmet, solitude, tristesse, paris, martinique, plage, friday |

09/08/2008

Beaucoup Plus Loin Que Nous

"Se taire. Cela va sans dire !" [Alain Bashung]

Et Au Milieu, Coule Une Rivière ...

Tout avait bien commencé j'te jure.
Il faisait beau.
Tu sais, comme quand l'été s'éternise.
En octobre.

- Tu es sûr ?
- Quoi ?
- Qu'il faisait beau ?

Non.
Mais il ne faisait pas moche non plus.
Un peu de gris, un peu de bleu, un peu de n'importe quoi, une palette comme une autre.
Insignifiante.
Une journée d'août.
En son milieu, tout de même, une chambre où coulait une rivière.

Tout allait bien.
Je t'assure, je te jure que tout allait bien.
Quand son genou, le droit, a éclaté.
J'ai gueulé :
"Couche-toi !"
J'ai répété :
"Mais couche-toi bordel !"
De tous les côtés, ça volait.
Les balles.

- Comme dans "La Horde Sauvage" ?
- Voilà oui. Comme dans ce film de Sam Peckinpah.
- Ce Western, tu veux dire ?
- Ne dis pas n'importe quoi, mon ange. Sam Peckinpah n'a jamais tourné de Western. Il filmait la violence. La barbarie. Le monde tel qu'il est. C'est tout ! L'immonde voilà ce qu'il filmait. Le nôtre. Et son honneur perdu.

Puis, ce fut la tête.
L'avant-bras.
Le thorax.
Le coeur.
J'étais couvert de sang.
"Mais couche-toi, j'te dis !"
Trop tard.
Il était disloqué, épars.
Son corps.
Je les ai suppliés d'arrêter.
D'arrêter de tirer.
Mais ils ont continué.
Sans pitié.
Sans arrêt.

- C'était toi, n'est-ce pas ?
- Quoi ?
- Tu n'as pas pu t'en empêcher ?
- Non.
- Tu lui as parlé d'ELLE. Encore et toujours. Sans t'en rendre compte.
- Si ... Oh bien sûr que si, je m'en rendais compte.
- Mais tu ne pouvais pas t'arrêter ..
- Voilà. Je ne pouvais pas. Ne m'en veux pas. Je ne pouvais vraiment pas ...

Je ne peux pas.
Vivre.
Sans ELLE, je m'écrase.
Je m'écrase et je parle.
Trop.
Pour ne pas me voir mourir.

Ceux qui parlent trop, qui parlent à tort et à travers, ont une peur panique de la mort.

- ELLE n'a pas laissé de .. message ? .. Un .. Commentaire ?
- Non. ELLE n'est pas passée par ici depuis ton départ.
- Normal. Je le lui ai dit. Mailé.
- Que tu partais quelques jours ?
- Oui.
- C'est con.
- Oui.
- Pourquoi être revenu, alors ?
- Pour savoir.
- Eh bien maintenant tu sais.
- Alors je repars.

Où ?
Je m'en fous.
Plus rien n'a d'importance.
Pourtant, j'irais bien.
En Malaisie.

- Tu rentres quand ?
- Lundi.
- Et après ?
- Après ? ... Je voudrais bien guérir.
- De quoi ?
- Je ne sais pas.
- Trouve ! ... Et, peut-être, tu guériras.

"Vous n'avez pas l'intelligence de votre maladie." écrivait Duras dans "La Maladie De La Mort".
Mais tu ne lis pas Duras.
Tu lis King.
Elizabeth Georges.
Harlan Coben.


Tu me dis, apaisée, sans l'insulter, enfin sans l'insulter, que tu la comprends.
Mais tu persistes à penser que, quoi que je fis, tout était inscrit.
Que je ne connais pas les femmes.
Pas vraiment.
Que je n'étais qu'un palliatif.
Que c'était juste pour le réveiller "lui".
Celui qu'elle a rejoint.
Finalement.

Tu peux dire ce que tu veux.
Moi je me souviens.
De ce qu'ELLE m'avait texté :
"Notre histoire était merveilleuse. J'y ai cru".
Et je la crois.
Oui.
Je crois définitivement qu'elle y a cru.

- Tu ne regardes pas le ciel, longtemps, comme d'habitude ?
- Non. J'attends que tu te réveilles.
- Et si je ne voulais pas ? .. Si je voulais rester ... Au chaud, dans cette histoire passée.
- Y rester, tu veux dire ?
- Voilà oui. Y rester.
- Alors ce serait dommage.
- On meurt tous un jour, tu sais ...
- D'Amour ?
- Oui. D'amour. Ou de balles perdues.

Ou de balles tranchantes.
Peu importe.
Le résultat est le même : Un carnage.
Qui se lit dans les yeux..
De l'Autre.

Et j'avais oublié que dans tes yeux gris-vert, il y avait des éclats.
D'obus.
De colère.

Mais aussi, de noisettes.



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00:28 Écrit par Josey Wales dans Une Pause, Voyage | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : bashung, peckinpah, duras, stephen king, elizabeth georges, harlan coben, eternité |

02/08/2008

M'Extraire

M'Extraire De L'E-Coeur-Rend

J'voudrais voir la mer.
Naviguer.
M'extraire.

"Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure .." [1]

J'suis qu'un lambris. Un ver de terre. Bouée d'amour. Buée tout court.
Tout m'exaspère.
J'voudrais voir la mer.
Sans ambition particulière. Sans marges arrières. Et en avant Guingamp ! Cap sur l'Autre Finistère.

Mon ailleurs is rich, loin des fastes du "bling-bling", il est beau mais pas que beau, alors taille la vague et vogue ma galère, mon vaisseau sans gain, hisse et haut le drapeau, pavillon de la quarantaine et quelques poussières.


"L'immobilité ça dérange le siècle. C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps."
[1]

M'extraire.
De tout.
De rien.
De la vitesse.
Du brouhaha. Des falbalas. Des fadaises.
Voir la mer.
Etretat, ses falaises.
Larguer les amarres, quitter la Terre, ce bordel à Fillon, ce "Sarkommedon", salut les mecs, chérie bye bye, le corps, l'âme, j'te foutrais ça à la baille.
Loin des spéculations boursières, des nouvelles journalières, des considérations immobilières.

S'extraire.
De l'innocence.
Des adultères.
Quitter la Terre.
Revoir ma mer.
A toute vapeur, mettre les voiles.

"Regarde-la ta voile, elle a les seins gonflés/La marée de tantôt te l'a déshabillée/Les bateaux comme les filles, ça fait bien des chichis/Mais ce genre de bateau, ça drague pas dans Paris." [2]

J'suis qu'un lunaire, un martien dans l'hémisphère, être de chair et grain de poussière, un homme coléoptère qui laisse les "miss" faire, tant j'adore, leur mystère je vénère ; sans lui, le mystère, ses boules de gomme, t'es rien !
J'suis qu'un terrien paumé dans la houle avec dans l'coeur grenadine une foule sentimentale de choses, un mieux, un rêve, un cheval !

"Aïe on nous fait croire/Que le bonheur c'est d'avoir/De l'avoir plein nos armoires/Dérisions de nous dérisoires ..." [3]

J'suis qu'un littéraire qui démâte, l'amer qui constate, échec et carton-pâte, et ça voudrait Madame, faire dans l'épate ?

J'suis qu'un marin à terre, éternel locataire, jamais propriétaire, ex-enfant du Meccano, adulte tout à l'égo, rien à léguer, tout à transmettre, et dans l'cul la balayette.

La quarantaine et des poussières, un virus dans la soupière, et rien de construit sur Terre.

Marié, veuf, célibataire, marin de l'éphémère, j'suis dans l'marais, solitaire.
Alors, j'voudrais voir la mer, m'éloigner du monde qui vocifère, pour un jour ou une vie entière ; le bruit, c'est plus possible, j'peux plus m'y faire, quitte à parler, j'préfère me taire, quant à travailler plus, mais pour quoi faire ?

J'voudrais voir la mer.
Naviguer.
M'extraire.
Pour un jour.
Ou pour une vie entière.
Avec toi comme passagère.

[Toulouse/L'Union - 10 Février 2008]



podcast



[1] Extraits de "Il n'y a Plus Rien" de Léo Ferré
[2] Extraits de "Les Etrangers" de Léo Ferré
[3] Extraits de "Foule Sentimentale" de Alain Souchon


20:30 Écrit par Josey Wales dans Essai, Une Pause | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : la mer, naviguer, etretat, adultère, marié, veuf, célibataire |

 
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